BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Fuga E Morte (7:20)
2. Indietro Nel Tempo (4:17)
3. Paura Del Niente (7:46)
4. Smarrimento (7:59)
5. Cimitero Di Guerra (5:19)
6. Voglia Di Rivivere (3:35)
7. E Poi (2:03)

FORMATION :

Vito Paradiso

(chant, guitare acoustique)

Gilberto Trama

(flûte, saxophone, claviers)

Matteo Vitolli

(guitare, percussions, piano, flûte)

Eddy Lorigiola

(basse)

Ricky Rebajoli

(batterie, percussions)

DE DE LIND

"Io Non So Da Dove Vengo..."

Italie - 1973

Btf - 38:20

 

 

Durant l'âge d'or du rock progressif, à savoir les années 70 (petite précision pour les deux du fond qui dorment), au même titre qu'en grande Bretagne, Allemagne ou France, le prog italien comportait plusieurs écoles. Si celle dite "symphonique s'est le mieux exportée, avec des leaders aussi acclamés que PFM, Banco ou Le Orme, un autre courant, peut-être plus "terrien" mais tout aussi jubilatoire, connut un certain succès au sein de la botte transalpine même s'il eut plus de mal à quitter ses frontières. Il s'agit d'un rock (insistons sur ce premier terme) progressif plus directement inspiré de Jethro Tull. Ici, les claviers sont globalement en retrait et la guitare (très rock) et la flûte dominent. Le chant est souvent plus hargneux et rugueux mais est loin d'être dénué de charme. Et si les textes sont plus volontiers dénonciateurs, provocateurs et politiques (durant cette période, le milieu artistique italien était très politisé, voire gauchisant, on se souviendra sans peine des comédies sociales, des polars de l'époque ou des western "Zapata"), les côtés iconoclaste, démonstratif, foufou et pour tout dire latin persistent et façonnent même les pièces maîtresses du genre que demeurent L'Uomo de Osanna, DNA de Jumbo ou... Io Non So Da Dove Vengo E Non So Dove Mai Andro'. Uomo E'Il Nome Che Mi Han Dato de De De Lind.

De De Lind est né en 1969, à Milan, du nom d'une célèbre playmate des sixties (ça y est, il me plait déjà bien, ce groupe...). Il sort seulement trois singles en cinq ans, deux inspirés du "Beat" alors en vogue en Italie et un troisième plus rock, préfigurant l'unique album à suivre. Celui-ci est enregistré en sept jours, parait en 1973. Une sortie assez confidentielle dont seule la longueur du titre se fait dans un premier temps remarquer ! Un titre que l'on pourrait traduire par : je ne sais pas d'où je viens, je ne sais pas où je vais. Homme est le nom que l'on m'a donné.

Constitué de sept morceaux enchaînés, aux thèmes récurrents, Io Non So... est ce qu'il convient d'appeler un album conceptuel. Certes, mais lequel troquerait volontiers envolées symphoniques des claviers ou autres arrangements orchestraux contre une énergie de tous les instants, un sens mélodique prégnant et une facilité à jouer avec les contrastes évidente.

Ils sont, pour notre plus grand bonheur, légions : contrastes entre la rage électrique et la douceur acoustique des guitares (Matteo Vitolli), entre la vivacité de la flûte et la martialité du cor ou l'académisme du saxophone (Gilberto Trama), entre la voix tantôt puissante (tout en restant lyrique) tantôt angélique de Vito Paradiso (le bien nommé), entre le côté implacable de la section rythmique (Eddy Lorigiola, basse et Ricky Rebajoli, batterie) et la préciosité du timpani. Les ruptures de rythmes sont incesssantes et le groupe cultive avec maestria ce côté "ni dieu, ni maître" du prog italien en faisant fi des carcans stylistiques imposés au rock en général : certains titres ont des introductions dignes des meilleurs finals ! Ou le groupe n'est en aucun cas gêné de commencer un morceau par un solo de guitare dévastateur.

Inutile de préciser qu'une fois ces jalons posés, De De Lind transcende allègrement l'influence évoquée plus haut de Jethro Tull et, oui, s'il faut vraiment lui trouver un équivalent, une comparaison, ce ne sera qu'avec ses compatriotes de Jumbo ou Osanna, sans conteste les meneurs emblématiques d'un genre à part. Auquel il convient d'ajouter séance tenant De De Lind même si ce dernier n'aura pas connu le succès des deux autres, la faute en incombant à une promotion défectueuse de la part du label (Mercury). Le split aura rapidement lieu, après seulement une poignée de concerts.

Seul le chanteur Vito Paradiso fera un tant soit peu parler de lui, en tant que parolier pour I Dik Dik et Latte E Miele dans un premier temps puis en éditant deux albums solos entre 1978 et 1980. Dommage, mais il n'est pas trop tard pour réhabiliter un tel pilier du rock progressif transalpin, vous savez donc ce qu'il vous reste à faire...

Fabien CLAIR

(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)