BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Saltimbanques pochette

PISTES :

1. Saltimbanques (4:07)
2. Legende-III (5:37)
3. Schizo-Scherzo (3:03)
4. Rever avec toi (4:09)
5. Avignon (3:57)
6. Bruxelles (4:07)
7. Paradoxical Intentions (5:04)
8. Nomad's Joke (3:12)
9. Eternelle (3:33)
10. Siena (2:27)
11. Mare Temporis (11:22)

FORMATION :

Marc Ceccotti

(guitares électrique et acoustique)

Jean-Luis Suzzoni

(basse, guitare électrique)

Jean-Marc Bastianelli

(claviers, programmations)

EDHELS

"Saltimbanques"

Monaco - 2004

Mellow Records - 50:46

 

 

Quelle drôle de carrière que celle de ce groupe Monégasque ! Créé il y a vingt-trois ans, il connut des débuts en fanfare en enregistrant entre 1985 et 1991 trois albums d'une grande originalité, salués tant par la critique que par le public. Le groupe faisait alors partie, au coté de Jean-Pascal Boffo, Minimum Vital ou Halloween, de cette prometteuse «nouvelle génération» Française que Muséa avait sélectionnée pour lancer son activité. Il eut même le privilège de voir son second album Still Dreams être le premier CD publié par le label Lorrain.

Hélas, Edhels n'aura pas su faire fructifier cette reconnaissance internationale. En effet, les six longues années de silence qui ont séparé Astro-Logical (1991) d'Angel's Promise (en 1997 donc) ont quelque peu émoussée cette notoriété. Et cette dernière n'a pas vraiment eu l'opportunité de se refaire une santé puisque, en dépit du recrutement de nouveaux musiciens et de quelques passages scéniques, Edhels a vite remis son activité en sommeil. Un sommeil que nombre d'entre nous pensaient même définitif...

Ainsi, c'est avec une certaine surprise que l'on apprit il y a quelques mois qu'Edhels était toujours en vie et s'apprêtait même à publier un nouvel album. Enregistré courant 2003 mais édité en avril 2004, Saltimbanques remet donc son auteur sur le devant de l'actualité; mais le prestige international passé a laissé la place à une indifférence quasi générale. Et la sortie de ce disque chez Mellow Records, et non plus Muséa, ne l'aidera pas forcément à sortir de cette discrétion.

En dépit des années passées, on retrouve un peu le groupe là où il nous avait laissé en 1997, pour ne pas dire en 1991 ! Alors que Angel's Promise apportait son lot de nouveautés dans l'art du groupe, je vous laisse vous replonger dans la rétrospective de notre numéro 21 si vous voulez avoir plus de précisions, il semble qu'avec ce petit dernier le propos se soit recadré vers les principes fondamentaux énoncés par les trois albums initiaux.

Par exemple, le chant, qui avait fait une apparition controversée dans l'album précédent n'est plus. De même, alors que ce travail était devenu plus collégial, Marc Ceccotti reprend à nouveau seul les rênes de la composition. Ce recentrage ne doit pas être considéré comme un pas en arrière pour autant. Non ! Nous l'envisagerions davantage comme la volonté de son auteur de présenter une œuvre cohérente et totalement maîtrisée. Voilà pourquoi Saltimbanques nous semble bien plus abouti et satisfaisant que son prédécesseur.

Ainsi le trio - du septette de 1997, il ne reste que les trois figures historiques que sont les indéboulonnables guitaristes Marc Ceccotti et Jean-Louis Suzzoni et le claviériste Jean-Marc Bastianelli - perpétue une démarche très personnelle et reconnaissable entre mille : un art aussi froid que captivant qui sait cultiver les ambiguïtés. Les morceaux (dix entre 2:30 et 5 minutes, plus un de 11 minutes) sont en général construits autour d'un thème unique. Celui-ci est constitué par des structures harmoniques évolutives, hypnotiques et polaires (c'est-à-dire froides et sèches) jouées généralement aux claviers (ou plus rarement par des arpèges de guitares), sur lequel les guitares tissent de longs solos (plus que de véritables thèmes mélodiques). Ces interventions guitaristiques, si elles se font souvent lyriques, n'en conservent pas moins un certain détachement, comme si les musiciens ne souhaitaient pas délivrer véritablement leurs sentiments. La musique s'est certes débarrassée de son ésotérisme expérimental et hermétique (cf. Astro-Logical), mais conserve toujours un sentiment d'introversion palpable.

Le son du groupe est aussi pour beaucoup dans cette sensation. Et c'est peut-être là la principale limite qui fera ou non adhérer l'auditeur à cette musique si particulière. En effet, on a un peu l'impression qu'Edhels reste figé dans son esthétisme sonore. A l'époque, Edhels était déjà contesté sur ce point, mais ce qui pouvait être considéré comme moderne jadis n'est plus forcément justifiable aujourd'hui. Par exemple les claviers restent toujours aussi froids, métronomiques et anguleux. De même que ces programmations rythmique sèches et rudes... Et les guitares ne parviennent que partiellement à réchauffer le contexte.

