
PISTES :
1. Baltasaurus (14:18)
2. Flying Trip (7:51)
3. Vietato Generalizzare (6:38)
4. Mosoq Runa (18:58)
5. The Mirror (10:16)
6. La ballata De S'Isposa 'E Mannorri (10:16)
FORMATION :
Alberto De Grandis
(batterie, percussions, chant [5])
Alberto Bonomi
(claviers, flûte)
Silvio Minella
(guitare électrique)
Luca Baldassari
(basse)
INVITÉS
"Andhira"
(chant [4])
Elena Nulchis
(violoncelle [4,6])
Cristina Lanzi
(violoncelle [4,6])
Egidiana Carta
(violoncelle [4,6])
Zoltan Szabo
(violoncelle [4,6])
Maria Vicentini
(violon, violon alto [4,6])
EXTRAITS AUDIO :
D.F.A.
"4th"
Italie - 2008
Moonjune - 64:22
Il aura donc fallu attendre près d'une décennie pour entendre enfin le successeur du très remarqué Duty Free Area, deuxième album studio du groupe italien. Certes, deux autres CD ont vu le jour entre-temps - Work In Progress Live, témoignant de sa prestation lors de l'édition 2000 du NEARfest, et Kaleidoscope, anthologie regroupant ses deux premiers CD avec quelques bonus live - mais aucune composition inédite n'était hélas au menu.
Pourquoi une si longue attente ? En dehors du fait que l'appartenance à un groupe progressif est rarement, de nos jours, une occupation à plein temps, nos amis italiens ont simplement décidé de se consacrer pleinement à leur "vraie" vie - deux, notamment, ont fondé une famille... La musique a donc pris, pendant quelques années, une place plus secondaire, les concerts se sont faits plus rares (ils l'avaient toujours été), et au final il leur aura fallu bien plus longtemps que prévu pour arriver au point d'envisager sérieusement la réalisation d'un nouvel album.
A l'écoute du résultat, la quantité et la qualité de la musique proposée parle d'elle-même, et fait très vite oublier cette attente interminable. Globalement, on retrouve ici DFA tel qu'en lui-même, fidèle aux signatures sonores et stylistiques qui avaient fait son succès - les sons de claviers analogiques chaleureux, la cohésion sans faille, les dialogues intenses entre guitare (Silvio Minella) et claviers (Alberto Bonomi) portés par une fondation rythmique en constant mouvement (Luca Baldassari et Alberto De Grandis), le tout épicé d'un côté extraverti et exubérant typiquement latin. En d'autres termes, tous ceux qui avaient apprécié les deux premiers opus du groupe accueilleront 4th comme son digne successeur. A certains égards, il leur est même supérieur : il y a plus de subtilité, de retenue et de nuances dans l'interprétation, ce qui permet à ses compositions à rebondissements, totalement instrumentales pour la plupart, de progresser avec fluidité et naturel, donnant parfois l'impression d'être improvisées dans l'instant. Bel exploit !
Tout ceci en dit long sur l'osmose quasi télépathique qui unit les quatre musiciens. En effet, leur musique ne recourt que très peu à l'improvisation. Malgré les fortes similitudes formelles qu'elle affiche avec le jazz-fusion des années 70, elle demeure ancrée principalement dans l'esthétique progressive, avec des compositions très structurées caractérisées par un renouvellement incessant du matériau thématique. Rappelons que le principal compositeur de DFA est son batteur, Alberto De Grandis - assisté parfois par Bonomi -, et force est de constater que les batteurs sont décidément de bons chefs d'orchestre. Un exemple parmi d'autres, le crescendo très finement négocié qui ouvre le premier morceau, "Baltasaurus", d'un point de départ quasi minimaliste à une ambiance de jam-session débridée : un modèle du genre. Autre signe de maturité, la façon dont "Vietato Generalizzare" réussit à alterner des séquences dont la complexité n'a rien à envier au fameux "Trip On Metro" (du premier album Lavori In Corso) et d'autres beaucoup plus apaisées, apportant un contraste bienvenu.
Fidèle en cela à l'esprit originel du rock progressif, on trouve aussi dans cet album des moments qui rompent plus franchement avec le style DFA établi. Le prélude et le postlude de "Mosoq Runa", dominés par le piano et les cordes, le voient ainsi s'aventurer comme jamais auparvant sur le terrain de la musique classique pure. Plus audacieux encore, "La Ballata de 's'Isposa e Mannorri", collaboration avec le trio vocal sarde Andhira, s'avère tout à fait remarquable : elle démontre que la voix humaine peut trouver sa place dans la musique de DFA, ce dont on pouvait douter au vu du succès variable de ses précédents morceaux chantés, malgré les efforts méritoires d'Alberto De Grandis et divers invités - ce qui laisse espérer d'autres expériences passionnantes pour l'avenir.
Ce troisième album (drôle d'idée de l'avoir intitulé 4th !) est donc une réussite totale, qui non seulement replace DFA au centre de l'échiquier progressif actuel, mais compte assurément parmi les meilleures sorties de l'année en cours. Il est donc à espérer que la prochaine venue en France du quatuor attirera un public un peu moins clairsemé que sa pourtant excellente prestation parsienne aux dernières Tritonales...
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°71 - Hiver 2008-2009)


