
PISTES :
1. More Wants More (7:34)
2. King Of The Chord Change (5:40)
3. Press The Flesh (7:43)
4. Desire (4:45)
5. Doogins (The Evil Spawn) (5:16)
6. Customer Service (5:32)
7. A Mess Of Finesse (5:58)
8. Sidewalk Sale (3:52)
9. Calling Card (8:34)
10. Salvation (6:18)
11. Abandon (3:46)
12. Finding The Strength (6:58)
FORMATION :
Scott McGill
(guitares)
John Buzby
(batterie, chœurs)
Chris Eike
(basse)
Laura Martin
(chant)
Chris Buzby
(claviers, chœurs)
FINNEUS GAUGE
"More Once More"
États-Unis - 1997
Cyclops - 71:56
S'il n'est pas question d'exonérer les responsables du label Sony Music de leur lourde responsabilité dans la séparation d'Echolyn, à l'automne 1995, il apparaît néanmoins à la lumière des parcours effectués depuis par ses divers ex-membres que le quintette de Philadelphie n'était vraisemblablement pas voué a la plus grande des longévités. C'est en tout cas ce que l'on peut penser à l'écoute de Finneus Gauge, groupe mené par le claviériste Chris Buzby, et Still, trio constitue par ses anciens acolytes Ray Weston, Brett Kull et Paul Ramsey. C'est peu dire qu'ils n'ont musicalement pas grand-chose en commun. Et, en ce qui nous concerne, seul le premier a vocation à figurer dans nos pages.
De là à affirmer que toute l'âme progressive d'Echolyn était concentrée dans la seule personne de Buzby, il y a un pas que nous nous garderons de franchir, même si d'emblée de nombreux éléments attestent qu'il en était au moins le principal garant, et que nombre des idées les plus novatrices du groupe étaient manifestement les siennes. Bref, si vous êtes inconsolable de la disparition de celui-ci, n'hésitez pas plus longtemps : le seul reconfort a espérer se trouve dans More Once More, premier album de Finneus Gauge.
Tiens, pourquoi Finneus Gauge, au fait ? L'explication vaut le détour : il s'agit d'une déformation de Phineas Gage, un ouvrier du bâtiment américain dont la mésaventure fit grand bruit dans les années 1830. Lors d'une explosion, il eut le crâne transpercé par un petit tube de métal. Par miracle, il survécut, mais perdit une faculté essentielle : la mémoire a court terme. Bref, impossible pour lui de mémoriser quoi que ce soit sans d'intenses efforts... Un peu comme le mélomane moyen confronté à la musique de Finneus Gauge !
Ce petit détour du côté de l'anecdote aura eu le mérite de préciser d'emblée un fait important : la musique de Finneus Gauge n'est pas de celles qui se laissent appréhender des le premier contact. Pour autant, nous n'avons pas affaire a un discours abscons ou hermétique, mais plutôt à une originalité forcement un peu déroutante. Il s'agit donc, comme notre éthique de mélomane progressif doit nous le dicter, d'aborder More Once More sans a priori, sans chercher à y retrouver d'éventuels repères familiers. La sincérité et l'intégrité artistique qui s'en dégagent auront tôt fait de lui donner une apparence plus hospitalière.
Mais quittons le général pour en venir au spécifique, c'est-à-dire tenter de décrire un tant soit peu objectivement le style musical honoré par Finneus Gauge. On constatera tout d'abord, et c'est assez rare pour être signalé, que le quintette a su imposer, dès ce premier album, un son unique et immédiatement reconnaissable. More Once More est en effet une œuvre frappée du sceau de l'homogénéité : elle use en effet d'idiomes musicaux relativement bien délimités et ne transige pas avec ses partis-pris de départ. Cela confère à ces douze morceaux une surprenante unité de ton; cela peut également constituer une limite si le groupe ne parvient pas à trouver, dans ce cadre d'expression, matière a diversifier et renouveler son discours.
Il est logique d'évoquer d'abord ce qui, ici, nous est déjà familier. En clair, ce qui dans la musique de Finneus Gauge, rappelle Echolyn. Deux choses, essentiellement : le travail sur les harmonies vocales, et les harmonies particulières, tour a tour jazzy et légèrement dissonantes. Ce dernier aspect prend logiquement un caractère beaucoup plus prononcé chez Finneus Gauge, ce qui fait que More Once More évoque souvent Echolyn sans jamais vraiment lui ressembler. L'autre explication à ce constat tient de l'évidence : Finneus Gauge est un groupe, un vrai, et ses composantes ont logiquement imprimé leur marque à l'ensemble.
