BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. Check In (1:37)
2. Monsters & Men (21:21)
3. Jealousy (3:22)
4. Hit Me With A Hit (5:32)
5. Pioneers Of Aviation (7:49)
6. Lucy Had A Dream (5:28)
7. Bavarian Skies (6:34)
8. Selfconsuming Fire (5:49)
9. Mommy Leave The Light On (4:38)
10. End On A High Note (10:43)

CD 2 :
1. Minor Giant Steps (12:12)
2. Touch My Heaven (6:08)
3. The Unorthodox Dancinglesson (5:24)
4. Man Of The World (5:55)
5. Life Will Kill You (7:03)
6. The Way The Waters Are Moving (3:12)
7. What If God Is Alone (6:58)
8. Paradox Hotel (6:29)
9. Blue Planet (9:42)

FORMATION :

Roine Stolt

(guitare, chant)

Tomas Bodin

(claviers, chœurs)

Hans Fröberg

(chant, guitare)

Hasse Bruniusson

(marimba, percussions)

Jonas Reingold

(basse, guitare acoustique, chant)

Marcus Liliequist

(batterie, percussions, chœurs)

The FLOWER KINGS

"Paradox Hotel"

Suède - 2006

Inside Out - 72:57 / 63:07

 

 

Si Adam & Eve célébrait les 10 ans de carrière des Flower Kings (en incluant l'album éponyme, sortie en 1994 sous le seul nom de Roine Stolt), son successeur s'avère quant à lui leur dixième opus studio. Un peu comme si le groupe suédois cherchait à battre un record, quel qu'il fut, à chaque nouvelle livraison, afin d'intégrer dès que possible les pages du célèbre Livre Guiness... Paradox Hotel, offert une nouvelle fois sous la forme d'un double-CD gorgé de musique, devient alors une formidable aubaine pour effectuer un inventaire des forces et faiblesses présentes actuellement dans l'art si fécond des Flower Kings...

Il suffit de relire les différentes chroniques de Big Bang consacrées à la formation Scandinave pour constater que tout a été dit sur elle. Et il ne serait pas absurde qui plus est (voire tentant) d'effectuer quelques savoureux 'copier-coller' ici pour rendre compte de Paradox Hotel. Car bon nombre des assertions (positives ou négatives) concernant les opus précédents apparaissent ici une nouvelle fois fondées. Est-ce à dire que les Flower Kings n'avancent plus (pas, corrigeront les plus critiques d'entre nous), et se contentent de nous resservir des plats concoctés à partir des mêmes recettes depuis plus d'une décennie ? Non, sommes-nous tentés de répondre à brûle-pourpoint, mais la question mérite d'être posée, ne serait-ce que pour tenter de lui apporter un (éventuel et explicite) démenti. Dans le même temps, la réalité d'une base fondatrice dans l'art de nos chers Suédois ne fait aucun doute, ce qui peut légitimer le débat et le renouveler de manière incessante...

Au niveau des évidences, il convient de noter combien les Flower Kings sont devenus la figure de proue naturelle du courant progressif. Aucune autre formation ne peut légitimement venir lui contester ce statut, tant le groupe Suédois maîtrise son art et la manière de nous l'exposer... Avant quelque terme que ce soit, "professionnalisme" apparaît comme celui qui caractérise le mieux aujourd'hui la manière de fonctionner de Roine Stolt (surtout) et de ses acolytes. On peut certes ne pas considérer leur musique comme la plus aboutie, la plus enthousiasmante ou encore la plus novatrice de notre mouvement, mais lui contester sa haute technicité, son écriture soignée et sa pureté formelle serait faire preuve d'une fourberie (ou pire, d'un fourvoiement) sans nom...

