BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Arrivederci Sogni pochette

PISTES :

1. Dove Dio Dipinge Le Nuvole (3:28)
2. Nero,Grigio E Tu (9:10)
3. Equilibrio (2:31)
4. Sulla Via Del Ritorno (5:42)
5. La Riconquista Della Posizione Eretta (5:22)
6. Quiete (2:36)
7. Fra Le Dita (11:09)

FORMATION :

Andrea Lotti (La Coscienza di Zeno)

(piano, claviers, guitare, mandoline, accordéon)

Gabriele Guidi Colombi (La Coscienza di Zeno)

(basse)

Francesco Ciapica (Il Tempio delle Clessidre)

(chant)

Paolo Tixi (Il Tempio delle Clessidre)

(batterie)

INVITÉS

Marianna Brondello
(violon)

Yulia Verbistkaya
(violon)

Caterina Alifredi
(violon)

Manuela Morreale
(violon alto)

Chiara do Benedetto
(violoncelle)

Giorgio Boffa
(contrebasse)

Nadia Khreiwesh
(flûte)

Luisella Cravero
(clarinette)

Luca Tarantino
(hautbois)

Michele Danzi
(basson)

Marco di Giuseppe
(saxophone)

Giuseppe Notabella
(trompette)

Michele Verra
(trompette)

Lorenzo Reina
(trombone)

Filippo Ruà
(tuba)

Andrea Ternavasio
(cor)

Valeria Delmastro
(harpe)

Luca Viotto
(percussions)

LA DOTTRINA DEGLI OPPOSTI

"Arrivederci Sogni"

Italie - 2018

Altrock/Fading - 39:58

 

 

Si La Dottrina Degli Opposti est un tout nouveau groupe, ses membres ne sont par contre pas des débutants et font partie de deux des formations les plus douées de la scène progressive italienne actuelle. Son effectif en effet pioche à moitié chez Il Tempio Delle Clessidre (le chanteur Francesco Ciapica et le batteur Paolo Tixi, qui joue aussi régulièrement pour Fabio Zuffanti) et moitié chez La Coscienza Di Zeno, à savoir le bassiste Gabriele Guidi Colombie et le pianiste Andrea Lotti. Bien que pour ce dernier, il faille préciser «ex» car Lotti, bien que co-fondateur de LCDZ, est parti après le premier album en 2014. C'est pourtant bel et bien lui le maître d'oeuvre du projet ici, en tant qu'unique compositeur et arrangeur.

Arrivederci Sogni, qui sort sur la branche «symphonique» du label Alt Rock, Fading Records, se situe sans trop d'ambiguïté dans la grande tradition du progressif italien classique des années 70. La principale influence qui saute aux oreilles est celle du PFM des débuts, avec même à plusieurs reprises des citations quasi littérales de «Grazie Davvero», la conclusion de Storia Di Un Minuto. Pourquoi ce morceau en particulier, c'est à vrai dire assez mystérieux ! Mais ce sont aussi le mélange limpide des sonorités acoustiques et électriques, l'évidence mélodique, et jusqu'aux traits naïfs et les teintes pastels de la pochette qui rappellent les deux premiers albums du plus célèbre des groupe de prog transalpin.

Rien de bien original jusque là, mais là où le disque tire son épingle du jeu, c'est que le quatuor se voit renforcé par un orchestre classique de 18 musiciens. Utilisé avec une subtilité et un bon goût constants, il va bien au-delà d'un rôle d'ornementation et fait partie intégrante des compositions, se mariant à merveille avec les claviers d'Andrea Lotti. On pense forcément aux précédentes tentatives réussies du genre, au Banco Del Mutuo Soccorso de Di Terra (sans le côté jazz cependant) ou au Contamizione de Il Rovesco Della Medaglia, et La Dottrina Degli Opposti s'inscrit dans cette noble lignée avec aplomb. Dans l'exercice de la fusion rock/classique, pas de doute nous avons affaire là à un exemple en la matière.

Explorant le thème du passage de l'adolescence à l'âge adulte, des espoirs et désillusions inhérents à ce moment clé de l'existence, Arrivederci Sogni («Au revoir les rêves») est construit sur l'alternance entre ses quatre titres principaux (de 5 à 11 minutes) et de plus courtes pièces instrumentales centrées sur l'orchestre et les claviers. Ces dernières, contemplatives (la douce torpeur de «Quiete»), plus emphatiques («Equilibrio») ou ouvertement classisantes («Dove Dio Dipinge Le Nuvole» en introduction), mais toujours enchanteresses, cultivent d'émouvants accents nostalgiques qui évoquent certaines bandes originales du maestro Ennio Morricone.

La majorité de l'album, mettant en scène l'effectif au complet, honore logiquement un propos plus typiquement prog. Un rock symphonique à la luxuriance formelle (en plus des claviers multiples, Andrea Lotti joue de l'accordéon et de la mandoline) proche du Hostsonaten du Cycle des Saisons, qui se voit servi par l'interprétation toute en sobriété et en finesse d'un groupe totalement au service de la musique y compris pour le chant de Francesco Ciapica. Bien que ne manquant pas de rebondissements, les morceaux ne dépassent cependant jamais un certain niveau d'intensité mais tirent tout leur charme de leur beauté mélodique, de l'élégance des arrangements et d'une écriture limpide et raffinée à la fois. S'il n'y a rien à jeter, on retiendra particulièrement le très contrasté «Sulla Via Del Ritorno», du Moog triomphant de son introduction jusqu'à sa sublime accalmie Harpe/Mellotron, et le long «Fra Le Dita» (11:09), dont le final doux-amer, à la fois mélancolique et porteur d'espoir, renoue avec les grands moments du fameux Forse e Lucciole Non si Amano Più de Locanda Della Fate. Peut être l'ensemble manque t-il de vrai climax, mais il s'agit typiquement du genre d'album à écouter dans son intégralité, surtout que par contre il n'y a jamais de baisse d'inspiration.

Pas besoin d'en rajouter beaucoup plus, les références ou inspirations d'Andrea Lotti sont claires et sautent souvent aux oreilles, mais plutôt qu'y voir un manque d'idée ou de personnalité, Arrivederci Sogni ressemble surtout à une très belle lettre d'amour adressée au progressif italien symphonique. Il faudrait être un peu masochiste pour ne pas se laisser séduire par le travail d'orfèvre du clavièriste et de ses musiciens, par la grâce des contributions orchestrales et la nostalgie touchante qui traverse tout le disque. En attendant de voir si le projet en restera là ou s'il connaîtra une suite (ce qu'on ne peut qu'espérer !), il serait donc bien dommage de se priver de ses quarante minutes de bonheur... 

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°103 - Août 2018)