
PISTES :
1. Inaugural Bash (26:57)
2. August In The Urals (15:52)
3. Abandoned Mansion Afternoon (12:14)
4. A Squirrel (8:45)
5. The Solitude Of Miranda (7:18)
FORMATION :
Dan Britton
(claviers, chant [1-3], guitare [2], guitare acoustique [5])
Dave Berggren
(guitares [1,3-5])
Patrick Gaffney
(batterie)
Brett d'Anon
(basse [1-4], oud [2])
Frank d'Anon
(xylophone [1], trompette [1], flûte [1], claviers [5])
Jeff Suzdal
(saxophone [1])
Adnarim Dadelos
(chant)
DELUGE GRANDER
"August In The Urals"
États-Unis - 2006
Emkog Records - 71:03
Voilà un premier album autoproduit (Emkog records étant un label "maison") pour un groupe dont les deux membres fondateurs ne seront peut-être pas inconnus aux lecteurs les plus assidus de Big Bang. Deluge Grander est ainsi issu des cendres encore chaudes de l'excellent Cerebrus Effect (dont le 3ème album était chroniqué dans notre n°63) : on y retrouve le batteur Patrick Gaffney et le claviériste Dan Britton, complétés par Dave Berggren à la guitare et Brett D'Anon à la basse.
Stylistiquement parlant, on est face à un propos clairement plus symphonique que Cerebrus Effect, mais qui en garde le côté touffu et quelques touches jazz-rock, ce qui va constituer d'ailleurs une partie de sa spécificité. La durée des morceaux témoigne en soi d'une réelle ambition avec seulement cinq titres pour plus de 70 minutes de musique au total. Les claviers occupent indéniablement le devant de la scène, avec des sonorités indéniablement typées 70's, notamment un mellotron très présent, ce qui allié à un goût pour des ambiances sombres et mystérieuses renvoie plus d'une fois à l'école scandinave, et des groupes comme Änglagård ou Wobbler. C'est assez flagrant sur la longue suite qui ouvre l'album, et finalement assez rare chez une formation américaine. Plus généralement, l'influence des anciens est évidente, Yes et Genesis en premier lieu, ce dernier en particulier avec la présence épisodique de très beaux intermèdes pastoraux (notamment la longue partie centrale du morceau titre).
Mais autant évoquer à ce moment de la chronique le sujet qui fâche : le chant de Dan Britton, par ailleurs excellent dans ses autres rôles de claviériste/arrangeur. Sans être calamiteuse, sa voix de baryton, aux intonations théâtrales et saturées d'effets paraît en quelque sorte hors-contexte. Pour être franc, du point de vue strictement musical, les parties de chant n'apportent rien (les paroles n'étant pas retranscrites sur le livret, on se gardera de tout jugement sur leur contenu littéraire), d'autant plus qu'elles ont tendances à être sous-mixées. Heureusement, les cinq titres demeurent majoritairement instrumentaux (les deux derniers le sont totalement), et finalement seul "Abandonned Mansion Afternoon" (12'14) en pâtit réellement, apparaissant en ce sens comme la seule véritable baisse de régime de l'album (même si tout n'est pas y jeter, loin de là...).
Car pour le reste, la qualité est largement au rendez vous, avec une densité instrumentale souvent impressionnante, surtout qu'elle ne repose pas forcément sur une mise en avant de la virtuosité individuelle des musiciens. Très peu de solos au sens classique du terme, mais plutôt des morceaux construits sur une succession de thèmes dont la force se confirme au fil des écoutes, et sur une indéniable richesse des arrangements. La palette sonore bénéficie en ce sens de la présence de plusieurs invités : saxophones, trompette, flûte, xylophone complètent ainsi les claviers multiples de Britton et la guitare de Dave Berggren, cette dernière demeurant plus discrète cependant.
S'il y a bien un titre à mettre en exergue, c'est certainement "Inaugural Bash", suite imposante de près de 27 mn, qui visite une impressionnante variété d'ambiances. Ainsi, entre deux majestueuses envolées "mellotroniques", des sources d'inspiration moins évidentes se révèlent, du côté de l'école de Canterbury, voire de la Zeuhl, et la maîtrise technique des musiciens n'est pas de trop pour naviguer entre ces aspirations a priori contradictoires avec naturel. Le chant y est très limité, et "passe" même mieux que sur le reste de l'album, accentuant en particulier l'étrangeté de l'avant dernière partie. Quant au final obsédant, aux allures de danse macabre envoûtante à l'intensité grandissante, il conclut les festivités par un refus du spectaculaire rafraîchissant. L'aspect un peu fragmenté de la suite (toutes les parties n'étaient pas forcément conçues pour être ensemble au départ, comme l'avoue Dan Britton lui-même) constitue le seul petit bémol, et ne gênera franchement que les plus exigeants...
Pas moins savoureux malgré leurs durées plus ramassées (8 et 7 minutes tout de même), les deux instrumentaux qui concluent l'album, tout en restant dans un cadre typiquement progressif, confirment l'ouverture des horizons musicaux du groupe. "A Squirrel" se montre plus jazzy, voire funky avec son clavinet sautillant, et "The Solitude Of Miranda" révèle des accents hispanisants, guitare flamenco à l'appui, jouée par Dan Britton en personne.
La conclusion s'impose d'elle-même : August In The Urals est une excellente surprise, que seul un chant médiocre prive du statut de réussite totale (car même la pochette est superbe !). Dans un registre assez similaire à Wobbler, c'est-à-dire passéiste et ouvertement seventies, Deluge Grander fait même mieux à mon goût que le groupe norvégien, avec une personnalité déjà plus affirmée, et ce malgré un potentiel de séduction moins immédiat. Car des morceaux de la trempe "d'Inaugural Bash", on en redemande...
Clément CURAUDEAU
(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)