Le moment est donc venu de faire les présentations. Autour du claviériste, quatre musiciens : une chanteuse, Laura Martin, qui est sans doute l'élément le plus difficile à cerner tant son style ne se rattache pas vraiment à quoi que ce soit de connu; ce n'est certes pas le cas du guitariste Scott McGill, dont le jeu en soliste ressemble à s'y méprendre à celui d'Allan Holdsworth, tandis que ses parties d'accompagnement, tout en arpèges bizarroïdes, évoquerait plutôt Robert Fripp («Fracture», ça vous dit quelque chose ?); le bassiste, Chris Eike, a quant à lui fait ses classes dans Broken Peace, groupe de rock funkisant, et cela se ressent dans son jeu, souvent slappé; avec le batteur Jonn Buzby, frère cadet de Chris (avec lequel il partage d'ailleurs les choeurs), il forme une section rythmique au dynamisme communicatif. Inutile de préciser que chacun des cinq s'acquitte de sa tâche non seulement avec compétence, mais souvent avec virtuosité, et avec une parfaite complémentarité : la cohésion d'ensemble ne souffre aucune critique.
Une fois cette description effectuée, il y a finalement peu a ajouter : le son de Finneus Gauge apparaît tout simplement comme le résultat de la fusion égalitaire de ces cinq personnalités. Guitare et claviers (piano, clavinet, orgue et piano électrique essentiellement - peu ou pas de nappes synthétiques, quelques solos type Moog néanmoins) tissent ensemble une toile harmonique dense et complexe, soutenue par un accompagnement rythmique foisonnant et entraînant. Au sommet de cet édifice a la fois riche et d'une grande clarté se place la voix de Laura Martin, souvent secondée par les choeurs des frères Buzby. Les lignes mélodiques suivies par le chant sont généralement d'une limpidité et d'une évidence qui tranchent avec l'extrême foisonnement du jeu des instrumentistes, ce qui crée un effet de contraste saisissant, assez similaire a ce qu'Echolyn proposait dans le morceau «As The World». Notons au passage que deux des douze morceaux (de 3:46 a 8:34) sont totalement instrumentaux, respirations bienvenues dans un album où le chant est sans doute, pour l'amateur de progressif, un peu trop présent.
Forcément, avec ces partis-pris inhabituels, More Once More ne plaira pas forcément a l'ensemble du public progressif. Le refus de toute dimension «contemplative», l'absence d'influences classiques/symphoniques, l'interprétation instrumentale touffue, l'étrangeté des harmonies utilisées : autant d'éléments qui peuvent rebuter, ou tout simplement déplaire. La musique de Finneus Gauge n'est pas, comme souvent en rock progressif, une invitation au rêve et au voyage intérieur. En ce sens, elle reste fondamentalement rock, en dépit de sa grande sophistication. Le groupe compte sans doute sur cet aspect pour percer au-delà du 'ghetto' progressif...
Voilà en tout cas un album rafraîchissant, fruit d'une démarche musicale sincère et authentiquement désireuse de renouveler le genre progressif. Ce souci, souvent revendiqué à tort et à travers par des groupes parfois plus soucieux de la forme que du fond, trouve ici un pendant musical des plus convaincants. N'hésitez donc pas a persévérer si jamais le premier contact avec More Once More vous laisse un peu déconcerté : gardez en tête l'histoire étonnante de ce bon vieux Phineas Gage...
Aymeric LEROY
Entretien avec Chris BUZBY :
La musique de Finneus Gauge, comme celle d'Echolyn mais de manière encore plus frappante, est la combinaison de parties vocales accessibles et d'un accompagnement instrumental souvent très complexe. Tu sembles apprécier ce type de contrastes...
Tout à fait. Je suis d'accord avec cette description : des mélodies vocales plutôt simples, sur des structures harmoniques beaucoup moins évidentes. Le mélange des deux donne à l'auditeur un choix quant à l'aspect de la musique sur lequel il va porter son attention. Ce type d'écriture par «couches», basé sur la notion de profondeur, de perspective, est une constante dans mon travail de composition. Quand j'ai constitué ce groupe, je cherchais des musiciens qui aimeraient également cette approche. Il va sans dire que je les ai trouvés !
