BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

As Worlds pochette

PISTES :

1. Sunrise (5:14)
2. Lilith (2:26)
3. Earthbound (2:33)
4. Awakening (2:05)
5. Vertigo (4:22)
6. Casting Shadows (4:42)
7. Adrift (3:13)
8. Shimmer (5:40)
9. Waive The Sales (1:51)
10. By This River (3:57)
11. Wrong Number (for All) (3:24)
12. Balance (3:14)
13. As Worlds They Rise And Fall (23:31)

FORMATION :

Jay Tausig

(chant, guitares, claviers)

Shelby Snow

(basse, chant)

James Camblin

(guitare, synthétiseurs, chant)

D'ARCANA

"As Worlds They Rise And Fall"

États-Unis - 2005

Autoprod. - 66:15

 

 

Formée en avril 2003, cette formation américaine est en fait le nouveau projet de Jay Tausig (E-Motive, Solid Space, Lunar Sea) et en est déjà à son deuxième album. Le premier, éponyme, publié l'année dernière, a échappé à notre vigilance. Nous profiterons donc de cette chronique pour l'évoquer et faire ainsi d'une pierre deux coups. Ah, ils sont malins à Big Bang !

Psychédélique, progressif, space, folk, rock, fusion... voici comment D'Arcana définit la musique qu'il met en œuvre. A vrai dire, cette description stylistique ne nous avance guère. Au mieux on se dit que le groupe est ouvert et se nourrit de nombreuses influences, au pire on redoute de tomber sur un fourre-tout indigeste. Alors qu'en est-il au juste ? Eh bien disons que les multiples genres cités se rencontrent effectivement au fil des compositions, renvoyant, parfois de manière trop sensible, à des ténors de notre mouvement mais que le tout se tient, notamment de par une mise en son moderne et atmosphérique. Voyons cela de plus près.

Sorti en 2004, le premier opus de D'Arcana peut être décrit, pour schématiser, comme la rencontre (35 ans plus tard) entre un Pink Floyd aux ambiances psyché planantes et un Van Der Graaf Generator (version soft) pour la noirceur et le chant rappelant Peter Hammill (version soft là aussi). Rencontre perturbée à tour de rôle par des touches folk, de l'ambient façon Fripp/Eno, du space rock à la Hawkwind ou encore des déchaînements heavy. La moitié des compositions est sans batterie (ou alors avec simplement quelques caresses de cymbales), dominées par la voix de Jay Tausig, les synthés (un peu de piano également) et les arpèges de guitare acoustique. L'autre moitié est plus typiquement progressive sans pour autant convaincre totalement. Le tout est un album avec des qualités, des idées, mais qui laisse un peu sur sa faim, que l'on écoute sans déplaisir mais qui ne procure pas le vertige. Manque de prise de risque, de thèmes forts, d'harmonies grisantes, de rythmes ensorcelants ? Sans doute un peu de tout ça. Bref, on attend mieux.

Il aura suffit d'un an à D'Arcana pour réaliser As Worlds They Rise And Fall. Celui-ci prolonge la trajectoire tracée par son prédécesseur et n'en sort que rarement. Les morceaux arborent en gros les mêmes caractéristiques si ce n'est qu'on les retrouve dans des proportions un peu différentes et dans un emballage plus coloré. La dimension rock progressive est accentuée (on pense désormais à Yes et Genesis) et le propos gagne en cohérence. Jay Tausig n'évoque plus Peter Hammill mais chante toujours trop, beaucoup trop quand on sait que sa voix n'a rien d'extraordinaire. Fade, limite ennuyeuse, elle finit même par altérer la musique. Le groupe s'essaie par ailleurs à l'exercice de la suite (23 minutes). Dans le cas présent, le résultat n'est pas totalement convaincant, alternant le bon et le juste passable et surtout ne laissant aucun souvenir mémorable. Cette remarque peut d'ailleurs être élargie à l'ensemble de l'album, les séquences les plus marquantes se situant du côté des pièces calmes et à tendance acoustique (la voie à suivre ?), quand elles ne semblent pas calquées sur des airs connus. Bref, si As Worlds They Rise And Fall n'est pas mauvais dans l'absolu, il aura bien du mal à sortir du lot des productions du moment.

D'Arcana donne sa vision du rock progressif et psychédélique, en empruntant à ses illustres prédécesseurs. Les références sont parfois trop évidentes mais la musique conserve une certaine personnalité grâce à des sonorités modernes. Reste qu'elle manque de force de persuasion et d'impact pour vraiment séduire et marquer durablement les esprits.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)