BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Premonitions pochette

PISTES :

CD 1 :
1. Premonitions Part 1 (10:57)
2. Chameleons (3:34)
3. Code Of Silence (4:09)
4. We Are Not Alone (5:26)
5. Crime Of The Century (3:28)
6. Turquoise Blue (1:36)
7. World Of Shadow (5:55)
8. Tremors (3:32)
9. Vapor (2:53)
10. Through The Fire (2:21)
11. Wheel Of Life (3:43)

CD 2 :
1. Gnome Matter Chapter 25 (1:39)
2. Rain (5:17)
3. Desert Song (4:47)
4. Trisevenine (1:27)
5. Smoke And Mirrors (3:16)
6. Touch And Go (6:02)
7. Children Of The Universe (6:25)
8. Premonitions Part 2 (31:23)

FORMATION :

Jay Tausig

(chant, guitare, claviers, batterie, violoncelle, flûte)

Shelby Snow

(basse)

James Camblin

(guitares)

D'ARCANA

"Premonitions"

États-Unis - 2007

Lemuria - 48:00/60:21

 

 

Resté jusqu'à présent dans l'ombre des formations étatsuniennes les plus marquantes du moment, du fait d'une personnalité insuffisamment développée et affirmée (voir notre chronique de As Worlds They Rise And Fall), D'Arcana fait avec ce double album un pas notable vers la reconnaissance, sans atteindre pour autant à une incontestable unanimité. Mené par le multi instrumentiste Jay Tausig, chanteur, guitariste, claviériste, batteur, violoncelliste, flûtiste (bien trop rarement, hélas !) et compositeur de la grande majorité du matériel (ouf !), le groupe se compose également du guitariste James Camblin et du bassiste Shelby Snow, le frère de ce dernier, Michael, apportant même occasionnellement sa contribution au violon. Premonitions est d'ailleurs dédié à un autre membre de la famille Snow, Nick, décédé prématurément à l'âge de dix-sept ans...

Si l'objet est déjà très soigné (regrettons juste l'absence des paroles), son contenu n'a pas à rougir, les dix-neuf morceaux faisant preuve d'une incontestable inspiration, les quelques titres courts (une à deux minutes) voisinant avec une suite finale d'une bonne demie heure. A l'écoute de ce copieux ensemble, qu'il faut du temps pour réussir à bien digérer, les influences se bousculent dans notre esprit, sans pour autant se faire exclusives. Si l'on devait en retenir une seule, plus fédératrice que les autres, ce serait certainement Shadow Gallery, mais moins étoffé, et dépouillé de sa composante métal, les moments les plus musclés relevant davantage du hard rock. Mais les évocations se télescopent : Genesis et Yes avec les chœurs et certains arpèges de guitare (le séduisant «Chameleons»); Pink Floyd pour les soli de guitare électrique et certains instrumentaux planants ou ballades («Gnome Matter», «Desert Song», le radiophonique «Crime of the Century»); Rush, à travers quelques sonorités de guitare et un certain type de mélodies (l'hypnotisant «World of Shadow»); divers représentants d'un folk progressif (le joli «Vapor»), sans oublier leurs compatriotes de Kansas, sur la ballade «Touch and Go» en particulier, arrangements de violon obligent. Tout cela est fait avec caractère, bien équilibré entre instruments, de la basse coupante à la batterie fluide, en passant par une guitare pleine de feeling, très présente, et des claviers surtout atmosphériques. Pour de rares soli, il faut surtout citer les épiques les plus progressifs que sont «Premonitions (Part 1)» (dix minutes) et «Premonitions (Part 2)» (trente minutes), qui arborent des rythmiques un peu plus complexes et une richesse accrue des paysages, solo de violon légèrement torturé à l'appui, mais avec un dynamisme inégal (très beau final de «Premonitions (Part 2)» sur le dernier tiers, succédant aux longueurs de son milieu).

En ce qui concerne les limites de l'entreprise, on peut regretter une production un peu sèche, qui manque nettement d'ampleur, voire d'énergie, et surtout le chant de Jay Tausig, aux possibilités moyennement étendues et au charisme loin d'être immense, ce qui empêche en grande partie l'essor de la musique plutôt sophistiquée développée par D'Arcana. Gageons qu'il y a là l'explication de l'enthousiasme forcément relatif que l'on éprouve globalement au sortir de l'œuvre. En parvenant à s'émanciper de ces faiblesses, le combo parviendra sans aucun doute à poursuivre sa croissance, pour que la chrysalide devienne pleinement papillon...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°67 - Automne 2007)