
PISTES :
1. Expergi (8:45)
2. Arbor (16:15)
3. Gladium Caeli (9:40)
4. Ignis Ab Caelo (4:20)
5. Se Ipse Loquitur (3:20)
6. Dialeghen (14:21)
7. Omnia Evolvitur Sed Potest Mutari (8:41)
FORMATION :
Mauro Collina
(guitare)
Alessandro Porreca
(basse)
Luigi Ricciardiello
(claviers)
Marco Matteuzzi
(batterie)
Alessandro Bonetti
(violon)
Alberto Piras
(chant)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Ad Montem (7:31)
2. Vacuum (5:51)
3. M.A. (1:20)
4. Hostis (6:00)
5. Cor Mio (5:01)
6. Si Tu Bene Valeas Ego Bene Valeo (7:33)
7. Lo Stato Delle Cose (9:00)
8. Deus Ex Machina (7:28)
9. Omega (2:10)
FORMATION :
Mauro Collina
(guitare)
Alessandro Porreca
(basse)
Luigi Ricciardiello
(claviers)
Claudio Trotta
(batterie)
Alessandro Bonetti
(violon)
Alberto Piras
(chant)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Exordium (9:15)
2. Res Publica I (2:01)
3. Res Publica II (5:55)
4. Res Publica III (10:11)
5. Macte Aequitatem (4:56)
6. Foederis Aequas Dicamus Leges (5:51)
7. Aeterna Lex (1:05)
8. Perpetua Lux I (2:03)
9. Perpetua Lux II (5:56)
10. De Oraculis Novis I (4:29)
11. De Oraculis Novis II (3:32)
12. De Oraculis Novis III (2:15)
13. Dittatura Della Mediocrita (8:42)
FORMATION :
Mauro Collina
(guitare)
Alessandro Porreca
(basse)
Luigi Ricciardiello
(claviers)
Marco Matteuzzi
(batterie)
Alessandro Bonetti
(violon)
Alberto Piras
(chant)
DEUS EX MACHINA
"Gladium Caeli"
Italie - 1991 - Kaliphonia - 65:22
"Deus Ex Machina"
1992 - Kaliphonia - 45:54
"De Republica"
1995 - Kaliphonia - 66:11
Pour le moins inattendu, le choix par les organisateurs de l'édition 1995 du Progfest de Deus Ex Machina comme ambassadeur de l'Italie progressive a comme premier mérite de sortir de l'ombre une formation réellement exceptionnelle qui, dans la surproduction italienne actuelle, se démarque par son audace, sa maîtrise technique supérieure, et surtout une inspiration hautement originale.
Consécration donc, qui tombe de plus à point nommé pour célébrer comme il se doit les dix années d'existence du groupe de Bologne, à l'œuvre déjà riche (c'est le cas de le dire !) de trois albums sortis sur le label turinois Kaliphonia. Cette décennie est le temps qu'il aura fallu à la formation pour acquérir une maturité qui ferait presque oublier que, pour leur grande majorité, ces jeunes musiciens sont autodidactes.
"Notre violoniste a étudié son instrument pendant dix ans au conservatoire, et vit désormais de ses activités musicales, grâce à ses prestations au sein de l'orchestre du Teatro Comunale de Bologne; quant à notre claviériste, il a également étudié le piano au conservatoire, mais moins longtemps : trois ans. Pour le reste, c'est surtout de jouer ensemble toutes ces années, en répétition et en concert, qui nous a permis de progresser et d'acquérir une bonne cohésion de groupe...".
Comme beaucoup de jeunes formations, Deus Ex Machina commence par jouer essentiellement des reprises. Le line-up de groupe se stabilise progressivement dans cette phase préliminaire, autour d'Alberto Piras (chant), Alessandro Bonetti (violon), Maurino Collina (guitare), Luigi Ricciardiello (claviers), Alessandro Porreca (basse) et Marco Matteuzi (batterie) - tous âgés d'environ 18 ans à l'époque. "Jouer des reprises était surtout pour nous le moyen d'acquérir un bagage technique suffisant pour composer notre propre matériel", explique Porreca.
En mai 1988 commence la composition d'une œuvre ambitieuse, traitant des rapports conflictuels entre l'homme et la nature. C'est lors de cette phase d'écriture que le groupe prend une décision qui affectera profondément sa musique : celle de s'exprimer en latin. Un choix qui n'a rien d'une excentricité gratuite, comme l'explique Alberto Piras : "Nous étions confrontés à un difficile dilemme : soit chanter en italien, une langue aux sonorités mélodieuses mais qui ne se prête pas idéalement à l'énergie du rock; ou alors choisir l'anglais, qui a l'avantage d'être plus direct et accessible, mais qui n'a rien d'original. Il s'est finalement avéré que le latin réunissait les qualités des deux langues, sans leurs inconvénients. C'était le compromis idéal !".
