BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. A Capella
2. Narcisse
3. Le Vieux sous son Tilleul
4. Entre Jeux
5. Quand un Oiseau se meurt
6. Les Piranhas
7. Approximatif
8. Opéra Cosmique
a/ Nocturnes
b/ L'Orchestre
c/ Troisième Etoile à Gauche
d/ Margareth
9. Quasimodo
10. Les Nénuphars
11. Quatuor (Tout ça n'était qu'un Rêve...)
12. Le Sexe des Anges
13. Que deviennent les Héros
14. Selon Socrate et Copernic (inclus "La Mer de Quartz")
15. Devine !
16. A Bientôt sur la Vie
17. Coda

FORMATION :

Christian Décamps

(chant, claviers)

Tristan Décamps

(claviers, chant)

Hassan Hajdi

(guitare)

Hervé Rouyer

(batterie, percussions)

Thierry Sidhoum

(basse)

CHRISTIAN DÉCAMPS & FILS

"3ème Étoile À Gauche"

France - 1997

Sergent Major Cie - 71:56

 

 

Ce nouvel album de Christian Décamps & Fils fait suite à la tournée d'adieux de Ange en 1995. Si cette dernière prétendait tourner définitivement la page, c'est pourtant sous la qualification de «nouvel Ange» que la promotion de 3ème Etoile A Gauche est effectuée, et l'album nous est présenté depuis longtemps comme le digne successeur d'Au-Delà Du DélireGuet-Apens ou Vu D'Un Chien. Bref, son appréciation sera encore une fois soumise à une question d'héritage.

Il serait évidemment malvenu de contester à Christian Décamps le droit de reprendre le flambeau. Les musiciens de la «grande époque» se sont rendus coupables en laissant les frères Décamps seuls aux commandes, et leur retour au bercail ne modifia guère la destinée du groupe. Mais de là à affirmer leur dispensabilité, Francis compris, pour prétendre retrouver sitôt la tournée de reformation achevée les sensations des plus belles pages, c'est assurément, de la part du «Père», aller un peu vite en besogne.

Aussi, bien qu'il se situe un cran au-dessus du Nu de 1994, qui était lui-même déjà meilleur que les albums d'Ange des années 80, ceux qui espèrent, alléchés par les nouvelles allégations, retrouver sur 3ème Etoile... le Ange des grandes années risquent fort d'être à nouveau déçus.

Cependant, l'album est bon. Il ne s'adresse simplement pas en priorité au public progressif, pourtant fort courtisé ces derniers temps. Il y a là, à mon avis, une erreur de marketing. Il ne sert à rien de vouloir reconquérir le très large public d'hier - surtout ceux qui, depuis, ont fait faux-bond - sans maîtriser totalement ce qui pourrait les faire revenir, sans savoir, même, si cela est seulement possible... Par contre, la nouvelle orientation peut bel et bien ratisser large.

Des trois albums auxquels se référait Christian Décamps, c'est sans aucun doute de Vu D'Un Chien que l'on rapprochera cette nouvelle livraison. Nu était plutôt «chanson», celui-ci est résolument rock, sans doute sous l'impulsion et l'ascendant du nouveau guitariste, Hassan Hajdi. On est bien entendu en droit de regretter l'ouverture et la délicatesse de Jean-Pascal Boffo, comme l'enrichissement apporté par les instruments classiques, mais force est de reconnaître qu'ils ne pouvaient remettre en cause la suprématie de l'auteur-compositeur-chanteur. Aujourd'hui, le contre-pouvoir de l'énergique Hajdi procure un meilleur équilibre.

Malgré tout, si l'on fait le détail des titres, certaines ballades intimistes restent dans le droit fil de Nu. On retrouve aussi Décamps tel qu'en lui-même, aussi bien côté voix que côté textes, avec les qualités mais aussi les excès qui lui sont désormais habituels. Bref, une bonne partie de ce qui fut dit à propos de l'album précédent reste valable, à la différence qu'aujourd'hui on constate une volonté évidente de sonner comme un groupe soudé, volonté sans doute renforcée par la nature conceptuelle de l'album.

Ainsi, le micro lui-même est ici plus largement partagé, puisque même le bassiste Thierry Sidhoum est invité à venir pousser la chansonnette (sur «Devine»). Quant à Tristan Décamps, nettement plus présent, surtout sur la fin de l'album, il parvient davantage à compenser le handicap de sa diction très maniérée, en s'efforçant vaillamment d'émouvoir. La multiplicité des voix et les nombreux effets auxquels elle donne lieu enrichissent incontestablement la matière sonore, mais à ce niveau on ne retrouve pas la clarté constatée sur Nu. Il est probable que le départ de Boffo y soit pour quelque chose.

A l'image du récent Sunsets On Empire de Fish, Christian Décamps paraît avoir trouvé, avec 3ème Etoile A Gauche, la formule idéale pour valoriser ses capacités. Il ne sert à rien de regretter qu'elle ne soit pas plus audacieuse, puisque c'est sans aucun doute ainsi qu'elle plaira le plus largement...

Laurent MÉTAYER

(chronique parue dans Big Bang n°21 - Juillet/Août 1997)