
PISTES :
CD 1 :
1. I See The Light
2. It Is Finished
3. Reservations
4. You Need A Man
5. Day Time, Night Time
6. I've Seen It All Before
7. 60 Minutes Of Your Love/A Lot Of Love
8. Love
9. Get Off My Bach
10. There's a Little Picture Playhouse
11. What Is Soul
12. Teacher, Teacher
13. Amen
14. Who Cares
15. Kites
16. Like The Sun Like The Fire
17. For Whom The Bell Tolls
18. Sleep
19. Part Of My Past
20. This Story Never Ends
21. Thinking About My Life
22. Velvet And Lace
23. We Are The Moles (Part 1)
24. We Are The Moles (Part 2)
25. Broken Hearted Pirates
26. She Gave Me The Sun
27. The Eagle Flies Tonight
28. Give It All Back
CD 2 :
1. Stained Glass Window
2. Please Come Back
3. Light On Dark Water
4. What In This World
5. What Cha Gonna Do
6. Don't Make It So Hard (On Me Baby)
7. Kindness
8. Castle In The Sky
9. Loneliness Is Just A State Of Mind
10. Laughing Boy From Nowhere
11. You
12. Can't You See
13. Now
14. Rain
15. Something In The Way She Moves
16. I'm Going Home
17. 60 Minutes Of Your Love/A Lot Of Love
18. Love
19. Get Off My Bach
20. There's A Little Picture Playhouse
21. Day Time, Night Time
22. I See The Light
23. What Is Soul
24. Teacher, Teacher
25. Amen
26. Who Cares
27. Reservations
FORMATION :
Derek Shulman (Simon Dupree)
(chant)
Ray Shulman
(guitare, violon, trompette, chant)
Phil Shulman
(saxophone, trompette, cor anglais, chant)
Tony Ransley
(batterie, percussions)
Peter O'Flaherty
(basse)
Eric Hine
(claviers, Mellotron)
SIMON DUPREE & THE BIG SOUND
"Part Of My Past"
Royaume-Uni - 1966-70/2004
EMI - 56:31 / 43:14
Vous êtes fans de Gentle Giant, et vous tenez vraiment à savoir ce qu'ont fait les trois frères Shulman avant de fonder votre groupe préféré ? Dans ce cas, vous serez peut être ravis d'apprendre qu'ils se faisaient appeler sans rire Simon Dupree And The Big Sound, et de découvrir ce double CD rempli de chansons murées dans le silence et croupissant dans l'oubli depuis des décennies. S'il est inutile de se demander qui était Dupree (un pseudo pour Derek Shulman probablement), ni d'espérer trouver un gros son dans cette pop pour belle-mère, on décèle quand même quelques indices qui préfiguraient l'innovante discographie de leur groupe suivant. Contrairement à ce qui a été écrit dans d'autres pages (celles de Rock and Folk pour ne pas le nommer, mais on s'en serait douté), je puis vous assurer qu'il n'y a rien de renversant dans cette compilation de tout ce que ce groupe a enregistré depuis ses débuts en 1966 et avant sa transformation en Gentle Giant début 1970.
Sur les trois premiers singles (automne 66 - avril 67), dont aucun n'est composé par les frères Shulman, on a affaire à une sorte de rhythm and blues singeant la musique black d'hier, et aujourd'hui terriblement daté et périmé. Disons que l'énergie de la jeunesse ne compense même pas un cruel manque d'inspiration. L'album qui suit (août 67), pourtant en partie composé par les futurs leader de Gentle Giant, est à peine plus intéressant, si ce n'est la voix de Derek Shulman, de plus en plus affirmée et chaleureuse. Il y a bien quelques perles par ci par là mais elles sont noyées dans la masse d'une soul music cuivrée et nerveuse qui reprenait avec, déjà à l'époque, quelques trains de retard, ce qui avait fait le succès de groupes comme les Animals d'Eric Burdon. Pour un «Who cares» suffisamment reptilien pour faire tendre notre oreille à la recherche du venin salvateur, combien de petites vignettes pop inodores, clinquantes et creuses visant les surprises parties bien sages de nos parents («Teacher Teacher»), et formatées pour théoriquement cartonner dans les charts des sixties finissantes.