Ce constat doit évidemment nous faire relativiser tout jugement émis par la suite, quel qu'il soit et a fortiori s'il devait s'avérer négatif ou réservé. Car n'importe quelle autre formation proposant ce Paradox Hotel serait accueillie au sein de notre microcosme comme une formidable révélation, immédiatement vénérée par le plus grand nombre. Un statut s'avère donc un atout aussi bien qu'un devoir vis-à-vis du public, paradoxal lui aussi car avide tout autant de changements que de repères rassurants... Reste à savoir dans quelle mesure Paradox Hotel permet à son auteur de poursuivre (ou non) une marche en avant, en terme de carrière tout au moins...

Premier constat : Paradox Hotel offre à peu près les mêmes caractéristiques que ses devanciers... Une nouvelle fois, cet opus apparaît comme un melting-pot chamarré et foisonnant. Si les différents éléments qui constituent la musique du groupe depuis longtemps (prog, pop, psyché, heavy, jazz, ambient...) sont encore et toujours recensés, la dimension symphonique redevient ici hégémonique. Le groupe adore visiblement jouer au yo-yo (à moins que ce ne soit le ping-pong, comme le suggère le petit gag sonore qui ouvre l'album, clin-d'œil au Retropolis d'il y a dix ans), ce qui ne facilite pas l'appréhension de ses œuvres, même si cela engendre une certaine surprise au final. Tout est donc ici question de tendance et d'équilibre, et nul doute que ceux qui voient en Stardust We Are le sommet de l'œuvre des Flower Kings considéreront ce Paradox Hotel comme une indéniable réussite. Il faut dire que celui-ci démarre sur les chapeaux de roues avec (juste après une courte introduction signée Bodin) une suite (le plus long titre des deux CD avec ses 21 minutes) qui ne se prive pas de nous offrir des mélodies mémorables, à même de cibler les différents éléments qui la structurent. "Monsters & Men" s'avère donc bel et bien une longue pièce à rebondissements, qui ne masque aucunement ses faiblesses par quelques coups d'éclat tape-à-l'œil et joue au contraire la carte de l'accessibilité au détriment d'arrangements un peu trop envahissants. Voilà ainsi le premier enseignement d'un album, qui va apparaître très vite bien moins "surproduit" que ses proches devanciers, offrant à ses auditeurs une musique plus immédiate (sans connotation péjorative) et plus facilement identifiable.

Récurrence malheureuse, Paradox Hotel aurait tout aussi bien pu se priver de quelques-uns de ses morceaux les moins indispensables pour ne former qu'un CD simple, plus à même de se laisser écouter d'une traite., et surtout de n'offrir que le meilleur de l'inspiration débordante de son auteur. On demeure malgré tout assez loin de la complaisance à laquelle s'est laissé aller Roine Stolt sur son dernier opus solo (le controversé Wall Street Voodoo, que d'aucuns adorent et que d'autres détestent), l'ensemble trouvant heureusement ici une légitimité bien plus organique, car étant dépourvu d'un quelconque "ventre mou" dévastateur. Simplement, la dématérialisation actuelle (à cause du mp3 et d'Internet) de la musique trouve dans la dilution des albums une sorte de justification pernicieuse; si le CD (et le développement des home-studios) a permis aux groupes de se libérer de tout carcan temporel, géographique et financier, cette nouvelle manière de "consommer" de la musique devrait finalement les conduire à davantage de sévérité à l'égard de leurs propres compositions. Rassurez-vous néanmoins, dans le cas des Flower Kings, Paradox Hotel est certainement l'album qui souffre le moins de ce délayage intempestif. Hormis quelques morceaux ("Jealousy", "Lucy Had A Dream") plus dispensables mais aucunement rédhibitoires (simplement, ils font que le soufflet retombe de temps à autres), ce premier CD s'écoute en continu avec un plaisir qui ne se dément jamais, notamment grâce à "Pioneers Of Aviation", instrumental de 8 minutes qui voit les musiciens tomber la veste et se mettre à l'aise pour délivrer une musique charnelle faite de solos successifs et d'ambiances envoûtantes, ou "End On A High Note" qui clôt le premier chapitre sur un "happy end" festif et entraînant que la guitare de Stolt dirige avec maestria, secondée par les volutes synthétiques d'un Bodin en apesanteur.

