BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Plague (2:39)
2. Every Screaming Ear (0:18)
3. The Shameful Stain (4:53)
4. Preaching To The Converted (5:19)
5. Phones Where Your Tongue Is (0:05)
6. Nerveware No. 8 (2:37)
7. Little Jonny Stinkypants (6:50)
8. Don't Call Too Late My Husband's A Baker (3:23)
9. Beta 14 Ok (1:42)
10. In His Feet Were Burned Because of Many Waters (3:22)
11. Phones Where Your Guitar Is (0:13)
12. I Kick My Hand (3:32)
13. Dead Silence (5:23)
14. Ironwood (2:51)
15. Take Your Ears As The Bones Of Their Queen (5:06)
16. Our Soldiers Are Soft Pianos (5:06)

FORMATION :

Greg Anderson

(basse)

Leo Ciesa

(batterie, peaux)

Nick Didkovsky

(guitares électriques)

Dave Douglas

(trompette, "machin bariton")

Yves Duboin

(saxophone soprano)

Rob Henke

(trompette, voix)

Michael Lytle

(clarinettes basse et contrebasse)

Marc Wagnon

(vibraphone, samples)

DOCTOR NERVE

"Skin"

États-Unis - 1995

Cuneiform - 53:50

 

 

Depuis onze ans sévit à New York un ensemble de musiciens complètement inclassable et subversif, mené par un guitariste excentrique : Nick Didkovsky. A en juger par son instrumentation, Doctor Nerve passerait pour un big-band de jazz : un saxophoniste, deux trompettistes, un clarinettiste et un vibraphoniste viennent en effet s'adjoindre au trio guitare-basse-batterie.

Pourtant, la musique de l'octet n'a strictement rien à voir avec du jazz. Et on a beau chercher un terme idéal, on finit par revenir au point de départ : eh bien oui, c'est tout simplement du rock progressif, au sens propre du terme.

Du rock, d'abord, parce que la section rythmique de Greg Andersen et Leo Ciesa revendique haut et fort sa binarité, même si celle-ci s'accomode rarement des sages trames à quatre temps chère au genre en question. Le goût que manifeste le duo pour les mesure impaires et composées tourne même carrément à l'obsession. Ne vous avisez surtout pas d'esquisser ne serait-ce qu'un pas de danse sur du Doctor Nerve : l'atterrissage risquerait d'être assez douloureux...

Progressif ensuite : Skin fait partie de ces disques qui vous font réaliser que l'on est pas près d'avoir fait le tour des possibilités réunies sous cette bannière artistique. Chacun des treize (!) morceaux (de 1:42 à 5:19) - j'exclus trois courts interludes - se distingue par une originalité, en général un motif (de guitare, de batterie...), assez loufoque, d'abord exposé seul puis avec les autres instruments. Le résultat est tout simplement époustouflant, fascinant par la virtuosité dont font preuve les musiciens, et souvent drôle par l'évident masochisme de ces derniers, tant leurs pitreries instrumentales absurdes doivent leur donner du fil à retordre en répétition...

Si la guitare du leader (par ailleurs compositeur de la totalité des morceaux) prédomine largement, les cuivres et le vibraphone (le vétéran Marc Wagnon, qui confère un côté à la fois mélodique et acoustique à l'ensemble, et s'avère être ainsi un élément essentiel du groupe) ne se privent pas de quelques belles apparitions au premier plan sonore, sans jamais dénaturer l'esprit musical typique de Doctor Nerve (par exemple en lui donnant une couleur 'jazzy').

Skin n'est pas le premier album de Doctor Nerve : on peut trouver Out To Bomb Fresh Kings (1984) et Armed Observation (1987) sur un même CD, réalisé en 1992 (par Cuneiform également), ainsi que Did Sprinting Die ? (1990, live) et Beta 14 OK (1991). On y retrouve, à différents stades de sa maturation, l'inimitable style du groupe.

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°12 - Juillet/Août 1995)