BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Darwin's Radio - Eyes Of The World pochette

PISTES :

1. Erase...Rewind (9:41)
2. Stronger (5:54)
3. Windows To Your Soul (7:26)
4. Glass Tiger's Eye (4:07)
5. Lapse Of Sensation (8:22)
6. Eccentric orbits (5:52)
7. Amber Skies (4:39)
8. The Vast Within (11:49)

FORMATION :

Declan Burke

(chant, guitare)

Mark Westworth

(claviers, chant)

Sean Spear

(basse, pédalier de basses)

David Parkhurst

(batterie, chant)

DARWIN'S RADIO

"Eyes Of The World"

Royaume-Uni - 2006

Autoprod. - 57:50

 

 

Ce nouveau groupe, au patronyme peut-être inspiré par le roman éponyme de Greg Bear, un des chefs de file de la science-fiction contemporaine, avait attiré notre attention à l'occasion de l'interview de Jem Godfrey, le leader de Frost*, dans notre dernière livraison. Celui-ci qualifiait en effet le premier disque de ces britanniques de «génial», les mettant pratiquement sur le même plan que Spock's Beard. A l'écoute de Eyes Of The World, qu'en est-il vraiment ? Indubitablement, la qualité est au rendez-vous, en premier lieu pour une production limpide. Mais la composante mélodique est également un point fort de la formation, composée de Declan Barke au chant et aux guitares (ancien membre du groupe hommage The Spirit of Rush), David Pankhurst à la batterie, Mark Westworth aux claviers, et Sean Spear à la basse (tous deux anciens de Grey Lady Down, au passage). A tel point que l'écoute des premiers morceaux de l'album, laissant un peu sur sa faim, pourrait inciter à les rapprocher d'un néo-prog décliné par tant d'autres combos.

Et puis le charme opère, le quatuor déjà aguerri sachant incorporer à sa musique positive et à son chant limité mais sincère, apparemment d'un accès évident, des composantes tirées en droite ligne des grandes années du prog. On se retrouve ainsi avec des structures longues, des poussées de fièvre électrique à la Rush, des arrangements de mellotron et des séquences de piano emplies de feeling qui vont droit au cœur, et évoquent le spectre du meilleur Banks. Les quatre épiques sont bien sûr autant de climax pour l'album. «Erase... Rewind», tout d'abord, à l'introduction seventies rentre-dedans, où le piano prononcé sublime la mélodie vocale et qui juxtapose refrains lumineux et séquences plus romantiques, évocatrices de la magie d'un Grand Stand. Le délicat «Windows To Your Soul» est un autre moment émouvant, bien qu'il ne s'agisse que d'une chanson étirée, malgré une partie centrale où guitare électrique et piano rivalisent de lyrisme. De ce point de vue, «Lapse Of Sensation» est plus profond, avec quelques touches jazzy et un nouveau brassage d'influences. «The Vast Within», enfin, décline onze minutes durant des influences floydiennes, genesiennes et une partie instrumentale plus enfiévrée, avec une basse bien déliée, avant un final lyrique un brin prévisible, mais qui demeure très efficace.

L'énergique «Stronger», plus court et moins convaincant, a toutefois pour lui des envolées instrumentales débridées et un refrain incisif à la Kansas, tandis que la ballade «Amber Skies», dominée par le piano, est elle aussi d'une simplicité et d'une émotion confondantes. On a même droit à un instrumental plus que réjouissant, aux atours légèrement hard-prog, «Eccentric Orbits», avec force guitare et orgue hammond, proche en cela du meilleur Dream Theater (celui de «A Mind Beside Itself»). Le seul titre nettement plus faible est «Glass Tiger's Eye», rock bien trop basique, au refrain portée par des chœurs très FM. Eyes Of The World apparaît donc comme un excellent disque, qui n'est dépassé que d'une tête par le Milliontown de Frost*, mais parvient, à l'instar de ce dernier, à marier les différentes époques du prog pour notre plus grand plaisir.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)