
PISTES :
1. Ouverture2. Storia Di Oro
3. Le Pietre Di Dunwich
4. L'Incontro
5. Il Viaggio Di Wesakaycak
6. Yetima
7. La Nuova Rugiada
8. Solo Per Sognare
9. Izanami E Izanagi
10. La Riualsa Di Aki-Gahuk
11. Epilogo
FORMATION :
Claudio Nigris
(guitare, claviers)
Katya Sanna
(chant)
Alessandro Vitanza
(percussions)
DUNWICH
"Il Chiarore Sorge Due Volte"
Italie - 1995
Pick Up Records - 43:32
En publiant en 1994 son premier album, Sul Monte E Il Tuono, chez Black Widow, Dunwich révélait d'entrée le style musical qu'il allait honorer. Le label génois est en effet spécialisé dans les musiques sombres et souvent proches de ce qu'il est convenu d'appeler le 'Black Metal', dans une optique progressive cependant. Quand on sait de plus de quoi est inspiré le nom que ce groupe s'est choisi, on risque de se persuader, dans un frisson d'angoisse, que l'on peut passer à la chronique suivante... Eh bien n'en faites surtout rien, vous le regretteriez certainement ! De plus, nous ne parlons pas encore de Il Chiarore Sorge Due Volte... Alors ce patronyme ?
Dunwich est en fait un terme emprunté à l'œuvre littéraire de Howard Philips Lovecraft (1890-1937), plus précisément au titre d'une de ses nouvelles, "L'Abomination de Dunwich". Il s'agit en fait d'une ville, inventée par l'écrivain américain (comme celles de Arkham, Innsmouth...), hantée par diverses malédictions, et située en Nouvelle-Angleterre (patrie des sorcières aux États-Unis). Pour vous faire sentir plus concrètement l'ambiance qui règne au sein des pages de cette histoire, voici une courte citation, qui vous donnera - j'en suis sûr - l'envie d'en savoir plus... : "Les étrangers passent à Dunwich le plus rarement possible, et depuis certains moments d'horreur, tous les écriteaux qui indiquaient sa direction ont été abattus. Le paysage, selon les canons esthétiques habituels, est d'une beauté peu commune; néanmoins il n'y a pas affluence d'artistes ou de touristes l'été."
Sul Monte E Il Tuono apparaît immédiatement comme la transcription musicale de cette atmosphère angoissante, et confirme effectivement l'idée qu'on se faisait de Black Widow. Noir et troublant, cet album l'est assurément ! Les paysages sonores sont tout à la fois sinistres et captivants. Impossible, malgré le (léger) malaise qui s'en dégage, de détourner les oreilles des 11 compositions (de 2:21 à 7:11), quasiment toutes enchaînées, de cette œuvre obsédante, symbolisée par le chant (ou les vocalises) aux tonalités très changeantes de Katya Sanna.
Cette mise en appétit me conduit à présent à vous parler brièvement de la genèse de Dunwich. Sa naissance remonte à 1985 dans la capitale italienne de la volonté de Claudio Nigris (daviers), alors âgé de vingt ans. Pendant plusieurs années, celui-ci collaborera avec de nombreux musiciens avant de former l'actuel trio, grâce aux arrivées de Alessandro Vitanza (batterie et percussions) en 1989 et de Katya en 1992. Auteur de huit cassettes-démos, Dunwich prouve non seulement qu'il est un groupe prolifique (notamment son leader), mais surtout qu'il a su être patient avant de tenter l'aventure discographique. Cela est tout à son honneur et lui permet surtout de proposer des oeuvres immédiatement mûres.
A la surprise générale (au regard des connivences stylistiques évoquées plus haut), et quelques mois à peine après la sortie de Sul Monte E Il Tuono, le trio romain quitte Black Widow pour rejoindre une jeune maison de disques italienne (qui depuis s'est fait plus largement connaître en publiant les albums de Nuova Era et Aufklärung), Pick Up Records.
Il Chiarore Sorge Due Volte ("la lueur jaillit deux fois") sort donc cet été sous de nouvelles couleurs et, hasard ou réelle volonté de la part de ses auteurs, véhicule des expressions musicales bien plus positives que par le (proche) passé. Ce nouvel album peut s'appréhender, dans sa relation avec son prédécesseur, par une image 'météorologique' : si Dunwich était jusqu'alors soumise à de terribles intempéries balayant ses rues de pluies froides et pénétrantes, elle connaît à présent une éclaircie des plus salvatrices. On ne sait si cette embellie va se prolonger, mais il est clair que la ville nous parait déjà beaucoup plus humaine.
Durant trois quarts d'heure, Dunwich nous enchante en faisant preuve d'un bon goût quasi absolu (un petit reproche concernant la production légèrement artificielle). Il Chiarore Sorge Due Volte est effectivement une œuvre superbe, car elle propose 12 compositions enchaînées (de 2:05 à 5:41) profondément vivantes, où le chant de Katya fait une nouvelle fois merveille. Musique d'essence médiévale (emmenée par une instrumentation traditionnelle : accordéon, viole de gambe, harpe celtique, mandoline, tambourins, flûtes en tout genre,...) et symphonisme (classisant puisque initié par un orchestre de cordes) fusionnent, sur un tissu sonore crée par toutes sortes de claviers, en une alchimie confondante de beauté. Dunwich perpétue certes l'esprit typiquement latin des albums progressifs italiens des années 70, mais avec une universalité à même de séduire la plupart d'entre nous.
Sul Monte E Il Tuono et Il Chiarore Sorge Due Volte sont finalement les deux facettes complémentaires (ombre et lumière) d'un même et grand talent, qui trouvera sans nul doute dans le futur un plus large public en se concentrant sur la seconde. Dunwich démontre, s'il en était encore besoin, combien l'Italie est prolifique, et ce dans pratiquement autant de styles que la musique progressive peut en offrir... De quoi développer, chez nous français, un douloureux complexe...
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°14 - Hiver 1995-96)

