
PISTES :
1. Mikä Yö (What A
Night) (5:27)
2. Sanaton Laulu (Song Without Words) (3:51)
3. Happea (Oxygen) (4:40)
4. Koin Siipesi (I Felt Your Wings) (2:55)
5. Paikalliset Tuulet (The Local Winds) (4:19)
6. Aallon Vaihto (The Change Of The Wave) (4:59)
7. Kunnes (Till) (4:39)
8. P.S. (1:44)
9. Alpha (8:16)
10. Elvin (8:38)
11. Don (4:24)
12. Lähtö Matkalle 1 (Starting A Voyage) (8:43)
13. Lähtö Matkalle 2 (Starting A Voyage) (10:48)
FORMATION :
Jarmo Hiekkala
(basse [9-13])
Jukka Linkola
(claviers [9-13])
Pertti Pokki
(synthétiseurs [10-11])
Jukka Rissanen
(claviers [1-8])
Jussi Tegelman
(batterie, congas, timpani, synthétiseurs)
Pekka Tegelman
(guitare, basse)
Orchestre de cordes
conduit par Otto Donner
FINNFOREST
"Finnforest" / "Lähtö Matkalle"
Finlande - 1975 / 1976
Laser's Edge - 73:29
Jusqu'au récent succès d'Ageness, on ne connaissait guère, en matière de rock progressif finlandais, que le très prolifique et talentueux Pekka Pohjola. Celui-ci serait-il en fait, pour employer une expression de circonstance, l'arbre dissimulant la forêt ? Difficile d'en juger définitivement à la lumière de cette seule réédition, mais ce qui est sûr, c'est que cette redécouverte, signée Laser's Edge, des deux premiers albums de Finnforest, ne manque pas d'intérêt.
Finnforest, il faut le savoir, c'est avant tout deux frères jumeaux : Pekka (guitare) et Jussi Tegelman (batterie). Tous deux seront, de 1972 à 1978, les piliers d'une formation marquée par une instabilité chronique. C'est d'ailleurs ce qui lui vaudra, sur son premier album, d'apparaître sous la forme inhabituelle d'un trio guitare-claviers-batterie : à la veille d'un concours rock régional, chanteur et bassiste avaient soudain déclaré forfait, et leurs collègues, dans l'impossibilité de les remplacer à temps, devaient décider de continuer à trois. Ce qui impliquait par ailleurs que désormais, la musique de Finnforest serait totalement instrumentale...
Finnforest est donc enregistré, au printemps 1975, par les frères Tegelman et le claviériste Jukka Rissanen. L'album se ressent fortement de la configuration particulière du groupe. Comme souvent dans les trios, au contraire de formules plus étoffées mais aussi plus lourdes et contraignantes, une grande liberté est accordée aux musiciens, et les compositions de Pekka Tegelman (huit, dont deux co-signées par Rissanen, de 1:44 à 5:27), allouant aux solistes de larges plages d'improvisation, exploitent pleinement celle-ci. D'où un léger côté 'jazzy', plus dans l'esprit que la lettre, même si souvent, comme en jazz, le thème mélodique est exposé en début de morceau, puis sa structure harmonique utilisée comme base aux épanchements successifs de la guitare et des claviers (orgue, moog et parfois piano électrique).
Dans les moments les plus enfiévrés lorsque guitare et batterie se lancent dans des courses-poursuites à couper le souffle ("Happea" ou "Paikalliset Tuulet"), on pense à Billy Cobham et ses dialogues avec Tommy Bolin sur l'album Spectrum. Lorsque la tension se relâche, un côté planant et émouvant à la Finch (en moins symphonique) fait son apparition, mettant en relief l'indéniable talent de mélodiste de Pekka Tegelman.
Lähtö Matkalle, le deuxième album, nous présente un Finnforest dont la physionomie a considérablement changé : exit Rissanen, les jumeaux se voyant cette fois secondés par deux musiciens de studio, Jukka Linkola (claviers) et Jarmo Hiekkala (basse). Le son d'ensemble s'en trouve transfiguré : sons de claviers plus diversifiés (utilisation plus fréquente des synthés et pianos - acoustique et électrique - au détriment de l'orgue omniprésent sur Finnforest), section rythmique moins extravertie; la guitare se met au diapason, délaissant ses sonorités 'sales' et certains exercices de virtuosité trop démonstratifs.
Au total, Finnforest se rapproche sur ce second opus d'une esthétique musicale à la ECM (le célèbre allemand de 'jazz progressif', en vogue à la fin des années 70), et plus particulièrement des travaux d'un Terje Rypdal. Certes, quelques emportements demeurent ("Elvin" rappelle le Mahavishnu Orchestra d'Apocalypse, et "Don" le Jeff Beck 'funky' de Wired), certaines complaisances aussi (le solo de batterie de Jussi Tegelman sur "Don", unique titre de sa composition, ou l'interminable improvisation à la basse 'fuzz' de Jarmo Hiekkala sur "Lähtö Matkalle 2"), mais pour l'essentiel, c'est un Finnforest assagi qui s'offre ici à nos oreilles.
La musique n'en reste pas moins dans la lignée stylistique du premier album, tout en esquissant, notamment sur la seconde face originelle, des perspectives plus inédites. "Lähtö Matkalle 1" (8:43) fait par exemple appel à un orchestre à cordes. L'intervention de celui-ci semble d'abord incongrue, faisant l'effet d'un caprice de musiciens rock en quête de respectabilité, puis il apparaît qu'il s'intègre parfaitement à l'univers musical de Finnforest, sans en dénaturer le moins du monde la spécificité harmonique (un fond de culture Scandinave, mâtiné d'éléments plus personnels).
Vingt ans après leur enregistrement, ces deux albums ont conservé toute leur force et apparaissent même avec le recul comme deux œuvres majeures de la scène Scandinave des années 70, au même titre que ceux, par exemple, de Kaipa ou Dice. Espérons donc que la réédition de Demon Nights (1978), ultime réalisation de Finnforest sous l'égide du seul Jussi Tegelman, dans une veine plus 'jazzy' mais, paraît-il, tout aussi heureuse, suivra rapidement. Tout dépendra, évidemment, des ventes de celle-ci...
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°17 - Automne 1996)