Non, ce conformisme n'est pas à mettre sur le compte de l'époque. De la même manière qu'aujourd'hui personne ne vous oblige à chanter à la Star Ac', faire de la soupe n'était pas en ce temps là une fatalité. Le rock ouvragé commençait à vouloir révolutionner le monde de la musique. Automne 1966, date d'enregistrement du premier single de Dupree, les Beatles nous avaient déjà braqué avec l'immense Revolver, et les Pink Floyd s'apprêtaient à sortir début 67 leurs incroyables singles («Arnold Lane» puis «See Emily Play»)
Heureusement pour nous, les choses s'arrangent légèrement pour The Big Sound à partir d'octobre 1967 avec l'introduction d'un Mellotron enrobant des chansonnettes toujours aussi sucrées, mais déjà plus complexes et lorgnant méchamment du côté des Moody Blues ou des Beatles (influences incontournables à l'époque). Le groupe laisse plus ou moins tomber la soul à la Otis Redding et commence à créer ces ambiances bizarres qui feront plus tard la réputation de Gentle Giant (l'édifiant «Like The Sun Like The Fire» et son final de cirque qui pourrait s'intégrer dans un album du gentil géant sans forcer). Des solos de trompette, de hautbois, de vibraphone ou de violon (instruments que l'on retrouvera divinement utilisés dans les œuvres de Gentle Giant) apportent une note inédite à cette pop bien coiffée. Et le Mellotron sauve la plupart des morceaux («Castle In The Sky») du mièvre et de l'insipide. Pour l'anecdote, il est bon d'apprendre qu'un certain Reginald Dwight (futur Elton John) avait été embauché pour tenir le piano (quelques notes anémiques, en fait) sur un lamentable single de septembre 1968. On est loin de la révélation artistique.
Malgré ce genre d'abîme, on constate qu'au cours de l'année 1968, The Big Sound continuait à progresser. Entre deux morceaux insupportables, dans le meilleur des cas au niveau du Tom Jones des sixties, et rendus risibles par les choubidou-wah faisant le régal des concours Eurovision de notre enfance, on découvre quelques belles pièces aptes à faire taire les détracteurs du style des frères Shulman. Ils savaient parfois s'y prendre, les bougres, pour écrire des airs faussement naïfs mais déjà ambitieux : les sept minutes pseudo orientales de «We Are The Moles», lacérées d'une guitare fuzzy bien crispante et prolongées d'une deuxième partie tout droit sortie du deuxième album des Moody Blues, prouvent que le groupe se cherchait tous azimut sans craindre l'opportunisme et le ridicule, mais au moins cherchait dans la bonne voie.
Le CD d'inédit nous apprend qu'en 1968 quelques pépites furent enregistrées et non publiées («Kindness» qui contient le germe de tout ce qui fera la grâce de la musique de Gentle Giant). Ceci pour nous prouver que le génie mélodique et harmonique de Giant n'était pas seulement dû à Kerry Minnear. A propos d'inédits, sur «Stained Glass Window» (août 69), événement pour tout archéologue gentlegiantien, on y entend peut être pour la première fois les fameux canons vocaux qui feront la réputation des Shulman par la suite. Autre belle découverte archéologique, l'excellent «She Gave Me The Sun», le premier morceau écrit par les trois frères ensemble (janvier 1969). «Give It All Back» enfonce le clou en novembre de la même année, le Gentle Giant le plus rock n'est pas loin. Mais il faut se dépêcher, l'échéance approche. 1970 verra l'explosion du rock prog. Simon Dupree, qui n'en a plus pour longtemps, s'apprête à vivre sa chrysalide, une chrysalide au moins aussi importante que celle qui révéla Genesis avec l'album Trespass. Voilà, en fait, c'est ça : ce Big Sound est à Gentle Giant ce que fut le Genesis du premier album From Genesis To Revelation à celui de Trespass. Le mystère de l'avant et de l'après. Le passage vers la grâce d'une musique auparavant anecdotique, impersonnelle, agréable si ce n'est mémorable.
Ce double CD a donc un intérêt ludique : il nous permet de jouer à relever les signes avant-coureurs du génie à venir, les quelques idées créatrices et lumineuses qui nous rappellent qu'on est bien en présence de l'ébauche qui deviendra l'un des plus grands groupes prog de tous les temps.
Alain SUCCA
(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)

