BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

DVD 1 (Sellersville, 25 mai 2003)

1. Texas Dust (5:22)
2. Swingin' The Axe (5:38)
3. The Cheese Stands Alone (6:25)
4. A Little Nonsense (5:55)
5. 1729 Broadway (8:20)
6. My Dear Wormwood (4:23)
7. As The World (6:32)
8. Brittany (11:20)
9. Never The Same (Video) (5:49)
10. Mei (49:26)
11. Shades 2003 (18:04)

DVD 2 (entretiens et bonus)

1. Beginnings
2. Debut
3. Shades
4. Suffocating The Bloom
5. The Sentimental Chain
6. A Little Nonsense
7. Memoirs From Between
8. Cannoning In B Major
9. ...And Every Blossom
10. Sony
11. The Making Of As The World
12. Break-Up
13. Cowboy Poems Free
14. 1729 Broadway
15. Mei
16. Stars And Gardens Trailer

FORMATION :

Brett Kull

(guitares, chant, chœurs)

Ray Weston

(basse, chant, chœurs)

Christopher Buzby

(claviers, chœurs)

Paul Ramsey

(batterie, percussions)

Tom Hyatt

(basse, guitare, congas)

INVITÉS :

Sarah Green
(flûte)

Jian Shen
(clarinette)

Gloria Justin
(violon alto)

Elizabeth Kaderabek
(violon)

James Cooper
(violoncelle)

Jamie Dietz
(maillets, cymbales)

ECHOLYN

"Stars And Gardens" (DVD)

États-Unis - 2004

MM3 Records - 127mn

 

 

Après plus de quinze ans d'activité, Echolyn, un des acteurs majeurs du renouveau progressif des années 90, publie donc ici son premier DVD, double qui plus est, le premier disque témoignant d'un concert donné par le groupe à Sellersville - Pennsylvanie en mai 2003, le second étant dédié aux bonus.

Premier fait marquant, le retour du bassiste Tom Hyatt, absent sur les deux derniers albums, sur lesquels les parties de basse étaient assurées par le chanteur Ray Weston. Ce dernier prend d'ailleurs encore l'instrument à plusieurs reprises durant le concert (sur «Mei» notamment), Hyatt se plaçant alors aux congas. C'est donc l'Echolyn «classique» des années 91-95 au complet que l'on retrouve ici pour notre plus grand plaisir.

Le gros morceau du répertoire joué est évidemment l'interprétation intégrale des 50 minutes de la suite «Mei», pour laquelle le groupe s'est adjoint les services d'un orchestre de chambre (violons, violoncelle, flûte, clarinette, percussions), permettant de reproduire toute l'opulence des arrangements studio. Un morceau qui confirme en tout cas sa qualité, sa cohérence (ce qui n'est pas toujours le cas s'agissant de pièces de ce format...) et sa grande richesse, faisant traverser à l'auditeur une large palette d'émotions. Le doute n'est plus permis : «Mei» est non seulement le chef-d'œuvre d'Echolyn, mais une pierre angulaire du rock progressif de notre temps...

Les dix titres restants sont quant à eux logiquement piochés dans la discographie passée du groupe : la part belle est faite ainsi à Cowboy Poems Free et As The World, avec quatre titres chacun, et on regrettera donc qu'un seul extrait de l'excellent Suffocating The Bloom (le déjanté «A Little Nonsense») soit présent. Enfin, le premier album éponyme est, quant à lui, représenté par «Shades», joué en rappel final.

Si ces versions sont dans l'ensemble fidèles aux originales, quelques digressions viennent néanmoins pimenter le tout : un solo de basse sur «A Little Nonsense», un interlude parlé sur «As The World» - le morceau -, une version de «Shades» rallongée, avec de nouvelles parties atmosphérique en introduction et en conclusion...

Le groupe affirme en tout cas l'orientation prise depuis Cowboy..., à savoir le choix de sonorités de guitare et de claviers plus «brutes» et authentiques (selon les mots même de Chris Buzby). Ce dernier en particulier utilise assez peu ses synthétiseurs (les réservant majoritairement pour les parties solistes), privilégiant piano, orgue Hammond ou Fender Rhodes, ce qui n'est pas plus mal finalement, au vu de la belle chaleur analogique apportée.

L'interprétation est en tout cas de tout premier ordre, avec cinq musiciens qui n'ont rien perdu de leur classe technique, entre parties instrumentales complexes et harmonies vocales toujours aussi superbes et travaillées. L'enthousiasme, la conviction et le plaisir de jouer qui se dégagent de la prestation du groupe font plaisir à voir, même si celle-ci reste assez sobre. La scène est ainsi réduite au strict minimum, sans effets superflus, et avec un light-show simple et efficace, ce qui permet de se consacrer à la musique avant tout, suffisamment captivante en soi de toute manière pour tenir en haleine l'auditeur durant les deux heures du concert. La réalisation technique est un peu plus sophistiquée, avec divers effets (flous, ralentis) et filtres de couleur qui permettent de varier la mise en scène, sans pour autant se faire envahissants. Des insertions d'images se présentent également de temps a autre, illustrant certains morceaux en particulier (images de guerre durant «Brittany» par exemple), le tout avec un bon goût constant, même si l'on sent que les moyens mis en œuvre ne sont pas faramineux.

En plus donc de cette impeccable prestation, un deuxième DVD propose en guise de bonus un long documentaire de 70 minutes consacré à la carrière d'Echolyn. Constitué d'images d'archives et d'interviews des cinq membres du groupe (plus Greg Kull, frère du guitariste Brett Kull, et qui suit la formation depuis ses débuts), il s'avère passionnant pour qui s'intéresse un tant soit peu à l'œuvre des Américains. Divisé en 15 sections (dont une grosse partie relatant l'enregistrement de «As The World»), le tout est bourré d'anecdotes et ne tombe jamais dans l'autosatisfaction, n'éludant pas les moments «difficiles» comme le split du groupe en 1995. Les non-anglophiles auront par contre un peu de mal, aucun sous-titre n'étant - évidemment - présent, l'accent américain plus ou moins prononcé des divers intervenants n'aidant en rien...

Au final, voilà un très bon DVD, fortement conseillé, à la qualité sonore irréprochable (bien que seulement en stéréo 2.0), et qui permettra de patienter en attendant le nouvel album d'Echolyn, groupe qui apparaît aujourd'hui au sommet de sa forme et de sa maturité.

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)