La dynamique d'ensemble et les textures créées par les différents instruments tissent une sorte de tapisserie sonore sur laquelle les parties vocales viennent se poser. A certains moments, elles occupent le premier plan, à d'autres, ce sont les instruments. Du point de vue de la composition, c'est une sorte de marque de fabrique que j'ai imprimée aux deux groupes dont j'ai fait partie jusqu'ici, Echolyn et Finneus Gauge. En tant que principal compositeur, je fais en sorte que la musique puisse respirer et s'appréhender à plusieurs niveaux de profondeur, d'un point de vue mélodique comme harmonique. En tant que claviériste, j'ai par ailleurs un rôle à jouer dans la densité sonore de ce qui est joué, par le choix des sons que j'utilise, et de ce que je décide de jouer ou ne pas jouer. Tels sont les paramètres qui déterminent la densité des différents passages d'un même morceau, et des différents morceaux d'un même album.

Les compositions de More Once More sont créditées au groupe dans son ensemble. Les idées de départ sont-elles toujours de toi ?
Quand j'ai quitté Echolyn, j'avais en tête de faire un album solo, mais quand j'ai commencé à réunir des musiciens et à travailler avec eux, j'ai réalisé que, musicalement comme humainement, ce n'était pas la bonne manière de procéder, et qu'il valait mieux que je constitue un vrai groupe. Certains morceaux - «Sidewalk Sale», «King Of The Chord Change», «Press The Flesh», «Doggins», «Customer Service» et «Finding The Strength» - ont leur origine dans des idées à moi, mais leur forme définitive doit beaucoup à l'apport des autres musiciens. Scott McGill et moi-même écrivons l'essentiel des musiques de nos morceaux, ce qui est normal puisque nous avons en charge les instruments mélodiques, mais aucun titre de l'album n'a été écrit par une seule personne. Je pense que c'est ce qui donne à Finneus Gauge ce son unique, et c'est pourquoi je veux que cette aventure continue aussi longtemps que possible, car cette collaboration m'a donné des opportunités sans précédent de progresser en tant que compositeur.
Je serais tenté de qualifier ton jeu de claviers de «anti-Wakeman» : tu préfères des sons «secs» comme ceux du piano, du Rhodes, du clavinet etc. aux nappes synthétiques, ce qui donne au son de Finneus Gauge une grande clarté, et une équité parfaite entre les différents instruments...
>Effectivement. A dire vrai, et sans vouloir choquer les amateurs de rock progressif, je n'ai jamais été fan de Wakeman ou même d'Emerson, et d'ailleurs je n'ai chez moi aucun disque de Yes ou ELP. Mes influences se situent plutôt du côté de Lyle Mays ou Bruce Hornsby, ou encore de Bela Fleck et Allan Holdsworth, même s'ils sont respectivement banjoïste et guitariste. Mon approche d'instrumentiste et de compositeur est finalement plus proche d'un esprit jazz. Pour créer un effet de densité sonore, j'utilise davantage le contrepoint que les nappes. Dans mon travail avec le groupe, particulièrement lorsque nous travaillons sur des idées qui ne sont pas les miennes, j'ai plutôt tendance à improviser, jusqu'à ce que je trouve le bon accompagnement. Je tiens à cette spontanéité, qui assure fraîcheur et audace au résultat final.
Dans la musique de Finneus Gauge, il se passe beaucoup de choses, et afin de conserver une efficacité d'ensemble, j'ai préféré opter pour des sons naturels et «réels» : piano, orgue, clavinet et Rhodes. De surcroît, le côté «brut» de ces sons m'interdit tout artifice : je dois vraiment «jouer», je ne veux pas compter sur des effets pour camoufler ou gonfler ce que je joue. Quelque part, je suis davantage un pianiste jouant des claviers, que l'inverse. Pour ce qui est de l'importance des claviers dans le son, je n'ai jamais envisagé qu'ils soient dominants. Comme les autres instruments, il y a des passages où j'accompagne, et d'autres où je peux davantage me «lâcher»...
Sans entrer dans les détails techniques, peux-tu tenter de nous expliquer certaines de tes techniques de composition, et citer certaines de tes influences majeures en la matière ?
