
PISTES :
1. A Little Bit More (5:31)
2. Everyday (6:36)
3. Summer Again (8:18)
4. Underground (5:33)
5. Changes (11:38)
6. Lazy (6:46)
7. Alive (8:17)
FORMATION :
Andy Edwards
(guitares, chant, percussions)
Colin Edwards
(claviers, chant)
Gareth Jones
(basse)
Daz Joseph
(batterie, percussions)
The Nutopia-Chang Children's Choir
(chœurs)
EZRA
"Songs From Pennsylvania"
Royaume-Uni - 2006
F2 Music - 52:36
Début septembre, dernière réunion de rédaction avant le bouclage du présent numéro. Direction la gare de Grenoble où je dois récupérer quatre chroniqueurs de votre magazine préféré. Quelques embrassades plus tard, nous voici tous les cinq assis dans mon véhicule afin de rejoindre mon humble domicile. Je profite bien sûr du trajet pour tester mes sympathiques collègues à l'aide de quelques «blind-tests» savamment choisis. L'un d'entre eux laisse mes amis sceptiques, muets mais conquis. Je leur cache bien sûr le nom du groupe. Ezra. Le lendemain, je soumets, au cours de la dite réunion, à chacune des âmes présentes une liste d'albums (sans poser une oreille dessus au préalable) que nous devons encore chroniquer. Songs From Pennsylvania fait partie du lot, mais ne suscite l'intérêt de personne...
Logique. Les deux premiers opus du groupe gallois (sortis en 1994 et 1999) n'ont laissé de souvenirs impérissables qu'aux seuls malentendants. Ezra demeure, dans |a conscience collective des fans de progressif, une formation de seconde zone, au mieux. Pourtant, ce nouvel opus change clairement la donne. Andy Edwards, leader-guitariste-chanteur de Ezra, offre en effet ici de quoi duper le mélomane le plus vigilant. Les atmosphères plombées des débuts ont cédé la place au plus duveteux des climats musicaux. Bizarre, pour ne pas dire inimaginable ! Le néo-progressif classique et somme toute balourd des vertes années s'est mué en un progressif 'seventies' qui, s'il n'oublie jamais vraiment ses origines terriennes (rock !), s'élève majestueusement vers les cieux.
Pourtant le direct «A Little Bit More» (5:31), qui ouvre l'album avec force enthousiasme mais également un côté un peu trop direct, aurait pu nous faire craindre un retour à la case départ. Loin s'en faut. Dès le deuxième titre, «Everyday» (dont les presque 7 minutes évoquent Yes, et plus encore Starcastle) le propos change de cadre d'expression, un peu comme si le groupe avait voulu railler nos a priori. Cadre que les compositions suivantes n'auront de cesse de vouloir élargir et explorer avec tout autant de minutie que de légitimité. Ezra change donc de costumes au fil de Songs From Pennsylvania et arbore chacun d'eux comme une seconde peau, c'est-à-dire avec naturel et élégance. Partageant l'espace sonore entre délicieuses séquences chantées et plages instrumentales caressées de superbes flux et reflux (quel guitariste, cet Andy !), le présent opus offre même quelques moments de bravoure, à même de marquer durablement les esprits... La beauté diaphane et la mélancolie de «Summer Again» (8:17) et «Chances» (11:37) (floydiens en diable !), les délicates senteurs 'sixties' de «Lazy» (6:46) et la conclusion festive que représente «Alive» (8:16) apparaissent comme autant de raisons de faire de ce Songs From Pennsylvania une œuvre marquante. Surprenante également, vous l'aurez compris, par l'évolution qualitative dont elle se fait le témoin, mais surtout par sa cohérence globale, sorte d'étoffe constituée de différentes pièces sans qu'aucune couture ne soit décelable...
Début octobre, le bouclage du magazine touche à sa fin. Songs From Pennsylvania fait partie, à mon sens, des meilleurs albums de cette fournée automnale. Qui l'eut cru ?!? Pas mes quatre (ex) 'amis' de Big Bang en tout cas, qui ont été logiquement évincés de notre équipe rédactionnelle. Eh oui, car, contrairement à certains de nos confrères (prompts à l'humour et à la déconnade), cela ne rigole pas à Big Bang...
Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)

