
PISTES :
1. World Of Adventure (13:37)
2. Atomic Prince / Kaleidoscope (6:02)
3. Go West Judas (7:40)
4. Train To Nowhere (3:45)
5. Oblivion Road (3:45)
6. Theme For A Hero (8:27)
7. Temple Of The Snakes (1:38)
8. My Cosmic Lover (6:40)
9. The Wonder Wheel (4:12)
10. Big Puzzle (13:35)
FORMATION :
Roine Stolt
(guitares, chant, claviers)
Tomas Bodin
(claviers)
Hasse Fröberg
(chant, chœurs)
Michael Stolt
(basse)
Jaime Salazar
(batterie)
Hasse Bruniusson
(percussions)
The FLOWER KINGS
"Back In The World Of Adventures"
Suède - 1995
Foxtrot Records (réédit. Inside Out) - 71:28
Roine Stolt était évidemment attendu au tournant avec ce nouvel album, faisant suite au quasi-unanimement loué The Flower King. Est-ce pour contourner l'obstacle qu'il a finalement décidé de sortir celui-ci sous l'appellation collective (mais finalement assez évocatrice) des Flower Kings ? Car, pour l'essentiel, Back In The World Of Adventures se situe dans la lignée de son prédécesseur, du point de vue du style comme de la qualité.
"Pour l'essentiel". Cette précision est importante. En effet, nous n'avons pas, à nouveau, affaire à un album homogène et cohérent comme l'était, ou tout du moins le paraissait, The Flower King. Tout jugement global que l'on émettra à propos de Back In The World... se devra donc d'être nuancé. Car le niveau d'inspiration y est assez variable.
Certes, The Flower King était lui aussi contrasté. Mais là où "The Pilgrims' Inn", par sa qualité exceptionnelle, tirait vers le haut des morceaux un peu moins réussis, c'est par leur inhabituelle fadeur (pour ne pas dire, parfois, médiocrité) que certains titres de ce nouvel album déparent l'ensemble.
Pour des raisons différentes, "Train To Nowhere" (3:45) - chanson doucereuse et conventionnelle -, "Oblivion Road" (3:45) - dispensable et monotone digression jazzy - et "My Cosmic Lover" (6:40) - déviance rock FM d'une rare indigence, dont on aurait cru Roine Stolt incapable - sont des boulets que cet album traîne péniblement, particulièrement lors des premières écoutes, dans sa mission de séduction de l'auditeur.
Une mission que ne facilite pas, non plus, la moindre accessibilité des pièces plus typiquement progressives. Il faut en effet une bonne dizaine d'écoutes pour ne plus percevoir l'enchaînement, typiquement 'stoltien', des multiples thèmes mélodiques que ses compositions rassemblent, comme brouillon et aléatoire, mais au contraire, comme subtilement négocié.
La prise de contact initiale avec Back In The World Of Adventures est donc décevante, car le manque d'inspiration bien réel des trois morceaux cités plus haut peut également se voir, superficiellement, reproché au reste de l'album. Au final, pourtant, cet album apparaît comme le digne successeur de The Flower King, à l'exception (hélas considérable !) d'un quart d'heure sans intérêt et de l'absence d'un sommet émotionnel aussi largement fédérateur que "The Pilgrims' Inn".
Trois morceaux méritent particulièrement d'être mis en exergue : "Theme For A Hero" (8:27), instrumental aux multiples rebondissements perpétuant avec une égale réussite l'essence de The Flower King, "Atomic Prince / Kaleidoscope" (7:50), également instrumental, mais dans un genre - ou plutôt deux genres - inédit(s) pour Roine Stolt : un pompiérisme 'Emersonnien' particulièrement efficace, et un recueillement acoustique très émouvant (la transition entre les deux parties étant fournie par un interlude 'aquatique' superbe, lors duquel Hans Bruniusson s'illustre aux percussions); et enfin "Big Puzzle" (13:35), sommet émotionnel de l'album, véritable "Starless" de Roine Stolt, non seulement du fait de troublantes similitudes sonores (mellotron, guitare stridente et sinueuse, jeu de batterie très sec, chant très 'wettonesque' - au zozottement près !), mais aussi et surtout par sa dimension épique, délaissant de surcroît toute digression expérimentale au profit d'un constant lyrisme qui culmine lors d'un solo de guitare final proprement bouleversant. Cette suite constitue par ailleurs un pas en avant considérable pour notre guitariste-chanteur, puisque pour la première fois, les parties vocales ne constituent aucunement une entrave à leurs collègues instrumentales : toutes contribuent à leur manière à la réussite de l'ensemble.