Le second CD démarre aussi bien que le premier avait terminé, avec le très 'yessien' "Minor Giant Steps", assez proche en effet d'un "Mind Drive" dans sa construction et ses acrobaties guitaristiques. Evidemment, au niveau des parties vocales, Roine Stolt n'est pas Jon Anderson, bien que son chant (moins forcé que par le passé) apparaisse ici particulièrement émouvant. L'occasion nous est donnée de regretter l'apport, en ce domaine, d'un Daniel Gildenlöw (cf. entretien ci-après), dont le talent n'est plus à démontrer et qui, malgré son implication marginale au sein du groupe suédois, en constituait néanmoins un atout de poids. Quoi qu'il en soit, les Flower Kings ont su parfaitement combler cette défection, et semblent avides de nous offrir des compositions élégantes, dont le soin et la sophistication sont certainement venus compenser la moindre complexité. En ce sens, le seul titre signé (exclusivement) Bodin (exception faite de la plage introductive durant à peine 1:30) démontre la convivialité qui doit régner au sein du groupe : "Touch My Heaven" développe en effet des ambiances mystérieuses et polaires (très suédoises somme toute !) avant d'offrir à Roine Stolt son plus beau solo de l'album, solo que David Gilmour aurait certainement aimé interpréter sur son On An Island. Un paradoxe de plus, qui voit Bodin mettre son acolyte en valeur de la plus belle des manières. A ce propos, il convient de signaler la forte présence des interventions solistes de Stolt et Bodin, et de la forte intensité mélodique de ce Paradox Hotel. Cependant, ce second CD, lui non plus, n'évite pas quelques temps morts : essentiellement "The Way The Waters Are Moving", ballade langoureuse qui n'apporte pas grand-chose si ce n'est de nous rappeler que Stolt, malgré les progrès évoqués plus haut, est bien meilleur guitariste que chanteur, mais aussi le rock et rauque "Paradox Hotel", tout juste sauvé de l'ennui par un pont instrumental pour le coup superbe. Mais les différentes compositions recensées sur ce second volume permettent surtout de surfer sur les différentes aspirations du groupe, avec l'instrumental "Unorthodox Dancing Lesson" (titre typiquement 'stoltien') qui délivre quelques légères expérimentations (dont un clin-d'œil amusant au riff de "Larks' Tongues In Aspic"), le musclé et entêtant "Life Will Kill You" (signé par le seul Hans Fröberg) ou encore le délicieux "Blue Planet" qui clôt Paradox Hotel de la meilleure des manières. Ce titre reprend d'entrée à son compte un thème (magnifique) évoqué sur "Monsters & Men" et égrené par Bodin au piano avant que Stolt ne s'égosille délicatement. Le ton est donné, et la conclusion toute trouvée : "Blue Planet", au titre évocateur, s'écoule sur plus de 9 minutes en récitant un progressif duveteux et très visuel, et s'avère somme toute le parfait résumé d'un opus aux velléités symphoniques évidentes.

