
PISTES :
Recollection Harvest :
1. The March To The Sea Of Tranquility (7:18)
2. Dr. Money (7:12)
3. The Packing House (11:11)
4. The Gypsy And The Hegemon (9:20)
5. Recollection Harvest (10:06)
Indian Summer :
6. Indian Summer (4:10)
7. Open Roads (4:57)
8. The Great Plains Of North Dakota (3:13)
9. Dark Oranges (3:44)
10. Twilight In Ice Canyon (5:16)
11. Requiem (4:16)
FORMATION :
Dale Ellett
(orgue, mellotron, guitares électrique et acoustique, bouzouki, ebow, synthétiseurs, programmations, theremin)
Mike Henderson
(guitares électrique et acoustique, guitare slide, ebow, synthétiseurs, programmations, percussions)
Chuck Oken, Jr.
(batterie, percussions, synthétiseurs, séquenceurs)
Aaron Kenyon
(basse, mellotron, syntétiseurs)
Henry Osborne
(basse, guitare acoustique, percussions)
Michael Ostrich
(syntétiseur [11])
DJAM KARET
"Recollection Harvest"
États-Unis - 2005
Cuneiform - 71:36
Bon, on ne va pas revenir sur l'histoire de Djam Karet à chaque fois, mais il faut tout de même se souvenir qu'à l'aube des années 1990, le groupe a voulu frapper un grand coup en sortant simultanément deux albums. Ils devaient représenter les deux faces antinomiques mais complémentaires du groupe : à savoir d'un côté une urgence et une rage peu communes, personnifiées par des guitares stridentes et rugueuses et une section rythmique sauvage, et de l'autre un aspect plus contemplatif et onirique mais tout aussi expérimental.
Malheureusement, nous nous sommes retrouvés au final avec à mon sens le meilleur enregistrement du groupe à ce jour (Burning The Hard City, 70 minutes d'une tension extrême avec un jeu de guitare incandescent rarement égalé dans le rock, tout style confondu) et le plus dispensable (Suspension And Displacement, qui ne décolle pour ainsi dire jamais).
Aussi, lorsque nos Américains nous annoncent une nouvelle œuvre scindée en deux parties distinctes, une axée sur une base rock (nommée Recollection Harvest), une autre plus planante (Indian Summer), il est un peu normal d'aborder sa découverte avec une certaine crainte.
Seulement voilà, entre-temps, Djam Karet n'a cessé de rendre sa musique plus accessible, en abandonnant totalement les improvisations qui faisaient sa marque de fabrique à ses débuts. Ces deux entités restent donc, pour notre plus grand bonheur, des plus recommandables, leurs différences stylistiques et formelles sont même des plus ténues, ce qui pourrait nous faire penser qu'encore une fois, la formation a eu une mauvaise idée, dans des proportions moindres, certes, mais l'album y aurait peut-être gagné à voir ses deux facettes mélangées. Maintenant, Djam Karet a décidé d'agir de la sorte, respectons donc ce choix. Il faut aussi ajouter que Recollection Harvest nous est présenté comme le véritable nouvel album, auquel serait ajouté une sorte de mini CD (ou à considérer comme tel) plus acoustique et atmosphérique.
Ces jalons étant posés, si nous décrivions un temps soit peu cette nouvelle galette ? Autant le dire tout de suite, Recollection Harvest est la création la plus rapidement assimilable de Djam Karet. C'est désormais acquis, il a tiré définitivement un trait sur son passé sauvage et expérimental. Pas la moindre dissonance n'est au programme, la frange la plus attirée par le rock symphonique instrumental de notre mouvement peut se réjouir, elle tient là une œuvre très mélodique, dominée par des claviers atmosphériques et majestueux en tête desquels trône un Mellotron impérial. Encore plus qu'au cours de la mutation du groupe, Gayle Ellett est à présent à considérer comme un claviériste qui jouerait aussi un peu de guitare. Et si le groupe y perd en singularité, il y gagne, au risque de me répéter, en accessibilité. Cependant, pour une formation qui a toujours été décrite comme se situant aux confluents des influences émanant de Pink Floyd et de King Crimson, il convient désormais de certifier que c'est le premier des deux ténors, en particulier avec l'album Animals, qui se fait le plus fréquemment rappeler à l'écoute de Recollection Harvest. Evidemment, Djam Karet n'en perd pas pour autant ses particularités. La guitare de Mike Henderson (et celle de Ellett, mais dans une moindre mesure, donc) est toujours aussi reconnaissable même si elle s'est fortement assagie pour devenir la plupart du temps aérienne. La section rythmique est toujours aussi redoutable et, fait marquant, jamais la batterie de Chuck Oken Jr n'a été si bien mise en valeur, oubliées les sonorités froides des premiers albums ou celles, étouffées, qui plombaient littéralement A Night For Baku. Cette remarque peut être étendue à la prise de son, rarement un CD de Djam Karet n'a eu l'opportunité d'avoir un son si chaleureux et profond. Le confort d'écoute est total.
Depuis l'album précédent, deux bassistes se partagent les morceaux de Djam Karet, et si Henry Osborne, le titulaire des débuts à ce poste, fait toujours merveille (il officie sur deux titres, parmi les meilleurs de Recollection Harvest) par son jeu rond et volontiers virtuose, Aaron Kenyon n'est pas en reste et s'intègre petit à petit, mieux que sur A Night For Baku en fait, au 'son Djam Karet'. Il n'est de toute façon pas un manchot (les fans d'Atavism Of Twilight approuveront...), il claque même, associé à Oken et à la guitare rythmique de Ellett, un groove imparable sur «Recollection Harvest» (le morceau), comme un autre symbole de cette nouvelle accessibilité. Son jeu mélodique semble cependant plus approprié à la partie Indian Summer.
Comme on l'a déjà mentionné, cette partie est plutôt proche de la précédente, certes, les titres y sont plus courts (7 à 11 minutes pour Recollection Harvest, 3 à 5 pour Indian Summer), la guitare acoustique et les synthétiseurs atmosphériques plus présents mais ils ne s'apparentent en aucun cas à de la new-age et la section rythmique, plus mélodique et feutrée, est loin d'y faire de la figuration. Il s'agirait plutôt d'une sorte de dark-folk-prog tout à fait fréquentable, ce qui laisse à penser, répétons-le, qu'ils auraient gagné à être combinés aux titres précédents, soit en tant que respirations, soit carrément au sein même d'un morceau pour obtenir des pièces plus ambitieuses et contrastées (c'est bien la première fois que l'on souhaiterait voir Djam Karet s'essayer à l'exercice de la suite !). Néanmoins même pris séparément, ils s'écoutent sans heurt et séduisent rapidement, rappelant parfois le Popol Vuh le plus 'visuel' (celui d'Aguirre ou de Nosferatu, et pour cause...). Mike Henderson nous y délivre ainsi quelques uns de ses plus beaux soli (du moins les plus directs, on y revient...) à la guitare slide.
On l'a dit, Djam Karet demeure certainement le groupe le plus accessible de l'écurie Cuneiform, il enfonce encore plus le clou avec Recollection Harvest et son prog atmo-symphonique et virtuose. Zazen parti suivre on ne sait quel gourou et Mind Gallery moribond, Djam Karet porte désormais seul ce genre particulier sur ses épaules... Mais c'est bon, elles sont solides !
Fabien CLAIR
(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)

