BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. The Voyage of Maedun (8:09)
2. Back On (9:27)
3. Fata Morgana (12:34)
4. Olinda (2:46)
5. Mercurial (6:15)
6. Tapioca Com Pimenta (6:13)

CD 2 :
1. Moondogging (11:32)
2. Anemia (6:08)
3. Brasil, RN (11:22)
4. Wenceslas Shorts (3:16)
5. Datcha (6:45)
6. Morituri Te salutant (7:05)
7. Bon Voyage (3:12)

FORMATION :

Henry Krutzen

(claviers, saxophone)

Alain Lemaître

(basse)

Alexandre Moura-Barros

(guitares)

Richard Redcrossed

(chant)

INVITÉS

Enéas Albuquerque
(clarinette)

Wilberto Amaral
(batterie)

Jean-Louis Aucremanne
(claviers)

Gilberto Cabral
(trombone)

Alexandre Casado
(violon)

Erinaldo Dantas
(trompette)

Jubileu Filho
(guitares)

Julian Figueroa
(basson)

Faisal Hussein
(violoncelle)

Alexandre Johnson
(flûtes)

Joao Johnson
(hautbois, cor anglais)

Joreg Lima
(batterie, percussions)

Alzeny Neto
(voix)

Eduardo Pinheiro
(guitare)

Eduardo Taufic
(orgue, piano)

FINNEGANS WAKE

"4th"

Belgique - 2005

Carbon 7 - 45:48 / 49:48

 

 

Trois ans après Pictures, sorti chez Muséa, revoici la bande à Henry Krutzen (compositions, claviers & saxophone ténor) chez Carbon 7, avec un double CD contenant plus de 96 minutes de musique, divisées en treize plages. Ce qui frappe d'emblée, c'est la qualité de la production, contrairement aux trois précédents opus de Finnegans Wake. Claire, précise et aérée, elle permet enfin d'apprécier à leur juste valeur la richesse des compositions et des arrangements, la diversité instrumentale (clarinette, trombone, violon, trompette, basson, violoncelle, flûte, cor, hautbois, percussions ethniques, en sus des habituels claviers, guitares, basse et batterie) nécessitant cette clarté auditive pour permettre la mise en valeur de chaque intervenant.

Difficile en effet de trouver un juste équilibre lorsqu'une guitare «hardeuse» côtoie une flûte aérienne, mais c'est pourtant le cas ici ! D'un point de vue stylistique, pas de hard-prog ou de néo, mais un mélange, ou plutôt une fusion, d'un progressif ambitieux, aux riffs de guitare très rock, d'un jazz-rock détonnant, avec une section rythmique remarquable de précision et d'inventivité, d'un rock de chambre à la Univers Zéro teinté d'un soupçon de RIO (les dissonances sont présentes, mais assez parcimonieuses et bien intégrées pour ne pas rebuter les allergiques), sans oublier une évidente filiation avec le meilleur Isildurs Bane (ce compromis idéal entre accessibilité et complexité). Bref, une musique vraiment progressive, dans l'acception la plus noble du terme !

Le premier CD comprend six instrumentaux (de 2:46 à 12:34), et le second sept morceaux dont deux chantés (de 3:12 à 11:32). Ces deux derniers sont d'ailleurs les moins intéressants, même si «Wenceslas Shorts» (3:16) n'est pas sans rappeler l'univers baroque et débridé d'un certain Zappa... Pour le reste, on retiendra en priorité, par ordre d'apparition sur la platine, le premier morceau, «The Voyage of Maeldun» (8:09), comme une présentation de la multiplicité des sons, styles et rythmes à venir, le tout en un morceau très cohérent; «Back On» (9:27), et son rythme chaloupé sur instrumentation essentiellement classisante; «Tapioca Com Pimenta» (6:13), à faire trembler les fans d'Iron Maiden avec son hard contemporain (quel riff !) et son break de flûte renversant; le premier morceau du second CD, «Moondogging» (11:32), avec ses nappes symphoniques et son rythme répétitif obsédant; «Brasil, RM» (11:22), avec son côté baroque déjanté dominé par un violoncelle lugubre; et enfin «Morituri Te Salutant» (7:05), comme une fusion entre rock «indus» et Univers Zéro. Au total, cela nous fait déjà 54 minutes de très haut niveau, aux styles, rythmes et sons aussi diversifiés que possible ! Il est à noter que la dualité des nationalités (moitié belge, moitié brésilienne) se ressent à l'écoute, apportant à la musique de Henry Krutzen une coloration sud-américaine délicieuse.

A l'arrivée, vous l'aurez compris, vous êtes en présence d'un album indispensable, susceptible de contenter aussi bien les habitués du style que les profanes désirant s'ouvrir à des musiques plus aventureuses que le tout-venant du progressif. Même si cet album ne sera sans doute pas (hélas !) l'une des meilleures ventes de l'année 2005, puisse-t-il au moins contribuer à ouvrir beaucoup d'oreilles à un courant décidément passionnant des musiques progressives...

Francis COUTURON

(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)