Un peu moins convaincants, "World Of Adventures" (13:37) et "Go West Judas" (7:40) n'en sont pas moins riches de superbes passages, instrumentaux essentiellement. Mais le premier s'égare dans une succession incessante (et frustrante) de mini-thèmes à peine ébauchés, nous laissant comme seuls repères des parties vocales peu inspirées; quant au second, son parti-pris très dynamique (qui convient cependant très bien à la voix rauque de Roine Stolt) l'isole un peu du reste de l'album.
Malgré la diversité de Back In The World Of Adventures, on peut dégager de son écoute quelques tendances lourdes (selon l'expression chère aux économistes) : un son plus 'heavy' tout d'abord, non seulement par la présence accrue de la guitare (saturée) dans un rôle rythmique, mais aussi par le recours fréquent (et contestable) à des chœurs aux relents FM; une musique plus complexe et donc moins accessible, ensuite, et c'est à mon avis un point positif car cela prévient toute lassitude (je parle évidemment des morceaux les plus réussis !); enfin, et c'est la conséquence des deux précédentes, un album globalement moins "émotionnel" et symphonique que The Flower King.
Au-delà de l'adéquation éventuelle entre cette évolution et nos attentes les plus intimes (je dois avouer être également séduit par les deux approches), on regrettera que Roine Stolt et ses complices aient pris le risque d'induire en erreur les auditeurs les moins persévérants en n'opérant pas une sélection plus rigoureuse parmi les compositions à leur disposition : nous nous serions fort bien contentés de 55 minutes seulement, pourvu qu'elles eussent toutes été de grande qualité...
Aymeric LEROY
Entretien avec Roine STOLT :
Dès la sortie de The Flower King, à la rentrée 1994, tu annonçais la sortie rapide d'un second album, qui sort finalement maintenant sous le titre de Back In The World Of Adventures. Cela signifie-t-il que ce disque était déjà composé à ce moment-là ?
Non, pas totalement. Mais la plupart des morceaux existaient déjà sous forme de démos ou de brouillons sur mon ordinateur. C'est un assortiment de compositions écrits au cours des cinq dernières années. J'aime bien mélanger des titres écrits à différents moments, car il y a toujours des contrastes intéressants, au niveau de l'inspiration comme de l'ambiance générale, selon les périodes. Les morceaux les plus anciens sont "Theme For A Hero" et "My Cosmic Lover", qui datent de 1991. "Temple Of The Snakes" et "Wonder Wheel" remontent quant à eux à 1993, et devaient à l'origine figurer sur The Flower King. J'ai écrit "World Of Adventures" et "Big Puzzle" pendant l'enregistrement de cet album, mais les arrangements n'étaient pas terminés. Enfin, restent les titres que j'ai écrits spécifiquement pour ce nouvel album : "Go West Judas", composé fin 1994, et "Atomic Prince", "Train To Nowhere" et "Oblivion Road", les plus récents.
Pourquoi avoir sorti cet album sous une appellation collective, alors que tu composes toujours tous les titres et que ta guitare est plus présente que sur The Flower King ?