Paradox Hotel apparaît clairement, au final, comme un retour aux sources pour les Flower Kings, avides de renouer avec leur premier public, celui qu'ils ont su fidéliser au fil du temps malgré leur relative versatilité stylistique ou encore leurs quelques élans mégalomaniaques. "Le mieux est l'ennemi du bien", dit un adage populaire qui semble souvent applicable à Roine Stolt et ses amis, notamment dans leur volonté, ici encore prise en défaut, d'inonder le marché progressif de leur bouillonnante créativité. Imaginez par exemple une seconde une nouvelle version de Close To The Edge, à laquelle Yes aurait adjoint quelques morceaux de Tormato... Forcément, sa cohérence et son impact seraient moindres. Dans le cas de Paradox Hotel, on peut ressentir quelque peu ce sentiment, et considérer avec regret ce qu'auraient donné ses 80 meilleures minutes. Car cet opus, soyons clairs, s'avère malgré tout une franche et incontestable réussite, sonnant le retour de ses auteurs à une veine symphonique, qui permet (enfin) de redonner aux présentes compositions une réalité mélodique plus à même d'être identifiées clairement par l'auditeur. Evidemment, ce jugement n'engage que moi, fidèle adepte des premiers opus du groupe Suédois (et de quelques unes de ses compositions ultérieures). Mais retrouver les Flower Kings sans fard ni démesure me rappelle (et ce sera certainement le cas pour beaucoup d'entre vous, j'imagine) combien leur talent s'avère exceptionnel. L'époque dans laquelle cette formation évolue ne lui permettra certainement jamais d'exprimer pleinement son incroyable potentiel (la pression du succès justement peut inviter à davantage d'exigence), et encore moins d'atteindre une notoriété comparable à celle d'un Yes par exemple, mais l'année 2006 devrait néanmoins s'avérer celle du passage d'un cap pour les Flower Kings, celui non pas de la maturité mais d'une prise de conscience salvatrice quant à la réalité de ses aspirations artistiques...

Olivier PELLETANT

Entretien avec Roine STOLT :

Peux-tu pour commencer nous endire un peu plus sur le concept de Paradox Hotel, et nous parler de la pochette, dont le style "bande dessinée" tranche singulièrement avec celui des précédentes... ?

L'idée de départ, c'était que nous allions laisser vivre et se développer ces chansons et les histoires qu'elles racontent dans le cadre de cet hôtel. Tous les gens qu'on aperçoit sur la pochette y ont séjourné à un moment ou à un autre. Cet hôtel est une métaphore de l'existence humaine sur cette planète, et le moins que l'on puisse dire est qu'elle est paradoxale ! Nous n'arrivons pas à comprendre pourquoi les choses se passent de cette manière, tout semble tellement contradictoire... J'aime bien les histoires que ces gens racontent dans les chansons - elles sont toutes fictives, plus que dans nos albums passés, mais il n'empêche qu'elles délivrent des messages, même s'ils sont exprimés de manière moins directe.

Quant à la pochette et à son style naïf, nous avions envie de nous éloigner un peu de l'imagerie utilisée par la plupart des groupes progressifs actuels, qui est souvent un peu trop sérieuse, pour ne pas dire prétentieuse. De ce point de vue, il était amusant d'inclure les membres du groupe dans ce dessin : nous n'avions jamais figuré sur nos pochettes précédentes, donc ça avait un côté inédit pour nous (ndlr : Roine Stolt oublie celle de Stardust We Are).

Depuis une dizaine d'années, les Flower Kings alternent albums simples et doubles. Selon quels critères décidez-vous de faire plutôt un double qu'un simple ? Lorsque vous sortez un album simple, est-ce parce que vous pensez que certains peuvent trouver que deux heures, c'est trop long, trop de musique à digérer d'un coup ? Notons que ce n'est visiblement pas ton sentiment actuellement, puisque ce nouvel album sort quelques mois à peine après ton propre double-CD !

Très honnêtement, nous ne réfléchissons pas tant que ça à ces choses. Ca se fait assez naturellement. Cette fois, il s'est trouvé que nous avions réuni beaucoup de matière, et qu'il y en aurait assez pour - au moins ! - un double CD. Nous n'avons jamais envisagé le double-album comme une manière de faire du remplissage. A chaque fois, la motivation est purement musicale : nous avons simplement besoin d'espace. Jusqu'ici, les fans du groupe semblent nous suivre, car les doubles sont les mieux vendus parmi nos albums, même si Adam & Eve fait exception : c'est notre plus gros succès à ce jour...

Les Flower Kings sont indéniablement le groupe le plus productif de la scène progressive actuelle. Contrairement aux années 70, il est devenu rare de voir un groupe publier chaque année un nouvel album. Occuper le terrain discographique, est-ce une priorité pour vous ? Ou aimeriez-vous passer plus de temps sur la route ?