Lorsque le groupe achève la composition de Gladium Caeli (expression désignant un éclair - littéralement "sabre dans le ciel"), en novembre 1989, l'ensemble a fini par prendre la forme d'un 'opéra-rock'. Celui-ci est créé sur scène - en compagnie d'un acteur et de quatre danseurs - les 7 et 8 mars 1990 au Théâtre Bellinzona de Bologne. Ce furent hélas les seules représentations, car malgré l'enthousiasme du public, les coûts de production s'avérèrent bien trop élevés.
Pour évacuer cette frustration, les six musiciens entrent en studio deux mois plus tard pour coucher sur bande (avec, comme producteur, Mauro Cavagliato de Zauber) la partie musicale du spectacle. Désireux de restituer l'atmosphère d'une prestation scénique, le groupe enregistre quasiment 'dans les conditions du direct', selon l'expression consacrée, si bien que trois jours suffisent pour mettre en boîte les quelque 67 minutes de Gladium Caeli. "Certaines imperfection techniques sont évidentes", justifie Porreca, "mais elles contribuent selon nous à la dynamique de la musique par leur spontanéité".
A signaler que la composition est créditée au mystérieux trio 'Collina-Poziakov-Arocle'... "La raison est assez simple : pour recevoir des droits d'auteur, il est nécessaire de passer un examen. Au moment du premier album, aucun de nous ne l'avait passé. 'Collina', c'est tout simplement le frère de Maurino, notre guitariste. Quant aux deux autres, il s'agit de nos éditeurs, à Turin. Le second album est également crédité à Sandro Collina, le troisième l'étant à Alberto, notre chanteur, qui a fini par passer lui aussi l'examen...".
"En fait, chacun de nos albums a été composé collectivement", reprend le bassiste, "mais le fait que seul Alberto soit crédité n'est pas complètement injuste, car il est avec Maurino Collina, le principal compositeur. Il est également l'auteur de tous les textes. Il les écrit d'abord en italien, puis les traduit avec l'aide de personnes extérieures : pour le premier album, c'était la mère de notre batteur; maintenant, c'est son professeur de latin, Alberto Zoni".
"Je me considère comme un compositeur avant tout", précise Piras. "Je suis chanteur par nécessité surtout; écrire est vraiment mon activité de prédilection, je l'ai toujours fait, et c'est ce à quoi j'accorde le plus d'importance dans mon apport au groupe...".
GLADIUM CAELI - 1991 - 65:22
L'avez-vous remarqué ? Les groupe sont comme des êtres humains : leur vie suit des étapes immuables - croissance, adolescence, maturité, âge adulte, vieillesse -, qu'ils négocient plus ou moins bien et plus ou moins vite. Parfois, ils disparaissent avant d'avoir pu s'épanouir; parfois, lorsqu'ils sentent que le meilleur est irrémédiablement derrière eux, ils préfèrent mettre fin à leurs jours. Ainsi va la vie...
Le Deus Ex Machina de Gladium Caeli me fait l'effet d'un adolescent disgracieux, mal dans sa peau, maladroit et boutonneux. Bien malin celui qui aurait, à l'écoute de ce premier essai, prédit un si brillant avenir à la formation...
Non que, dans l'absolu, cet album soit totalement raté. Mais Deus Ex Machina y reste encore prisonnier des carcans d'un hard-rock à la mode du début des années 70, dans lequel il se contente d'injecter quelques éléments plus typiquement progressifs.
Et il ne montre que rarement les prémices de son talent futur : inspiré, parfois certes; mais trop souvent il allonge la sauce (cinq des sept titres durent entre 8:41 et 16:15, et c'est bel et bien trop long !), en s'égarant dans de fumeuses et interminables improvisations guitaristiques (cf. "Gladium Caeli"). Ou laisse seul aux commandes un Alberto Piras aux épaules encore trop fragiles, imprégné qu'il est par les maniérismes d'éphèbes braillards et décolorés typiques du genre.
Il semble en fait que Deus Ex Machina, ayant beaucoup d'énergie à revendre, hésite sur la façon de l'utiliser. Ne pouvant encore se permettre une trop grande sophistication instrumentale, il choisit au contraire de durcir une musique qui, manquant déjà de relief, finit par devenir irritante et lassante, le tout étant de surcroît desservi par une production pour le moins médiocre (désolé, Mauro...).