>Lorsque je compose, je ne cherche jamais consciemment à imiter d'autres styles ou compositeurs, mais naturellement ce que j'ai écouté ou étudié dans ma vie se retrouve forcément dans mon travail. Je me suis fixé comme principe général de toujours faire mieux aujourd'hui qu'hier, et c'est une ligne de conduite très efficace ! L'une des choses que j'apprécie le plus, dans mes compositions, est d'atteindre un équilibre, forcément précaire, entre musique tonale et atonale. Je ne me sens pas vraiment tiraillé entre consonance et dissonance. Le défi est d'écrire des morceaux qui utilisent ces paramètres dans toute leur variété tout en maintenant un équilibre. Mon souci principal reste la composition et l'arrangement, même si j'aime expérimenter de nouvelles harmonies. Je me dois de rester honnête vis-à-vis de moi-même. Je sais que j'ai encore beaucoup à apprendre, et chaque nouvelle composition présente de nouveaux défis.
En ce qui concerne les structures rythmiques, les accords, etc., le côté complexe me vient assez naturellement. A la limite, c'est presque automatique, au point que je n'y réfléchis jamais vraiment sauf quand on vient me demander en quel temps est tel ou tel passage, et que je dois compter mentalement pour déterminer ce que je joue ! (rires) Ma règle d'or est de ne jamais garder quelque chose qui n'ait pas l'air naturel, qui ne «coule» pas. Je fais confiance à mon intuition en matière de «feeling». Ce qui est certain, c'est que nous ne recherchons jamais la complexité pour la complexité, même si nous sommes tous des musiciens d'un certain niveau. C'est pourquoi je suis désolé quand certains considèrent notre musique comme «prétentieuse». Rien n'est calculé dans ce sens, même si nous sommes conscients qu'elle peut être rebutante lors des premières écoutes pour quelqu'un qui n'est pas habitué. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai appelé ce groupe Finneus Gauge !
Parlons un peu des textes. Ceux de Laura sont assez directs et semblent très ancrés dans sa vie quotidienne. Les tiens sont plus allusifs et universels. Est-ce ainsi que tu comparerais vos approches respectives en la matière ?
Les différences entre nos styles sont avant tout liées au fait que nous avons vécu des choses différentes. Généralement, nous cherchons simplement à raconter des histoires ou donner des points de vue. Laura tend à s'inspirer directement de ce qui lui arrive, et cherche à exprimer sous la forme de mots et de mélodies ce qu'elle ressent lors de certains événements de sa vie. Pour ma part, j'essaie d'avoir un plus grand recul et de me demander comment mon microcosme de pensées et d'idées peut apparaître à quelqu'un d'extérieur. Plutôt que de mettre le doigt sur des exemples précis, je préfère tenter de généraliser. Par conséquent, mes textes sont plus figuratifs que littéraux. Je ne suis pas quelqu'un qui couche naturellement sur papier ses pensées, et c'est sans doute pourquoi ce que j'écris paraît plus oblique, et ouvert à de multiples interprétations.
La production de l'album, que tu as prise en charge toi-même, est tout à fait réussie. Le son est d'une grande clarté, et permet d'entendre distinctement chaque instrument sans perdre en dynamique d'ensemble. Travailler avec un ingénieur du son comme Glenn Rosenstein sur As The World t'a-t-il beaucoup servi ?
Merci pour ces compliments. En fait, c'est la première fois que je m'occupe de l'aspect sonore. J'ai bien sûr pris part au mixage des albums d'Echolyn, mais je me contentais le plus souvent de tourner les curseurs au moment adéquat lors du mixage. Bien sûr, les séances de As The World à Nashville ont été instructives, mais je n'en étais pas moins un débutant pour ce projet. Je suis très heureux que le résultat soit convaincant, j'en suis assez satisfait moi-même, même si j'ai déjà en tête quelques détails à améliorer pour le prochain album. L'intégralité de More Once More a été enregistré dans mon home-studio, sur 16 pistes. Ma table de mixage n'étant pas automatisée, je ne vous raconte pas la pagaille quand il s'agissait de tourner les 16 curseurs simultanément. Le processus fut d'abord très fastidieux, avec beaucoup de tâtonnements et d'expérimentations - je n'avais ce matériel que depuis quelques mois. J'ai volontairement utilisé peu de compression, pour conserver une atmosphère intime et authentique. Il n'y a rien de pire, à mon avis, que d'enregistrer ïive' et d'altérer ensuite le son par des effets - je déteste ça ! Pour l'anecdote, l'enregistrement et le mixage ont eu lieu dans ma cave, avec à peine 1 m80 sous plafond et une surface totale d'environ 20 m2. C'est ce que j'appelle tirer le maximum de son équipement ! (rires)
Vu le nombre de chansons composées en quelques mois par toi et tes collègues, sans parler de titres qui n'auraient pas été retenus pour l'album, j'imagine que vous ne vous êtes pas arrêtés en si bon chemin et que d'autres sont déjà en route...
