
PISTES :
1. Aqua (2:54)
2. Asia (5:10)
3. Macina aqua, Macina luna (8:50)
4. Dal Caos (3:09)
5. SYN (15:11)
6. Isis (7:46)
7. Cantoantico (11:33)
8. Phaedra (7:01)
FORMATION :
Fabio Zuffanti
(basse, chant)
Stefano Marelli
(guitares, chant)
Boris Valle
(claviers)
Marco Cavani
(batterie, percussions)
Sergio Grazia
(flûte, guitares additionnelles, chœurs)
INVITÉS
Claudio Castellini
(chœurs)
Edmondo Romano
(saxophones)
Osvaldo Loi
(violon, violoncelle)
Francesca Biagini
(chœurs)
Paolo Carraffa
(chœurs)
FINISTERRE
"Finisterre"
Italie - 1994
Mellow Records - 61:39
Comment font-ils ? Comment font tous ces groupes nouveaux et jeunes, pour réussir, dès leur premier album, à nous faire aimer encore un peu plus notre style de prédilection, à repousser plus loin encore les limites du Beau ?
Vous l'aurez compris avec cette introduction quelque peu dithyrambique, ce premier CD est une franche réussite. Avec quelques autres sorties récentes, l'Italie est en passe de ravir la couronne suédoise de l'inspiration progressive du moment.
L'allusion aux terres Scandinaves n'est d'ailleurs pas gratuite, car la musique de Finisterre rappelle à plusieurs reprises celle des géniaux Änglagård ! Entre autres... En effet, la plupart des groupes progressifs qui éclatent de talent aujourd'hui semblent trouver leur inspiration dans la fusion de genres musicaux. Finisterre plonge avec une réelle délectation dans ce flot, mêlant au 'classical rock' des années 70 italiennes et anglaises, un zeste de rythmes sud-américains une pincée de musique expérimentale, une touche de musique classique, etc... Et comme si cela ne suffisait pas, la palette instrumentale de nos amis italiens est très vaste et à dominante acoustique : flûte, saxophone, violon, guitares acoustique et électrique, basse, batterie et multitude de percussions (ça ne vous rappelle pas un certain Mattias Olsson ?), piano, minimoog, polymoog et autres... J'en vois déjà qui salivent !
"Finisterre est né en 1992", nous précise le manager et porte-parole du groupe, Alberto Tagliati. "Au début, nous jouions un mélange de rock psychédélique et de blues, puis nous nous sommes tournés vers la musique progressive et symphonique. Nous préférons jouer avec des instruments "classiques" car ils ont un bien meilleur son que tous les échantillonneurs ou ordinateurs. Nous voulons continuer à être toujours plus symphoniques, et rien d'autre !". Voila une profession de foi dont nous ne pouvons que nous réjouir, et qui laisse rêveur quant aux œuvres futures de ce quintette d'ores et déjà majeur : Sergio Grazia (flûtes, guitares, chant), Stefano Marelli (guitares, chant), Boris Valle (claviers), Fabio Zuffanti (chant, basse) et Marco Cavani (batterie, percussions). Bénéficiant d'invités tous remarquables, dont Edmondo Romano d'Eris Pluvia (qui remonte actuellement avec Alessandro Serri une nouvelle version de ce groupe remarqué lors de sa prestation au "143" en 1992, et qui entretemps avait fait partie de The Ancient Veil), Finisterre réussit donc, dès ce premier album, à satisfaire sa démarche pour notre plus grand plaisir.
Huit titres (de 2:54 à 15:12) sont au programme, et c'est presque une heure de bonheur pur - le "presque" correspond au quatrième titre, "... Dal Caos...", qui comme son nom le laisse deviner, est trop cacophonique pour séduire, trop loin de la beauté puissante, sereine et mélodique des autres morceaux : erreur de jeunesse sans doute ?!?
On commence avec une introduction aux claviers 'aquatiques', avant d'enchaîner sur une composition aux rythmes et cassures typiquement "à la Änglagård" (la frappe sèche et extrêmement travaillée du batteur n'étant pas pour rien dans cette inévitable comparaison), doublés d'une guitare très "70's" et omniprésente. "Macina Aqua, Macina Luna" (8:55) débute sur des claviers un peu dissonants, puis la guitare intervient, plus rock que jamais, avant de céder la place au piano et au chant expressif et poignant de Stefano Marelli (ah, la chaleur de la langue italienne !). Le thème est très beau, les idées fourmillent et, jusqu'à la fin, on reste captivé par tant d'inspiration. Je passe rapidement sur "... Dal Caos" (4:00) pour arriver à "SyN", épique composition (15:12) qui culmine (s'il le fallait !) au sein de l'album. Les passages de flûte sont sublimes lorsqu'ils se marient avec la guitare acoustique ou le violon; le saxophone évoluant pour sa part entre un accompagnement subtil et un solo plaintif et torturé façon King Crimson (époque Mel Collins). Les cassures rythmiques sont fougueuses et entraînantes, et le thème principal fait appel à une guitare d'une fluidité exceptionnelle. La richesse et le foisonnement de cette musique amène l'émotion à son comble. Si la musique progressive peut se contenter de pièces courtes (les exemples sont nombreux), il faut bien admettre qu'elle n'est jamais autant à son aise que dans une totale liberté temporelle, comme ici.
La suite continue dans cette voie, avec trois titres toujours aussi passionnants, pleins de thèmes superbes - le duo basse-flûte de "Isis" (7:42), le chœur de "Canto Antico" (12:15), la guitare de "Phaedra" (7:03) - et en constant renouvellement. Cette musique prend le temps d'évoluer sans jamais être monotone. Elle exploite les solos guitare-claviers à leur juste valeur (c'est-à-dire sans être ni trop court, ni trop long) et fait cohabiter avec une extrême délicatesse les passages les plus intimistes avec les plus vifs. La cohésion des musiciens est remarquable (Boris et Sergio étudient au conservatoire, les autres sont autodidactes !) et la production du CD ne souffre d'aucune critique (du son au mixage en passant par le livret). Une vraie et réjouissante réussite pour tout amateur de musique symphonique recherchée. On attend avec avidité la suite sans même leur recommander de gommer quelques défauts, ils sont trop rares.
Et pour finir, quelques précisions que nous fournit avec gentillesse Alberto Tagliati sur l'origine du nom du groupe, ses relations avec la musique progressive en Italie et ses projets :
"Le nom Finisterre vient du latin "finis terre", les terres qui bordaient l'Atlantique, comme une partie de la Bretagne ou du Portugal. Nous avons choisi ce nom parce qu'il signifie pour nous aller au-delà des contraintes musicales courantes, éviter toute limitation".
"Nous connaissons personnellement certaines formations italiennes (Malombra, The Ancient Veil, A Piedi Nudi) et nous apprécions beaucoup que le mouvement progressif renaisse en Italie ! La passion pour cette musique a des raisons historiques : rappelez-vous les années 70, avec Banco, P.F.M., Le Orme, et les autres. Ils étaient au sommet des ventes !".
"Nous serons en studio en octobre pour enregistrer notre nouvel album, qui contiendra quatre ou cinq morceaux. Et nous avons plusieurs concerts prévus pour ce mois-ci [mai 95, Ndlr] en Italie".
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°11 - Mai/Juin 1995)