A tous points de vue, le contraste est saisissant par rapport aux œuvres ultérieures du sextette de Bologne. Sans doute était-il présomptueux de faire le pari de la 'spontanéité' étant donnée la jeunesse du groupe. Jeunesse qui est de toute façon la principale responsable des défauts constatés.
Malgré tout, et comme tout premier album, Gladium Caeli est un point de départ, une référence à partir de laquelle la formation va chercher à progresser. Comme dit l'adage, c'est en prenant le risque de faire des erreurs que l'on apprend à ne plus en commettre...
Pour la pochette de l'album, Deus Ex Machina fait appel à un illustrateur auquel il est resté fidèle depuis cette époque : Andréa Mélo. "Il ne faut chercher aucun lien direct entre le thème de l'album et la pochette, même si Andréa peint en fonction de la musique. Les deux choses sont indépendantes", précise Porreca. "Raoul Caprio, le patron de notre label, n'a pas vraiment aimé le dessin, il ne le trouvait pas assez progressif... C'est pourquoi la couverture de notre second album est une blague à propos des clichés picturaux associés au progressif...". On peut en effet, avec un peu d'imagination, y discerner les attributs vestimentaires rituels du "bouffon"...
Peu après la sortie de Gladium Caeli, intervenue début 1991, le groupe prend part à un festival rock important en Italie, 'Arezzo Wave'. Un extrait de sa prestation, "Ad Montem" (repris plus tard en ouverture du second album), figure sur l'album-souvenir de l'événement, édité un peu plus tard.
Mais 1991 est surtout marqué par un changement crucial dans la constitution du groupe : l'arrivée d'un nouveau batteur, Claudio Trotta - sensiblement plus âgé que le reste du groupe (27 ans). "Ce fut un événement déterminant", reconnaît Piras, "car avec Claudio nous avons pu mener nos expérimentations rythmiques à un point inimaginable jusqu'alors...".
Ce sang neuf coïncide avec le début, en septembre 1991, de l'écriture d'un second album. Contrairement à son prédécesseur, il rassemble des compositions indépendantes les unes des autres. "Le concept, si l'on peut dire, était très ouvert", explique Porreca. "Et finalement on peut dire que ce disque est en quelque sorte un instantané du groupe à cette époque. C'est pourquoi nous avons choisi de l'appeler simplement Deus Ex Machina, ce qu'on fait plutôt, en général, pour un premier album...".
DEUS EX MACHINA - 1992 - 45:54
Premier album ? L'idée est séduisante ! Préférant considérer Gladium Caeli comme un faux départ, je serais en effet tenté de considérer Deus Ex Machina comme le véritable acte de naissance du groupe bolognais.
En à peine deux ans, le sextette a en effet résolu (et de quelle manière !) tous ses problèmes formels, qu'il s'agisse de la production - qui est désormais d'une totale clarté - ou de la prestation des différents musiciens. Visiblement, le semi-échec artistique de Gladium Caeli a donné à ceux-ci un sacré coup de fouet !
Deus Ex Machina nous propose donc un album très équilibré, qualitativement comme au niveau des atmosphères. Les neuf compositions (de 1:20 à 9:00) mêlent en effet subtilement séquences paisibles, dominées par la guitare acoustique et le violon, et déchaînements électriques orchestrés par une section rythmique redoutablement efficace, et donnant l'occasion à la six-cordes foudroyante et incontrôlable de Mauro Collina et aux claviers analogiques d'origine contrôlée (orgue Hammond et minimoog principalement) de Luigi Ricciardiello de se succéder dans un véritable festival d'envolées solistes.
Si la musique du groupe possède déjà, sur ce disque, un grain de folie, elle n'en demeure pas moins très mélodique. Le chant, en particulier, ne gênera que les réfractaires absolus aux langues latines... Deus Ex Machina a su donner à ses compositions une plus grande densité que par le passé - sans tomber dans l'excès - et mettre ainsi en valeur la grande diversité des sonorités à sa disposition.
Par son caractère progressif clairement affirmé, par sa richesse et ses qualités mélodiques, Deus Ex Machina demeure l'album du groupe le plus facilement accessible. Ce n'est nullement une tare, car la limpidité de ses compositions ne nuit jamais à la libre et totale expression de sa personnalité...
L'album, enregistré en mai-juin 1992, sort à la fin de l'année. 1993 verra beaucoup de concerts, l'enregistrement d'un morceau pour la compilation Fafnir (toujours chez Kaliphonia), "Luna", et le début de l'écriture par Alberto Piras (en collaboration avec son professeur de latin, Alberto Zoni), d'un livre intitulé De Republica.