Malgré les apparences, mes musiciens se sont plus impliqués dans cet album que dans le précédent, et en particulier Tomas Bodin, le claviériste. En plus d'être un excellent technicien, il a également un côté "Brian Eno", toujours à expérimenter des choses nouvelles. En dehors de çà, beaucoup de groupes ont un seul leader, et ce n'est pas pour autant que les différents membres ne sont pas reconnus en tant qu'individus. Prenez Jon Anderson, Robert Fripp, Andy Latimer, Peter Hammill, ou David Gilmour. Il y a toujours un moteur dans un groupe, même si évidemment chacun y va de ses petites idées ça et là. The Flower Kings est mon groupe, un peu comme King Crimson est celui de Robert Fripp, c'est-à-dire que chacun est libre, mais en tant que "Capitaine", c'est moi qui prends les grandes décisions et assume les risques financiers.
Tes compositions consistent généralement en une succession de nombreux thèmes mélodiques. Comment fais-tu pour rendre le tout cohérent ?
Eh bien, j'essaie de partir d'un thème vraiment solide, et à partir de là bâtir des extensions, et des variations. Je comprends qu'il soit parfois difficile pour l'auditeur de s'y retrouver, de saisir la logique inhérente aux morceaux. Parfois c'est trop complexe, et personne n'arrive à entendre le thème de base sous les arrangements ! Je suis très fier du morceau "Humanizzimo" sur The Flower King, qui est un très bon exemple de ce que je viens de dire, avec un thème de base qui revient à plusieurs reprises au cours de la suite. Si l'on écoute de façon superficielle, les passages semblent se succéder de façon aléatoire, mais en réalité c'est très pensé. J'ai passé des mois et des mois à arranger ce morceau !
A quel accueil t'attends-tu pour ce nouvel album ? Penses-tu que certaines personnes l'aimeront plus, ou moins, que The Flower King ?
Je ne sais vraiment pas ! Je sais que les gens attendent beaucoup de ce disque, mais si je me préoccupais vraiment de ce genre de choses, je ne me serais pas foulé, et j'aurais simplement fait une copie de The Flower King ! En tant que musicien progressif, je me dois au contraire de tenter de nouvelles choses, et intégrer le fruit de ces expériences dans une musique héritée en grande partie des années 70. Le prochain album sera sans doute à nouveau très différent !
J'en suis encore au stade de la promotion pour l'instant, alors il est difficile de faire déjà un bilan. Mais les réactions jusqu'ici ont été vraiment très bonnes, pour la musique comme le son, les musiciens ou la couverture. Certains m'ont dit que cet album est moins commercial, et je suis assez d'accord. Je crois qu'il faut quelques écoutes de plus pour vraiment "rentrer" dans la musique. D'un autre côté, les ventes, pour les premières semaines, sont meilleures que celles de The Flower King. Incroyable !
Tu parles d'un album "moins commercial". Que dire alors du morceau "My Cosmic Lover" ? S'agit-il d'un morceau "pour rire", ou d'une tentative de "single" pour passer à la radio ?
Non. C'est sûr, le rythme donne un côté "commercial" à cette chanson, mais le sujet est assez sérieux. Les textes parlent de tous ces gourous et autres sectes qui escroquent et embrigadent des gens souvent très jeunes, des expériences qui se terminent souvent de manière catastrophique. Alors attention, jeunes gens ! Ne les laissez pas vous prendre votre argent et votre esprit ! N'oubliez pas les Dix Commandements !
L'album de reformation de Kaipa est-il toujours prévu pour bientôt ?
Hélas non. Je ne m'en préoccupe pas trop en ce moment, et je n'ai pas vraiment le contrôle du projet. Nous avons de bonnes compositions, prêtes à être enregistrées, mais cet album ne paraît pas être une priorité pour qui que ce soit. Alors je me consacre plus à mon propre groupe; j'ai d'autres projets de disques, de concerts (peut-être une tournée européenne l'été prochain ?)... Tomas prépare son premier album solo, qui sortira sur mon label, Foxtrot. C'est du rock progressif à dominante claviers, dans la lignée d'ELP, Genesis ou Happy The Man... et des Flower Kings, évidemment ! Je peux vous garantir que ça sera très bon ! Pour terminer sur Kaipa, j'espère que l'album sera enregistré l'été prochain...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°14 - Hiver 1995-96)

