
PISTES :
1. A Lust (8:58)
2. An Errand (6:02)
3. Stigmata Of Change 1 (1:49)
4. A Start (6:52)
5. Alice (2:56)
6. A Misstep (7:00)
7. A Shrine (6:22)
8. A Revelation (9:56)
9. An End (5:08)
10. A Doubt (0:58)
11. Stigmata Of Change 2 (1:17)
12. Smoke (6:47)
FORMATION :
Eric Azhar
(guitares, claviers, batterie)
Yvon Lucas
(chant)
Ralph Adam
(claviers)
Jean-Francois Duboc
(basse)
DRAMA
"Stigmata Of Change"
France - 2005
Cyclops Records - 64:34
Révélée en 1996 grâce à un album instrumental de très bonne facture, Drama fut certainement l’une des formations françaises les plus prometteuses de la fin des années quatre-vingt-dix. Son potentiel fut en effet largement confirmé sur son deuxième album, Flying Over The 21st Century, paru en 1998 : un opus jubilatoire et d’une grande fraîcheur, célébrant un progressif d’obédience relativement classique, exprimé dans des compositions carrées et énergiques, mais malheureusement épisodiquement gâchées par le chant forcé et plus qu’approximatif de Louis di Fusco. Mis à part ce relatif bémol, tout compte fait bien remédiable, il semblait logique de pronostiquer pour Drama un avenir des plus brillant, certains n’hésitant pas alors à le présenter comme le grand espoir de la scène progressive française. Et puis... silence radio !...
Sans nouvelles du groupe depuis près de sept ans, autant dire une éternité, on avait presque fini par en oublier l’existence, ou en tout cas classé l’affaire depuis belle lurette dans les dossiers sans suite. Jusqu’à la sortie impromptue du présent Stigmata Of Change, en ce début d’été, édité cette fois sur le label britannique Cyclops, décidément spécialisé dans le repêchage des talents hexagonaux (ou quand les britanniques, pour une fois, volent au secours de l’exception culturelle française...). Qu’a-t-il bien pu se passer entre temps pour justifier une telle attente ? Dans l’intervalle, la scène progressive, à l’époque en pleine ébullition, a bien évidemment poursuivie sa métamorphose, se traduisant notamment par une élévation générale et perceptible du niveau qualitatif. Dans ce contexte ultra concurrentiel, où chaque jour de nouveaux artistes semblent surenchérir dans l’inspiration et le professionnalisme, Drama peut-il prétendre retrouver une place dans le peloton de tête des groupes qui comptent ?
La réponse à cette question est vous vous en doutez assez mitigée, même s’il est indéniable que ce nouvel album marque une avancée supplémentaire vers un style mature et pleinement maîtrisé, voire un relatif changement d’orientation. D’une part, le groupe a résolu son principal travers en recrutant un chanteur (du nom d’Yvon Lucas) qui assure enfin décemment son rôle, avec un accent anglais à peu près correct, mais doté d’un timbre de voix manquant un peu de personnalité. D’autre part, après avoir perdu un premier percussionniste, Drama se retrouve maintenant sans batteur attitré, d’où un recours massif aux programmations électroniques. Le résultat s’en ressens logiquement, la musique ressemblant de plus en plus à un néo-progressif de luxe, situé quelque part entre Clepsydra, pour la sophistication capiteuse des thèmes, et Metamorphosis, le fameux projet solo du suisse Jean-Pierre Schenk, pour son ambiance synthético-planante un brin aseptisée.