"Ce livre est une discussion critique sur le thème du pouvoir et de la dictature de la médiocrité dans nos sociétés contemporaines", explique l'intéressé. "Il est écrit de manière à ce que l'on puisse croire que les plus grands auteurs de l'Antiquité s'en sont en fait servi pour écrire leurs propres œuvres !". Le livre en question devrait sortir d'ici peu en librairie, mais pour l'instant voici que nous est proposée... son adaptation musicale par le groupe !
"Tous les textes des chansons de ce nouvel album sont des extraits du livre d'Alberto", révèle Alessandro Porreca. "Et comme ce ne sont que des fragments, nous avons eu l'idée de symboliser cela par des séparations nettes entre les adaptations de chacun... C'est pourquoi certains morceaux se terminent par une baisse du volume sonore", ajoute-t-il lorsque je lui demande si ces 'fade-outs' avaient pour but de nous dispenser d'improvisations trop débridées... "et non, ce n'est pas non plus parce que nous avons eu du mal à trouver des fins à nos morceaux !!!".
D'un point de vue plus strictement musical, De Republica marque une nouvelle avancée dans la création d'un style musical totalement personnel. Alberto Piras est au centre de celle-ci : "Je n'ai jamais pensé que le chant devait dominer par rapport aux autres instruments", prévient-il. "J'ai donc poussé le groupe à se défaire de la répartition classique des tâches entre chant et instruments, de manière à faire de la voix un instrument comme un autre, proposant des lignes mélodiques qui enrichissent l'accompagnement instrumental, et non le paraphrasent. Cela donne une couleur plus orchestrale, un effet de contrepoint à notre musique. C'est sans doute aussi ce qui donne parfois l'impression que mes parties vocales sont indépendantes, désolidarisées en quelque sorte, du reste, leur mélodie n'ayant apparemment pas de rapport avec ce qui est joué par les instruments".
DE REPUBLICA - 1995 - 66:11
Si Deus Ex Machina marquait l'éclosion d'une personnalité mûre et cohérente, De Republica nous montre un groupe qui, désormais adulte, s'assume sans le moindre complexe, et s'adonne sans retenue aux plaisirs qui lui étaient jusqu'ici défendus (par ses carences techniques en l'occurrence).
Une alchimie indescriptible unit dans cet exercice les six musiciens, tous parfaitement maîtres de leurs instruments respectifs (et utilisant ceux-ci avec un style très personnel), mais qui sont surtout à l'écoute les uns des autres. Cet égalitarisme est très frappant, car il s'exprime de façon à la fois inhabituelle et hautement jouissive, par la succession constante de thèmes mélodiques et/ou rythmiques les mettant tour à tour en valeur.
Le chant d'Alberto Piras est certes l'élément qui monopolise l'attention, mais il parvient à ne jamais vampiriser l'espace sonore au détriment de ses collègues. On peut cependant regretter (et c'est là que je situerais pour ma part la marge de progrès de Deus Ex Machina) que les séquences instrumentales soient plus des respirations au sein de morceaux bâtis autour des mélodies vocales, que de véritables développements.
Cet aspect n'est cependant pas celui qui risque de rebuter le plus au premier abord. Car les conceptions de Deus Ex Machina en matière de mélodicité ont aussi de quoi étonner. Les parties vocales sont le symptôme le plus évident par leur apparente extravagance - bien que celle-ci se révèle au fil des écoutes être une richesse de plus à l'actif du groupe, le timbre et la technique de Piras étant tout bonnement exceptionnels - mais l'accompagnement instrumental est au diapason : nous nous situons rarement dans ce qu'il est commun de qualifier de "beau".
C'est ici qu'il faut absolument effectuer un choix crucial : soit rentrer totalement dans le jeu des six musiciens, soit 'laisser tomber' ! Car chez Deus Ex Machina, il n'y a pas de demi-mesure, et De Republica est tout entier en cohérence avec ses nouveaux partis-pris stylistiques.
Mais une fois cette étape franchie, le passage du statut d'auditeur (persévérant) à celui d'admirateur (transi) s'effectue rapidement; et, une fois acclimaté, tout paraît soudain bien plus hospitalier... Et l'on savoure, à chaque nouvelle écoute, les inépuisables subtilités et richesses de ce qui constitue, à mon avis, et à titre évidemment provisoire (nous ne sommes qu'en septembre au moment où j'écris ces lignes !), l'album de rock progressif le plus authentiquement 'progressif' de l'année 1995... Ce qui ne signifie pas forcément, évidemment, qu'il soit le meilleur !... Mais sans aucun doute parmi les tous meilleurs...
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°13 - Septembre 1995)

