BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. La Perfezione (6:51)
2. La Mia Identita' (3:45)
3. Il Volo (6:19)
4. La Maldeducazione (3:49)
5. Ode Al Mare (5:53)
6. Rifrazioni (4:53)
7. Lo Specchio (5:17)
8. La Ricostruzione Del Futuro (6:12)
9. La Fine (4:53)
10. Incipit (6:50)

FORMATION :

Marco Cavani

(batterie, percussion, chœurs)

Agostino Macor

(mellotron, orgue, claviers analogiques, accordéon)

Stefano Marelli

(guitares, chant)

Boris Valle

(piano, claviers)

Fabio Zuffanti

(basse, chœurs)

INVITÉS

Franz Di Cioccio
(batterie sur "Ode Al Mare")

Fausto Sidri
(percussions sur "La Perfezione" et "La Ricostruzione Del Futuro")

Luca Guercio
(flugelhorn sur "Rifrazioni")

Carlo Carnevali
(récitatif sur "Rifrazioni")

FINISTERRE

"La Meccanica Naturale"

Italie - 2004

Immaginifica - 53:49

 

 

Voilà maintenant un lustre que Finisterre a sorti son précédent album (In Ogni Luogo, début 2000), et cela ne nous rajeunit pas. A tel point qu’il semble nécessaire de rappeler quelques vérités historiques pour ceux qui prendraient le train en marche : Finisterre fut en effet l’un des groupes les plus talentueux et les plus prometteurs de la fin des années 90, considéré même par certains, au sein de la scène transalpine, comme l’égal de ce qu’Änglagård fut pour la scène Suédoise. Sans aller aussi loin, il faut bien reconnaître que les deux premiers albums du groupe (en particulier le premier, en 1996, suivi de In Limine en 1997, plus disparate) font partie des plus belles réussites de la décennie passée, intronisant Finisterre parmi les ténors d’un renouveau progressif alors en plein essor. Compte tenu de leur enracinement dans une certaine tradition italienne à la fois symphonique et légèrement avant-gardiste, remise au goût du jour avec un savoir-faire bien au dessus de la moyenne et un éclectisme revendiqué, on pouvait légitimement considérer ces albums comme re-fondateurs, un peu comme l’école scandinave du début des années 90 lorsqu’elle renouait avec les racines du prog.

Puis il y eu In Ogni Luogo, en 2000, avant-dernier album du groupe, qui laissa son public assez partagé. Non pas que l’album soit mauvais (il reçut d’ailleurs une critique plutôt élogieuse dans nos colonnes), mais il est clair qu’il représentait une cassure assez nette dans le style jusqu’alors honoré, un glissement d’un son plutôt acoustique vers une approche beaucoup plus électrique et illustrative, pour un résultat inégal qui aurait parfois mérité un peu plus de substance. Sans aller jusqu’à décevoir, on comprend que cet opus ait pu dérouter les premiers amateurs du groupe, et sans doute, en brouillant les cartes, contribuer à amoindrir son aura. Les années qui se sont écoulées depuis n’arrangent rien à l’affaire, même si l’on se doute qu’il soit devenu difficile pour Finisterre de se réunir à plein temps, compte tenu du nombre de projets parallèles menés par son prolifique bassiste, Fabio Zuffanti (citons, entre autres, Hostsonaten, LaZona et la Maschera Di Cera…). Bref, tout cela pour dire que la sortie de ce nouvel album, tout en suscitant de réelles attentes, réveille quand même un intérêt quelque peu assoupi, en tout cas moins fébrile qu’il aurait pu être quelques années auparavant.

Finisterre en a-t-il pris conscience, force est de constater qu’il nous revient aujourd’hui avec une certaine modestie, et après avoir semble-t-il tiré les leçons du passé. Car si les premières écoute de cette Meccanica Naturale semblent confirmer la tendance amorcée avec In Ogni Luogo vers un propos plus direct et conciliant, on y retrouve à nouveau ce son transparent à dominante acoustique, plus délicat ici que jamais, qui donnait toutes leurs couleurs aux premiers albums. Sans être donc totalement rentré dans le rang, le groupe nous propose une fort belle brochette de «prog-songs» à l’italienne, rondes et ciselées, propre à séduire un public large sans se départir d’une exigence musicale scrupuleuse, et imprégnées de ce petit je-ne-sais-quoi d’obscur et de pénétré qui fait toute la différence avec les productions trop lisses de nombre de ses congénères. Considéré sous cet angle, le présent album apparaît presque comme un aboutissement logique, ou pour le moins une synthèse épurée de l’art du quintette transalpin, dégagé de ses errements passés.

Certes, les flûtes et instruments à vent qui illuminaient sporadiquement les premiers disques ont disparu (à l’exception du flugelhorn sur «Rifrazioni»), mais au profit d’un son plus clair et lumineux, mis en valeur par une excellente production qui fait la part belle à une basse chaude et veloutée. Dans ce contexte sonore classieux et ultra limpide, les interventions de Stefano Marelli à la guitare électrique prennent un relief saisissant, traversées par un lyrisme éloquent, sans fioritures. Et que l’on ne s’y trompe pas, sous des dehors faussement policés, Finisterre installe un faux confort mélodique, troublé par quelques cassures d’ambiance inopinées, ou une envolée «free» coincée entre deux couplets délicieusement suaves, comme le jet d’un caillou ridant la surface d’un étang au repos. Au total, on est pas loin de retrouver, sinon le souffle épique, tout au moins l’esprit du premier album de PFM, Storia Di Un Minute.

Bien sûr, il s’en trouvera toujours pour regretter la moindre ambition de cet opus par rapport à l’extravagance défricheuse dont faisait preuve Finisterre à ses débuts. On pourra leur objecter que celle-ci n’a jamais complètement porté ses fruits, atteignant même ses limites sur In Limine, aux enchaînements souvent artificiels. Finalement, c’est peut-être avec cette Meccanica Naturale, d’une épure et d’une classe qui mériteraient d’en inspirer beaucoup, que Finisterre donne la pleine mesure de son talent. Sans crier au chef d’œuvre, cet album marque le retour d’un groupe plus en forme que jamais, et lui permet de retrouver une place de choix parmi les formations qui comptent. Pourvu qu’il ne s’écoule pas à nouveau cinq ans pour en découvrir la suite…

Olivier CRUCHAUDET

(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)