Par ailleurs, la guitare d’Eric Azhar semble moins volubile que par le passé, plus soucieuse de souligner les climats éthérés et lancinants de la plupart des titres que de se mettre gratuitement en valeur. Ses interventions n’en sont que plus appropriées, parfaitement en phase avec l’atmosphère profonde et pénétrée de l’album, pour tout dire un brin introvertie. Car c’est bel et bien à un progressif atmosphérique que nous avons maintenant affaire, dans le bon sens du terme puisqu’il ne sacrifie jamais à la facilité, et ne se dépare pas d’une dimension mélodique soignée et bien souvent envoûtante. Tout juste peut-on lui reprocher ce son un peu froid et désincarné, dû en grande partie aux percussions synthétiques déjà pointées du doigt, qui suscitent d’ailleurs quelques interrogations quand à la nature de leur choix, volontaire ou contraint. Dans l’absolu, celles-ci s’intègrent parfaitement au jeu de basse soyeux de Jean-François Duboc et aux nappes de synthétiseurs qui imprègnent les compositions, au point de générer un puissant effet hypnotique. Pris dans son ensemble, l’album offre de toute façon suffisamment de moments d’émotion, soulignés par quelques intenses épanchements instrumentaux, pour contrebalancer ses tendances légèrement contemplatives.
Au bout du compte, Drama semble être quelque peu rentré dans le rang, comme s’il avait perdu une part de sa personnalité originelle pour se parer d’un vernis néo-progressif plus clairement identifiable, mais a peut-être en contrepartie gagné les moyens de séduire une frange encore plus vaste du public progressif. Car en dépit de certaines réserves exprimées ci-dessus, Stigmata Of Change reste une réussite de grande envergure, qui devrait trouver grâce auprès des amateurs d’un prog à la fois accessible, classieux et rajeuni, dans l’esprit de ce que nous ont déjà offert des groupes comme Satellite ou Knight Area. Je ne me risquerai pas à garantir l’ampleur de son impact sur le microcosme progressif, mais si vous êtes client des références sus-citées, sachez que vous pouvez y aller les yeux fermés. C’est en tout cas une recrue de choix dans l’écurie de Malcolm Parker, patron de Cyclops, qui commence décidément à compter quelques signatures dignes d’intérêt...
Olivier CRUCHAUDET
Entretien avec Jean-François DUBOC et Eric AZHAR :
Pourquoi une si longue absence ? Quel a été votre parcours pendant ces sept ans ?
Jean-François Duboc : Tout d'abord il y a eu la conception, puis ensuite la réalisation de l'album, et enfin les démarches auprès des labels. Cela a pris environ cinq ans. D'autre part, nous sommes tous musiciens professionnels, et cela prend du temps, que ce soit sur scène, en studio ou autre.
Eric Azhar : Cette longue absence s'explique en fait surtout par le fait que nous avons travaillé avec des artistes français et sommes partis en tournée un peu partout dans le Monde (Canada, La Réunion, Suisse, Belgique, etc.) pendant à peu près 4 ans. Parallèlement, nous composions pour Stigmata Of Change, mais sans pouvoir nous y consacrer à temps plein...
Comment vous êtes-vous retrouvé chez Cyclops ?
E.A. : Effectivement, nous avons changé de label; sans doute l'envie d'aller voir ailleurs et de travailler différemment. Malcolm Parker, le patron de Cyclops, est quelqu'un de très compétent et de plus semble avoir la même vision que nous sur la musique. Nous nous sommes tout de suite très bien entendu, dès les premières minutes de notre premier rendez-vous.

Stigmata Of Change, votre nouvel album, semble avoir gagné en cohérence rapport à vos deux précédents opus. A quand remonte sa gestation ?
J.F.D. : En effet, Stigmata Of Change a été le fruit d'une longue gestation. Le travail de studio s'est étalé sur plusieurs années. Certains titres de l'album ont même été refait entièrement pour coller à la tessiture de Yvon, notre nouveau chanteur. Certains sons ou samples ont été corrigés au fil du temps, et je crois que si nous avions travaillé une année de plus sur le disque, il y aurait eu encore d'autres changements. Il faut dire qu'Eric, l'acteur principal du CD, ne manque pas d'inspiration dans ce domaine. Et puis, il y a eu l'écriture des textes, car Stigmata Of Change est un concept album, et là aussi, ça prend du temps. C'est vrai, nous avons gagné en cohérence. Les orchestrations, par exemple, sont assez chargées, alors il a fallu jouer sobre sur le plan des individualités, pour que l'ensemble soit cohérent. C'est peut-être le début de la sagesse !!
