BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Work Machine (7:09)
2. Collage (7:06)
3. Pantera - Pantera / La Sua Anima (12:46)
4. Trip On Metro (6:33)
5. Space Age Man (9:47)
6. La Via (16:19)

FORMATION :

Luca Baldassari

(basse)

Alberto Bonomi

(Hammond, mellotron, flûte, chant)

Alberto De Grandis

(batterie, chant)

Silvio Minella

(guitares)

D.F.A.

"Lavori In Corso"

Italie - 1997

Scolopendra Records - 60:13

 

 

S'il convient de louer collectivement les groupes italiens pour leur contribution majeure au renouveau progressif des dernières années, force est également de reconnaître que les compétences instrumentales ne sont que rarement en totale adéquation avec la bonne volonté affichée. Il ne s'agit pas nécessairement d'un problème rédhibitoire lorsque le style honoré, d'obédience symphonique le plus souvent, ne focalise pas ses exigences sur ce talent (qui n'est évidemment pas le seul à considérer); il le devient en revanche lorsque la musique revendique une certaine complexité, auquel cas les insuffisances techniques peuvent rapidement faire sombrer l'entreprise dans le ridicule.

Ce n'est sans doute pas un hasard si ce premier album de D.F.A. sort sur le label Scolopendra, récemment créé à l'initiative du chanteur de Deus Ex Machina, Alberto Piras. Il y a en effet une parenté indéniable entre le sextette de Bologne et le quatuor de Vérone, parenté qui tient avant tout à l'aisance déconcertante avec laquelle les deux formations interprètent une musique très exigeante, au point que sa sophistication cesse d'être ostentatoire pour n'être plus que ce qu'elle a vocation à être, autrement dit une source de plaisir auditif maximal.

Que ceux qui trouvent malgré tout que Deus Ex Machina flirte trop souvent avec l'exubérance et la dissonance se rassurent : D.F.A. ne joue aucunement la carte de l'outrance, et propose une musique mue par un constant souci mélodique. Moins d'émotions fortes ou extrêmes par conséquent, mais un art plus consensuel - au sens noble du terme, car nous ne parlons pas ici de compromission, mais de double exigence : celle d'une complexité qui n'oublie pas d'être accessible.

Dans ce contexte, le caractère essentiellement instrumental des compositions (sept, de 4:04 à 16:19) est le bienvenu, et ce d'autant plus que le chant n'est pas, au contraire de DEM, le point fort de D.F.A. Le groupe n'a d'ailleurs intégré des parties vocales qu'assez récemment à ses morceaux, ce qui n'apparaît pas comme un choix judicieux tant la musique se suffit à elle-même. Faut-il en voir l'aveu dans le fait que "Collage", le second morceau, se termine sur un prophétique (en anglais dans le texte) "shut up your fucking mouth !!!" ? Toujours est-il qu'après un bref retour du chant, nous avons ensuite droit à près de 30 minutes totalement instrumentales !...

Ces envolées instrumentales sont un constant enchantement : à la fois riches, foisonnantes, colorées, dynamiques, entraînantes... Les arrangements très peaufinés soulignent la complémentarité presque osmotique des quatre instrumentistes. Il est à noter, et c'est peut-être là qu'il faut chercher la clé de cette réussite, que le principal artisan de la musique de D.F.A. n'est autre que son batteur et co-fondateur, Alberto De Grandis. Brillamment secondé par le claviériste Alberto Bonomi, dernière recrue en date du groupe, il a su fournir aux morceaux une assise rythmique extrêmement solide qui se prête à toutes les audaces imaginables.

Sans jamais sacrifier son souci mélodique sur l'autel d'un jazz-rock certes gratifiant, mais inutilement démonstratif, le groupe peut alors leur insuffler une nécessaire part de spontanéité. Sa marge de manœuvre demeure étroite car la musique demeure très écrite, mais elle est suffisante pour que l'objectif recherché soit atteint : un art abouti qui comble tout autant l'esprit et le cœur.

Il serait injuste de ne voir en D.F.A. qu'une sorte de "gentil petit frère" de Deus Ex Machina. Car si l'on peut éventuellement lui tenir rigueur de sa moindre prise de risque ou de quelques maladresses (au niveau du chant essentiellement), il n'empêche qu'il est parvenu, en l'espace d'un seul album, à un degré de "musicalité" qu'il a fallu autrement plus de temps à son aîné bolognais pour atteindre. C'est dire si l'avenir de D.F.A. semble des plus prometteurs...

Aymeric LEROY

Trois questions à Alberto BONOMI :

A quand remonte la formation de D.F.A. ?

Le groupe est né au début des années 90, à l'initiative d'Alberto De Grandis et Luca Baldassari. Je ne suis arrivé que bien plus tard. A l'époque, D.F.A. n'était qu'un trio, avec un autre claviériste. En 1993, Silvio Minella les a rejoints à la guitare et le groupe a vraiment pris son essor. Mais il est apparu que Tommasini, le claviériste, ne s'impliquait pas assez d'un point de vue créatif. Après l'enregistrement d'une démo,  Trip On Metro, en 1995, il est donc parti et je l'ai remplacé. Alberto m'avait repéré quelques mois auparavant lors d'un concert avec un autre groupe.

Comment en êtes-vous venus à sortir ce premier album sur le label Scolopendra ?

Alberto Piras, le chanteur de Deus Ex Machina, avait entendu notre démo, et nous a contactés afin de nous proposer de nous produire. Depuis l'enregistrement de la démo, nous avions pas mal retravaillé les morceaux, notamment en ajoutant des parties vocales. En janvier 1996, nous avons présenté ces nouvelles versions à Piras qui a donné son accord définitif pour la réalisation du CD. Nous avons alors composé un nouveau morceau, «La Via», afin que l'album comprenne un titre entièrement conçu pour la nouvelle formation. Les séances ont alors eu lieu, d'avril à septembre 1996, et Lavori In Corso est sorti en février 1997.

Que s'est-il passé depuis ?

Eh bien, tout d'abord, il y a eu beaucoup de chroniques très positives dans diverses publications, ce qui nous a vraiment renforcés dans notre volonté de persévérer dans cette optique musicale. Puis en mai dernier, nous avons joué en première partie de Banco à Bologne. En ce moment, nous commençons à composer en vue de notre futur deuxième album, et donnons des concerts aussi souvent que possible.

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°23 - Nov-Décembre 1997)