Bien sûr ! L'inspiration est plus que jamais là. Je n'ai jamais composé, ou aidé à composer, autant de musique dont je sois si fier. Au jour d'aujourd'hui [le 14 août, ndr], nous avons 27 minutes de nouvelles compositions écrites en vue de son second album. Elles sont dans la lignée de ce qui est devenu le style Finneus Gauge, toujours très audacieux harmoniquement et vocalement, avec des parties chantées solidement structurées et des séquences instrumentales amples. Globalement, je dirais que les nouveaux morceaux sont un peu plus 'heavy'. Mais l'ensemble est toujours aussi éclectique, voire plus encore ! Nous n'avons qu'effleuré la surface de ce dont Finneus Gauge est capable ! Je me vois mal prévoir une date de publication pour un second album. Le premier vient de sortir (fin juin aux Etats-Unis et fin juillet en Europe) et nous commençons à peine à le promouvoir. Nous avions pensé sortir un mini-CD comprenant quelques compositions nouvelles et des titres live, mais vu la quantité de musique nouvelle, nous allons sans doute continuer à écrire et peut-être sortir un second album en mai ou juin 1998. Mais chaque chose en son temps ! Nous sommes de toute façon libres de nos mouvements puisque nous enregistrons dans mon studio et que nous avons notre propre label, train recORDS.
Dernière question : tu sembles hésiter à qualifier la musique de Finneus Gauge de rock progressif. Pourquoi cette réserve ?
Nous ne fuyons pas l'étiquette progressive, au contraire, mais de façon à ne pas catégoriser trop strictement notre musique, nous aimons préciser qu'elle possède également des inflexions jazz, rock, fusion et funk. Nous sommes progressifs au sens le plus vrai du terme. Nous écrivons de la musique qui est basée sur des thèmes structurés et des variations autour de ces thèmes, des chansons aux structures constamment changeantes, et des harmonies qu'on ne trouve pas dans la musique commerciale. Nous pensons avoir quelque chose d'intéressant à dire également aux amateurs de jazz et du fusion, du point de vue de l'improvisation et des harmonies que nous utilisons. Nous ne voulons pas nous priver d'une partie de notre public potentiel en adoptant une étiquette trop connotée.
Sans vouloir critiquer la scène progressive actuelle, j'attends toujours d'entendre quelque chose de vraiment original en sortir. Tout ce que j'ai entendu me paraît ressassé, boursouflé, ou tout simplement pauvre d'un point de vue musical comme littéraire. J'écoute beaucoup de styles de musique, et en fait assez peu de rock progressif. Beaucoup de groupes revendiquant cette étiquette ne me font ni chaud ni froid. Mais évidemment, il y a tellement de groupes que je ne connais pas, je suis sûr que certains me plairaient si j'étais amené à les entendre... Voici quelques disques que j'ai beaucoup écoutés au cours des dernières semaines : Evil Empire de Rage Against The Machine, OK Computer et The Bends de Radiohead, Vinnie Colaiuta de Vinnie Colaiuta, Hot Rats de Frank Zappa, Split Milk et Jellyfish de Jellyfish, El Sulbiminoso de Dada, Transistor de 311, Hear In The Now Frontier de Queensrÿche, Ear Candy de King's X, First Band On The Moon des Cardigans, Grace de Jeff Buckley, Secrets et None Too Soon d'Allan Holdsworth, 50,000 B.C. de Shudder To Think, Beyond The Missouri Sky de Charlie Haden et Pat Metheny, Elemental de Tears For Fears et... More Once More de Finneus Gauge, évidemment ! (rires)
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°21 - Juillet/Août 1997)

