BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

13 pochette

PISTES :

1. Suis-moi
2. Appuie
3. Le Retour
4. L'Apprenti-Sage
5. L'Apprenti-Sage (finale)
6. Le Château (intro)
7. Le Château
8. Le Château (finale)
9. Riche et Heureux
10. Intoxiqué
11. Intoxiqué (finale)
12. Poète

FORMATION :

Marco Paradis

(guitares électrique et acoustique, piano)

Serge Tremblay

(chant, claviers)

Robin Gaudreault

(basse)

Jean-Claude Tremblay

(batterie)

EXTRAITS AUDIO :

DIRECTION

"13"

Canada - 2007

Autoprod. - 55:37

 

 

Tu es le lecteur de Big Bang. Tu tiens entre les mains le nouveau numéro de ce magazine spécialisé. Tu l'as parcouru plusieurs fois sans te fixer, puis tu as lu tes rubriques favorites et les articles sur tes groupes préférés. Tu te dis qu'il est peut être temps de lire les chroniques de disques. Tu commences par les groupes les moins connus, histoire de t'en débarrasser au profit des grosses pointures que tu gardes pour la bonne bouche. Direction ? Des Canadiens francophones ? Connais pas. Tu lis rapidement l'intro et la conclusion. Tu cherches des références, des comparaisons, des noms connus. Tu vois le nom de Rush apparaître dans le développement de la chronique. Pour un groupe de rock prog canadien, tu te dis que la ressemblance n'est pas surprenante, que c'était soit ça, soit Harmonium. Bon, va pour Rush. Tu hésites à poursuivre, car les délicates chevauchées métalliques du hard prog ne font pas partie de ton pain quotidien. Tu décides malgré tout d'insister et de lire consciencieusement la chronique que tu reprend depuis le début (merci d'admirer la «barbarité» de cette proposition : cette implicite autocritique vaudra pour toutes les autres).

Vous êtes les lecteurs de Big Bang. Si vous ne concevez pas la musique sans dix changements de rythme par secondes et cent idées différentes par minute, ce jeune groupe canadien va avoir du mal à vous convaincre à la première écoute de 13, son deuxième album. Surtout pendant le premier quart d'heure, suite de morceaux courts et entêtants, presque simplistes. Si vous recherchez désespérément une musique originale, d'un genre qui ne ressemble à aucun autre sur Terre, il y a de fortes chances pour que celle de Direction vous laisse sur votre faim. Si pour vous un disque du Rush première époque est ce qui se fait de mieux pour avoir mal au crâne, ou s'endormir ou jouer au frisbee, Direction n'aura aucune chance de vous séduire. Car oui, il y a beaucoup d'emprunts au Rush des seventies dans cette musique, emprunts harmoniques et rythmiques, sans compter les soli de guitare qui viennent du fond des âges (l'âge de Jimmy Page, entre autre), ni les idées mélodiques dignes d'Hemisphere (Rush 78) sur le final de «L'apprenti-Sage», ni les grands moments rugueux (les accords de guitare rythmique), cabossés ou rustiques (les respirations à la guitare acoustique) digne de Caress of Steel (Rush 75). En d'autres termes, si vous n'avez pas lu (et ne lirez jamais) plus de trois lignes de l'article démentiel de Jean-Guillaume Lanuque dans notre précédent numéro, ne perdez pas votre temps ici. quittez cette rubrique et choisissez-en une autre qui vous fera découvrir le dernier album génialement complexe de tel ou tel géant du prog d'aujourd'hui. Ce n'est pas ce qui manque.

Cela dit, comment défendre un disque qui n'a pour sortir du lot (vous l'avez compris), primo, ni grande originalité, secundo, ni grande complexité, tertio, ni emphase démesurée, et petit d, ni folie renversante. Et bien, je le défendrai vaille que vaille, avec une sorte de tendresse, comme un enfant un peu chétif, rejeté par les maîtres et les bons élèves de sa classe. Pourquoi ? Parce que ce groupe est «sympa», fait une musique «sympa» sur des paroles «sympas», chantées de façon «sympa» (Balavoine ? Es-tu là ? Si oui, tape trois fois) par un chanteur «sympa» (qui ne daigne pas de temps en temps taquiner les claviers), pour des gens «sympas». Et parce qu'il y a quelques titres vraiment... «sympas», surtout vers le milieu de l'album, avec en point d'orgue le final de «Château» (4:05) à la tournure médiévale inattendue mais bienvenue.

Tu es le lecteur «sympa» de cette chronique, tu es à la recherche d'un disque «sympa» que tu n'écouteras peut-être plus dans un an (qu'écouteras-tu dans un an ?), mais que tu risques d'écouter souvent avant ça, les jours où tu aimerais que la vie soit plus simple. Alors pourquoi ne choisirais-tu pas le nouvel album de Direction ? Il y a plein de bonnes choses dedans, dans le style hard prog seventies. Un album à découvrir, comme disent les bons chroniqueurs pour montrer que le disque n'est pas dénué d'intérêt, mais pas génial non plus. Et c'est tout pour aujourd'hui, comme disent les mauvais chroniqueurs pour montrer que cette fois, c'est bien fini.

Alain SUCCA

(chronique parue dans Big Bang n°66 - Été 2007)