BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Shimmering Lights pochette

PISTES :

1. Shimmering Lights (8:54)
2. They Come And Grow (6:23)
3. Hide From The Sun (7:59)
4. What Is Done Is Done (3:36)
5. End Of The Recess (3:51)
6. September Solitudes (10:08)

FORMATION :

Stéphane Desbiens

(chant, guitare, claviers)

Matthieu Gosselin

(basse, Stick)

Danny Robertson

(batterie)

Tomas Bodin

(claviers)

Fred Schendel

(claviers)

Martin Orford

(claviers)

Sandra Poulin

(violon)

THE D PROJECT

"Shimmering Lights"

Canada - 2006

Ipso Facto - 48:30

 

 

C'est bien connu, le milieu progressif n'est pas le plus solidaire qui soit. Sa solidarité s'avère plus exactement assez sélective, comme l'indiquent les guerres de chapelles qui minent assez régulièrement notre microcosme, et pas qu'en France comme j'ai pu l'apprendre. Heureusement, les musiciens semblent bien moins enclins à ces conflits d'intérêt, et n'hésitent pas à filer régulièrement quelques coups de mains à des collègues moins renommés. Ce fut le cas avec Shakary, qui se vit apporter le soutien de Arjen Anthony Lucassen, de Noël McCalla et de Steve Rothery, ça l'est à présent avec D Project.

Stéphane Desbiens, guitariste et principal compositeur du groupe canadien Sense, et auteur d'un premier opus en solo il y a dix ans (intitulé Desbiens Acoustic), se voit en effet ici secondé par quelques uns des claviéristes les plus réputés de notre courant : Tomas Bodin (sur 2 morceaux), Fred Schendel (sur un seul) et Martin Orford (sur un seul également). Idéal pour donner du corps à ce D Project, qui n'en manque pas vraiment par ailleurs, mais force est de constater que les interventions synthétiques de ces illustres invités sont d'un parfait à-propos, bien que trop rares. Il faut dire que, côté guitares (tant en acoustique qu'en électrique), Desbiens est un orfèvre qui occupe l'espace sonore avec maestria. Dentelles acoustiques, furie électrique, apesanteur symphonique, arabesques 'crimsonniennes', tout y passe pour un résultat réellement probant.

Album au contenu fouillé et aux influences multiples (Genesis et Pink Floyd en tête), Shimmering Lights offre néanmoins et également le flanc à la critique, pour les mêmes raisons finalement que celles évoquées pour décrire sa réussite. En gros, voici bel et bien une œuvre assez hétéroclite, qui ressemble parfois à un collage improvisé de compositions (voire de séquences) qui, si elles s'avèrent individuellement réussies, font preuve d'une trop grande hétérogénéité... Rien de rédhibitoire bien sûr, mais Stéphane Desbiens laisse dans ces grands écarts stylistiques quelques forces, ôtant autant de cohésion à l'ensemble qu'il y apporte d'enthousiasme. Faire se succéder par exemple le nerveux «What Is Done Is Done», aux velléités 'metal', et le pastoral «End Of The Recess» peut certes incarner la volonté de Desbiens de surprendre ses auditeurs, mais le résultat risque d'être bien moins efficace et d'engendrer au final davantage de frustration que de plaisir. A voir avec le temps.

Si Stéphane Desbiens souffle le chaud et le froid (en terme stylistique et non qualitatif), je ne voudrais surtout pas faire de même et vous laisser perplexe face à ce Shimmering Lights. Car il s'agit d'un album réussi, jalonné de nombreuses et excellentes idées, qui contenteront les amateurs de progressif 'seventies'. Le musicien canadien (entouré ici de multiples invités, autres que les claviéristes sus-cités) s'est clairement fait plaisir en explorant bon nombre de terres musicales qui lui tenaient à cœur. Et au final, nulle raison de refuser d'adhérer à une profession de foi aussi sincère...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)