BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Shackleton's Voyage pochette

PISTES :

1. The Last Adventure (0:50)
2. Departure (3:10)
3. The Challenge (3:31)
4. Grytviken Whaling Station (3:02)
5. Heading South (3:57)
6. Icebound (5:05)
7. Plenty Of Time (2:58)
8. The Turning Point (0:48)
9. Going Home (5:10)
10. Into The Lifeboats (4:39)
11. Elephant Island (2:39)
12. Will You Ever Return? (3:08)
13. In Search Of Relief (6:56)
14. The Rescue (3:26)
15. We Had Seen God! (1:46)

FORMATION :

Frank Bossert

(guitares, claviers, basse, mandoline, batterie, percussions)

Billy Sherwood

(chant)

Troy Donockley

(pipes, whistle)

Yogi Lang

(Moog, synthétiseurs)

Kalema

(chant)

Ian Dickinson

(narration)

EXTRAITS AUDIO :

EUREKA

"Shackleton's Voyage"

Allemagne - 2009

Tempus Fugit - 51:12

 

 

Eureka est le projet d'un multi instrumentiste de Hambourg, Franck Bossert, créé en 1997 et déjà auteur de trois disques. La distribution de celui-ci par InsideOut nous permet pour la première fois de nous pencher sur son propos musical, et la surprise est particulièrement agréable. D'autant que plusieurs invités de marque ont participé à son élaboration. On trouve ainsi le vétéran Troy Donockley sur un titre, la chanteuse Kalema sur un autre, Billy Sherwood (ancien Yes et actuel Circa) pour deux chansons, sans oublier Yogi Lang (RPWL) au clavier soliste et surtout au mixage et à la réalisation finale de l'opus.

Fort de quinze morceaux, Shackleton's Voyage est un album concept dédié à l'expédition polaire menée entre 1914 et 1916 par Sir Ernest Shackleton : souhaitant traverser de part en part l'Antarctique, ses trente hommes et lui subissent un naufrage; les efforts du chef d'expédition pour rallier les secours sont, en dépit des conditions géographiques hostiles, couronnés de succès, et la totalité de l'équipage sauvé. L'acteur anglais Ian Dickinson assure le rôle du narrateur explicitant ce contexte, et ce de manière aussi sobre qu'équilibrée (il intervient sur trois pistes judicieusement placées en début, milieu et fin d'enregistrement).

Si l'on doit citer une influence majeure, ce sera sans hésitation aucune celle de Mike Oldfield. Les ritournelles celtiques sont au rendez-vous («New World», «Plenty Of Time»), légitimées par les origines irlandaises de Shackleton, tout comme les vaguelettes de percussions typiques du Oldfield des années 70 («Heading Sound», «The Rescue»), sans oublier une guitare électrique (et parfois acoustique) dont le jeu est extrêmement proche, pointu, fin et tremblant, un véritable travail d'orfèvre de la six cordes. La dominante instrumentale laisse néanmoins transparaître d'autres échos : le Tangerine Dream de la seconde moitié des années 80 ou Vangelis, en particulier, à travers des plages planantes à souhait, riches en arrangements (belles parties de basse occasionnelles, comme sur «Into The Lifeboats»), ainsi que des claviéristes plus démonstratifs, avec quelques soli bien agréables, effets de Lang d'un côté, envolée de moog plus traditionnelle de l'autre (sur «Going Home»). Quoi qu'il en soit, tous les titres véhiculent une émotion mélodique incontestable, générant un magnétisme relativement irrésistible. Tout au plus pourra-t-on trouver à redire sur des transitions insuffisamment travaillées entre les titres ou parfois même à l'intérieur de certains d'entre eux («In Search Of Relief»).

Les trois chansons présentent quant à elles des ambiances relativement variées. «A Little Less Love», assez proche d'une composition signée Tony Banks, ou «Will You Ever Return ?», une délicate complainte dépouillée, très joliment interprétée par Kalema, avec en prime une apparition sensuelle de la guitare acoustique, représentent la face la plus commerciale du disque. Mais la meilleure est assurément «Going Home», un morceau plutôt dans la lignée d'un «The More We Live» de Yes, composé en son temps par un Sherwood ici titulaire du chant. Un album qui ne s'impose pas par son originalité, mais par la déclinaison de valeurs sûres et efficacement mises en œuvre.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°73 - Septembre 2009)