
PISTES :
1. The Song Of Marsh Stig (16:27)
a) Premonition
b) Deceit
c) Despair
d) Outlaw)
2. Songs (4:11)
3. Kentish Suite (8:17)
4. The Lady Of Castela (7:40)
a) Ines de Castro
b) Dom Pedro)
5. Lament (3:58)
6. The Ghost Of Yang Part 1 (11:37)
a) Ardour
b) Nepotism
c) War And Escape
7. The Exit (3:42)
8. The Ghost Of Yang Part 2 (3:39)
FORMATION :
Frank Carvalho
(guitares, basse, synthétiseurs, orgue Hammond, guitare portugaise)
Johnny McCoy
(batterie, percussions)
INVITÉS
Michael Munch-Hansen
(chant [1])
Per Solgaard
(Moog [3])
Torsten Hagemann
(saxophones)
Asger Baden-Jensen
(orgue Hammond [3])
ETCETERA
"Tales Of Ardour And Deceit"
Danemark - 2003
Record Heaven - 59:38
Je ne sais pas pour vous, mais il y a des groupes qui dégagent comme ça un énorme capital de sympathie, et avec lesquels on a d'emblée l'impression d'entretenir une sorte de complicité. Il faut dire aussi que Etcetera en fait des tonnes pour titiller le progster invétéré partout là où ça le chatouille, au point que chacun de ses albums ressemblerait presque à un Musée Grévin du rock progressif. Surtout ne voyez pas de méchanceté dans cette remarque, car je suis prêt à parier tout ce que vous voulez qu'il n'y a aucune once d'opportunisme dans la démarche de cette rare formation danoise, tout juste un amour immodéré pour notre genre musical préféré, une profession de foi que le multi-instrumentiste Frank Carvhalo, âme du groupe et unique compositeur, nous livre avec une désarmante sincérité. Voilà un musicien que j'imagine volontiers comme une sorte de compagnon artisan en perpétuelle quête de perfection, projetant dans sa musique toutes les émotions juvéniles qui l'ont lui même façonné. Pas étonnant, dans ces conditions, que l'on finisse par se sentir touché.
Alors bon, évidemment, avec un nom comme Etcetera, vous vous imaginez peut-être déjà une accumulation musicale disparate et un peu floue, sans direction précise. A votre décharge, il faut bien reconnaître que le précédent opus du groupe, Fin de Siècle, premier album décemment distribué grâce auquel on l'avait découvert en 1999 (cf : la chronique faite par Olivier Vibert dans le n° 30), n'échappait pas franchement à ce travers typique d'une inspiration débordante et mal canalisée : une ou deux petites fautes de goût, mais surtout cette impression de visiter sans transitions tous les styles et toutes les époques du prog, du plus classique jusqu'au néo-chose, en passant par le psychédélisme spatial à la Gong, voir même la techno, finissaient tout de même par vous perdre un peu en route, et ce malgré un assortiment de compositions fort solides et souvent même jubilatoires. Reste qu'une fois prévenu, cet album était tout de même déjà largement recommandable.
Vu la teneur positive de mon introduction, vous vous doutez bien que Etcetera ne s'est pas endormi sur ses lauriers. Je ne vous le cache d'ailleurs pas, son nouvel album, Tales From Ardour And Deceit, fait déjà partie de mes coups de cœurs de l'année 2003 décidément fort prolixe en excellentes surprises (au point que l'on ne sait plus où donner de la tête...). Car si l'on retrouve bien ici la même diversité d'inspirations qui transformait Fin de Siècle en un sémillant fourre-tout, ce n'est plus de confusion des genres qu'il convient de parler, mais bel et bien de richesse, d'équilibre, enfin d'un épanouissement musical qui transcende presque totalement la multiplicité de ses sources. Disons, pour être plus précis, que si une cohérence stylistique parfaite ne se dégage peut-être pas encore complètement, la maturité atteinte par le groupe, aussi bien en terme d'atmosphères que d'unité sonore, fait que cet album résonne et se vit comme un tout homogène et pleinement structuré.
Evidemment, je ne peux pas m'empêcher de citer les références «hénaurmes» qui viennent inévitablement à l'esprit à l'écoute de ces huit titres, en grande majorité instrumentaux (seuls deux morceaux comportent du chant) : Van der Graaf Generator, tout d'abord, dont l'ombre plane sur le titre d'ouverture, «The Song Of Marsh Stig», sorte de clair obscur mélodique d'une grave beauté, transpercé ça et là par un saxophone ténébreux, Genesis également, pour la rondeur du son, le jeu délié de la batterie et quelques mélodies fringantes (parfois évocatrices de Trick Of The Tail, notamment sur l'instrumental «The Ghost Of Yang pt.1»), en passant par Gentle Giant (ok, je sais que c'est une tarte à la crème qui revient dans toutes les chroniques au moindre duo de voix, mais là je ne peux vraiment pas faire l'impasse tant l'hommage est appuyé...) sur «Songs», curieux mille-feuilles lyrique dans lequel le chanteur (bizarrement non crédité sur ce titre, mais peut-être s'agit-il de Carvalho lui-même ?) s'amuse à créer des harmonies savantes en superposant des enregistrements de son propre chant. Voilà, avec une énumération aussi prestigieuse, l'instinct primaire du chroniqueur blotti derrière ses valeurs refuges est pleinement satisfait, même si je n'ai réussi à caser ni Pink Floyd ni Jethro Tull, car là il n'y a vraiment pas de rapport...
Comme je n'ai pas non plus envie de coller au groupe une fausse étiquette d'imitateur conformiste, toujours difficile à effacer par la suite, je me dois de souligner l'a propos et le constant bon goût dont il fait preuve, aussi bien dans le choix de ses arrangements que dans ses trouvailles mélodiques. Pas d'effervescence instrumentale ébouriffante, non, juste une sorte de pudeur touchante, une simplicité de mise en forme qui laisse libre court à une émotion vagabonde, et qui confère à cet album ce qui manque à beaucoup d'autres, une «âme», tout simplement. Cela suffit à en faire une œuvre beaucoup plus personnelle qu'il n'y paraît au premier abord, et à le hisser dans le dessus du panier pour ce type de production globalement assez classiciste.
Allez, vous m'avez compris, même si l'originalité n'est pas la plus saillante de ses qualités, Tales Of Ardour And Deceit mérite assez largement le détour, et je vous engage à lui accorder au moins une écoute, même superficielle, histoire de voir si, comme moi, vous vous laisserez séduire. Ok, je sais que votre planning d'écoutes est déjà surchargé, mais avouez qu'il serait dommage de ne pas laisser une chance à toutes ces petites formations de passionnés qui ont bien du mal à faire la une, mais sans lesquelles le courant progressif aurait tôt fait de s'essoufler...
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°52 - Février 2004)