Il faut voir qu'Edhels possède les qualités de ses défauts, et vice-versa. Certains reprocheront le côté désincarné et savant de la musique, d'autres décèleront au contraire dans cette inventivité froide et originale un charme rare et intrigant.

Des choix artistiques qui prouvent en fin de compte que les Monégasques sont toujours restés fidèles à leurs valeurs, sans compromis. Cela est tout à leur honneur et rien que pour cela le groupe mérite d'être redécouvert par le public prog. Mais cela risque d'être bien moins facile aujourd'hui que ça pouvait l'être à la fin des années 80. Souhaitons-lui bon courage...

Olivier VIBERT

Entretien avec Marc CECCOTTI, Jean-Marc BASTIANELLI & Jean-Louis SUZZONI :

C'est une bien agréable surprise de vous revoir après ces sept longues années, sincèrement on ne pensait plus jamais entendre parler de vous ! Qu'avez-vous fait pendant tout ce temps et qu'est-ce qui vous a incité à relancer l'aventure Edhels ?

M.C., J-M.B. : Edhels n'a pas été relancé... Il ne s'est tout simplement pas arrêté. Un petit historique s'impose ! Aussitôt après la parution de Angel's promise en 1997, la formation d'Edhels a bien èvolué : notre batteur, Jacky Rosati, est parti et Paul Mayan (basse), Yannick Chavatier (batterie et percussions), Sandrine Bonnet (voix) et l'ingénieur du son Alain Cassar (percussions, chœurs et synthés) sont arrivés. Nous étions de plus accompagnés par une bande de techniciens son et lumières et d'artistes : peintres, sculpteurs, vidéastes et photographes. Un répertoire nouveau a été mis en place dans le but de faire de la scène et présenter un projet inédit et hors du commun. Les quelques concerts donnés ont rencontré un sympathique succès. Un album live, Universal, a même été enregistré, il reste hélas à ce jour toujours en autoproduction et n'a donc jamais été officiellement publié; ce qui peut paraître consternant au vu des chroniques et autres avis parus à son sujet (cf. la revue de presse sur notre site). Cela dit, cette lourde machine avait besoin d'un véritable soutien pour continuer et d'une prise de risque de la part d'une production ! Or le soutien n'est jamais venu, malgré des propositions de concerts à l'étranger et notre  réel enthousiasme... Fin 1999, Paul, Yannick, Alain et Sandrine sont retournés à leurs occupations plus lucratives, ne voyant rien de solide venir de ce côté. Puis, de 1999 à 2001, Marc a réalisé deux albums solo.

Marc Ceccotti avait l'air d'être assez mécontent de la façon dont il avait été (mal)traité par Mellow Records après la sortie de son premier album solo M.A.S.C., comment ce fait-il que Saltimbanques sorte sur ce label transalpin si controversé ? Question subsidiaire, pourquoi la collaboration avec Muséa a-t-elle cessé ?

M.C. : Dix ans ont passé depuis ce malentendu et Mellow a fait une proposition concrète pour Saltimbanques, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

J-L.S. : La réponse à la question subsidiaire se trouve en grande partie dans la réponse à la première question.

Avec Saltimbanques, Edhels semble avoir délaissé les nouveautés apportées par Angel's Promise (le chant par exemple) pour se recentrer vers les fondamentaux énoncés par les trois premiers opus. Partagez-vous ce sentiment ? Avez-vous souhaité qu'il apparaisse comme un bilan des précédents ?

M.C., J-M.B. : Pas du tout !!! Comme nous l'expliquons souvent, Edhels se comporte comme un aventurier découvrant de nouveaux mondes, de nouvelles îles ou contrées, chaque album est un peu le compte-rendu d'un nouveau voyage, il doit apporter quelque chose de nouveau. C'est pour nous le seul sens valable à la définition de musique progressive. Rabâcher du déjà fait ne nous intéresse pas le moins du monde. A ce titre je suis très satisfait de Saltimbanques car il présente des aspects musicaux qu'aucun de nos précédents albums n'avaient abordé.

Enfin, avez-vous des projets ? Devra-t-on attendre encore sept trop longues années pour la suite ?

M.C., J-M.B. : Edhels est toujours débordant de projets et effectivement on en a un fort sympathique en cours d'élaboration. Si la parution de nos réalisations prend tant de temps, il faut comprendre que cela n'est pas de notre fait. Alors quand ça traîne trop longtemps, il faut penser à faire un petit tour sur le net !

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)