E.A. : La musique de Drama a pris une toute autre tournure , sans doute plus actuelle au niveau des arrangements et du son. Nous utilisons en effet quelques loops mélangées à une vraie batterie qui fut jouée en studio. Je pense que le dernier album est plus abouti que les précédents et le prochain sera probablement encore différent. Nous cherchons sans cesse une évolution...
Le chant semble être devenu une composante essentielle de votre musique. A ce sujet, comment avez-vous fait la connaissance d'Yvon Lucas, et quel regard porte-t-il sur la musique de Drama ?
J.F.D. : La rencontre d'Yvon est pour Drama une réelle providence, d'autant plus que nous avions lancé une recherche internationale pour trouver un chanteur. Nous l'avons finalement découvert dans notre région et, aujourd'hui, il amène beaucoup au groupe. En plus, c'est vraiment un chic type, guitariste de surcroît, dont vous découvrirez les talents multiples lors de nos futurs concerts.
E.A. : Yvon Lucas est assez connu sur la région havraise en tant que guitariste, c'est un excellent musicien. Sa voix nous a semblé une évidence pour notre musique, ses idées d'arrangements (notamment pour les chœurs) ont apporté beaucoup.
Jean-François Petit reste crédité pour les paroles, on peut donc penser que ses relations avec le groupe restent bonnes ?
J.F.D. : Jean-François Petit devient de plus en plus l'alter ego de Drama, et je pense que cet album en est la preuve. Il est vrai que l'on s'est parfois montré assez impatient par rapport à l'écriture des textes. Mais il faut que l'inspiration soit au rendez-vous, et une fois de plus le résultat est là, alors aujourd'hui tout va bien.
E.A. : Nous entretenons d'excellentes relations avec Jean-François, son écriture fait partie intégrante de notre musique. La qualité de ses textes reste étonnante...
Autre changement notable : le départ de votre batteur, Laurent Guillot. N'avez-vous pas réussi à lui trouver un remplaçant attitré, ou avez-vous délibérément opté pour les programmations électroniques, apparemment majoritaires sur l'album ?
J.F.D. : Concernant la réalisation du disque, il s'agit d'un savant mélange de batterie jouée par l'incontournable Eric Azhar et de samples de «Drums». Il faut vivre avec son temps, et même le rock progressif doit évoluer ! (rires)
E.A. : Après quelques auditions de batteurs, nous avons opté pour Pierrick Lambert, qui donne un souffle nouveau à Drama. Son écoute, sa gentillesse et son incroyable talent font de lui le batteur attitré du groupe. Comme il a joué dans beaucoup de styles différents, cela lui donne une ouverture d'esprit qui nous correspond totalement.
J.F.D. : je confirme, c'est un batteur génial !
On peut donc espérer vous revoir monter sur scène...
J.F.D. : Bien sûr ! Nous nous préparons actuellement pour différents concerts, dont le festival de Royan le 19 Août prochain. Ce sera notre première date avec ce nouveau line-up, et nous serons cinq sur scène.
E.A. : Quelques concerts sont en effet prévus, notamment celui du festival Crescendo comme vient de le préciser Jean-François, puis d'autres la saison prochaine en Normandie, avant de se rendre, en février 2006 à Londres pour un autre festival.
Quels sont maintenant vos projets pour l'avenir ?
J.F.D. : Il y aura évidemment d'autres albums de Drama, car on ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Pour finir, je dirais que Drama a pris un nouveau virage, et que l'on attend vraiment avec impatience la rencontre avec notre public.
E.A. : Pour le moment nous sommes en pleines répétitions pour les futures scènes à venir et quelques ébauches du prochain disque sont déjà enregistrées.
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°58 - Été 2005)

