
PISTES :
1. Intro (0:12)
2. In Limine (7:17)
3. XXV (4:38)
4. Preludio (4:23)
5. Ideenkleid Leibnitz Frei (6:04)
6. Hispanica (5:37)
7. Interludio (3:43)
8. Algos (13:28)
9. Orrizionte Degli Eventi (16:13)
FORMATION :
Francesca Biagini
(flûtes, chœurs)
Stefano Marelli
(guitares, chant)
Marcello Mazzoccki
(batterie)
Boris Valle
(claviers)
Fabio Zuffanti
(basse, chant)
FINISTERRE
"In Limine"
Italie - 1996
Mellow Records - 61:37
Le cap du deuxième album pour un groupe est sans doute le plus difficile à passer. Et tant de groupes actuels réussissent à nous emballer avec leur première œuvre qu'on reste un peu inquiet des nouvelles possibilités créatrices de ces musiciens à se surpasser encore. Choisir entre une redite, qui comblera certains mais qui ne peut pas vraiment satisfaire (en premier les musiciens eux-mêmes), ou au contraire envisager de faire tout autre chose est le dilemme auquel ils ont à faire face.
Après avoir été passionnés par son premier album, nous attendions impatiemment la sortie de son successeur pour découvrir quelle voie Finisterre allait emprunter. La réponse, on peut s'en douter, n'est pas aussi tranchée que les deux propositions énoncées plus haut.
Le quintette, qui a connu quelques changements de personnel (une nouvelle flûtiste, Francesca Biagini, invitée sur le premier CD, en remplacement de Sergio Grazia, et un nouveau batteur, Marcello Mazzocchi), et modifié ses plans initiaux (l'album ne devait comporter que 4 ou 5 morceaux), a musicalement évolué tout en conservant des liens avec son précédent opus.
Les neuf morceaux (de la très courte intro de 12 secondes à l'épique suite finale de 16 minutes) d'In Limine sont en fait représentatifs de l'extrême diversité d'inspiration des musiciens : rock symphonique pour Fabio Zuffanti (basse), musique contemporaine pour Boris Valle (claviers) et folklore méditerranéen pour Stefano Marelli (guitare). Et au lieu d'un ensemble plutôt homogène comme sur le premier album, on découvre ici plusieurs morceaux très indépendants les uns des autres, comme "Preludio", plainte atmosphérique de guitare sur fond de voix murmurées, ou "Ideenkleid Leibnitz Frei", plus proche du jazz que du progressif.
Cette dernière influence (représentée par un seul morceau 'free' sur le premier album) a d'ailleurs considérablement gagné en importance, mais le groupe a su mieux l'intégrer. Désormais, si Finisterre a toujours le don de nous faire chavirer de plaisir sur ses envolées pleines de lyrisme ("In Limine", "Orizzonte Degli Eventi") très familières de l'école symphonique italienne, il a aussi celui de rendre sa musique plus dense, plus complexe (donc forcément plus difficile d'accès au premier abord).
Les morceaux sont toujours à majorité instrumentale (cinq seulement comportent des parties vocales), et on peut le déplorer car le chant (en italien sauf sur "XXV" chanté dans un anglais honorable quoiqu'un peu trop sifflé sur les "s" !) est le plus souvent superbe (l'intro délicate et acoustique de la longue suite "Orizzonte..." qui rappelle PFM, ou les envolées de Claudio Castellini, invité, dans ce même titre). Le renfort d'autres invités (violoncelle, violon, trompette, clarinette, saxophone et flûte), dont le fidèle ami Edmondo Romano (Eris Pluvia, The Ancient Veil), participe évidemment à élargir la palette instrumentale du groupe, qui sonne peut-être plus acoustique encore. La flûte est même à considérer comme l'instrument roi de ce CD, introduisant et développant la plupart des titres.
Dans ce tableau très positif, on se contentera d'émettre quelques réserves portant notamment sur la fin trop rapide de quelques morceaux ("XXV","In Limine") et sur certaines transitions enchaînées, qui paraissent artificielles (le summum étant atteint avec "Algos", véritable kaléidoscope où un piano seul s'enchaîne sur un thème symphonique magnifique puis sur un passage de batterie binaire et boucles de synthés 'bulleux' pour se terminer par un duo sax-violon !).
Néanmoins, In Limine demeure un album passionnant, d'une infinie richesse. Le genre de disque dont on se dit qu'il n'est pas près de prendre des rides : un classique en puissance, autrement dit.
Christian AUPETIT
Entretien avec Fabio ZUFFANTI :
Quel a été le succès de votre premier album, et comment le jugez-vous avec le recul ?
Nous avons vendu environ 2000 CD et 500 albums doubles. Nous sommes très contents de ce résultat, mais nous espérons faire mieux avec In Limine. Musicalement, nous sommes très fiers de notre premier album, mais il y a beaucoup de choses au niveau de l'enregistrement que nous aurions pu mieux faire. En fait, à ce moment-là, nous n'avions pas beaucoup d'expérience dans ce domaine...
Quelques mots sur les changements de musiciens ?
Marco et Sergio en quitté Finisterre en mai 1995 parce qu'ils ne pouvaient concilier leurs activités avec le groupe et leurs études universitaires. Nous avons donc fait appel à Marcello, qui avait déjà joué avec Boris il y a quelques années, et Francesca qui est une amie de Stefano et a beaucoup étudié au Conservatoire de Gênes.
Le titre de votre album, comme le nom du groupe, fait référence à l'approche de limites. Pensez-vous avoir atteint les vôtres ?
Nous sommes seulement au début de nos expérimentations musicales. Le titre de l'album signifie en fait que nous sommes à la frontière entre la musique "ancienne" et tout ce que nous ferons dans le futur.
Dans In Limine, vous avez intégré plus d'éléments dissonants. Pourquoi avoir particulièrement développé cet aspect dans votre musique ?
Nous essayons de mettre dans notre musique toutes nos influences. Et celles-ci sont surtout axées sur trois styles très différents : pour Stefano, c'est plus acoustique, pour Boris plutôt contemporain et expérimental, et pour moi, plus progressif "classique". Nous essayons de mêler tout cela dans notre musique. J'ignore totalement ce que cela donnera à l'avenir !
Vous invitez toujours beaucoup de musiciens à jouer avec vous. C'est votre "marque de fabrique" ?
Nous aimons beaucoup faire ça parce qu'ils peuvent apporter à nos compositions des sons très différents. Le problème est de reproduire cela en concert. Mais nous y travaillons, nous essayons de réarranger les morceaux et, par exemple, "Algos" est plus 'progressif' en live que sur la version studio.
Votre son est typé 'seventies' mais aussi très moderne ("Algos" étant l'illustration parfaite), c'est votre conception de la musique progressive ?
Nous écoutons le progressif des années 70, 80 et 90, et nous essayons de créer des atmosphères anciennes avec des tendances futuristes,..
Enfin, quels sont vos projets pour l'avenir proche ?
Nous essayons de trouver des concerts pour promouvoir In Limine...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°17 - Automne 1996)