Nous essayons de faire les deux : tourner et enregistrer. Personnellement, les deux choses me plaisent. Plusieurs d'entre nous, dans ce groupe, sont également des compositeurs prolifiques, et c'est pourquoi nous sommes tous impliqués dans des projets parallèles. Nous n'avons pas à nous forcer pour enregistrer autant, même si ça nécessite beaucoup de travail et beaucoup de temps. Certains morceaux ne me prennent qu'une demi-heure à écrire, mais il faut parfois plusieurs semaines pour les enregistrer ! A l'inverse, d'autres nécessitent un travail d'écriture plus long, mais ils ne sont pas forcément meilleurs pour autant !

Es-tu d'accord si l'on te dit que Paradox Hotel marque plutôt un retour à la veine "symphonique" d'albums comme Stardust We Are ou Flower Power, en comparaison de Unfold The Future ou Adam & Eve ? L'ambiance générale est plus sereine et lyrique. Pourquoi ce choix ?

Je suis d'accord, cet album est plus proche de Stardust et Flower Power. Nous voulions revenir à un son plus "organique". C'est pourquoi nous avons enregistré "à l'ancienne", en mettant la technologie au second plan. Tout est joué "en temps réel", sans "click" [métronome électronique, ndlr], bref tout est "live", avec seulement quelques re-re. Je pense que le DVD Meet The Flower Kings et le CD Alive ont montré que les versions live de nos morceaux pouvaient être meilleures que celles enregistrées en studio. Avec Paradox Hotel je voulais retrouver ce côté plus "humain" et spontané. Les Flower Kings sont un vrai groupe, pas seulement un "projet" : ça fait maintenant dix ans que nous jouons ensemble, et ça se sent. En plus de cela, je pense que l'impact mélodique et émotionnel des morceaux de Paradox Hotel est plus immédiat, alors que certaines choses sur Adam & Eve étaient sans doute un peu trop sophistiquées, si bien que certaines personnes sont passées un peu "à côté"...

Ces dernières années, Daniel Gildenlöw de Pain Of Salvation semblait s'être intégré au groupe. Ce n'est plus le cas actuellement? Avez-vous décidé de revenir à un quintette ? Par ailleurs, peux-tu nous dire quelques mots sur le nouveau batteur, Marcus ?

Le problème que nous avons eu avec Daniel, c'est qu'il était fermement opposé aux nouvelles règles imposées par les États-Unis en matière de visas. Il est désormais obligatoire de laisser son empreinte digitale pour entrer dans le pays, et Daniel refuse de se soumettre à cette obligation. Je dois avouer que je partage son opinion sur le fond, mais je n'ai pas le choix, nous ne pouvons pas nous priver de tourner aux États-Unis. Ca nous laisse dans une situation un peu délicate, car ne pouvant pas tourner avec Daniel, il parît un peu absurde qu'il participe à nos disques. Donc, pour le moment, Daniel ne participe pas du tout au groupe, ce que je regrette évidemment...

Quant à Marcus, c'est un jeune musicien très professionnel, qui n'a certes pas le savoir-faire jazz de Zoltan, mais qui est plus stable et régulier au niveau de l'assise rythmique. Je le comparerais à Phil Collins, là où Zoltan était plus proche, par exemple, de Vinnie Colaiuta [ex-batteur de Zappa, Sting, Allan Holdsworth..., ndlr]. Tous deux sont d'excellents instrumentistes, mais Marcus convient mieux au groupe de par sa personnalité et son respect des arrangements. Il chante aussi très bien, et nous espérons qu'il le fera en concert, y compris pour certaines parties en voix principale.

Le répertoire de vos concerts est très variable, pour ne pas dire imprévisible : en plus des morceaux du dernier album en date, pas toujours très nombreux, vous piochez librement dans les précédents, sans qu'il ne semble y avoir de morceau "incontournable". As-tu l'impression que vous êtes différents de ce point de vue des autres groupes, qui généralement se sentent obligés de jouer tel ou tel morcreau ?

Nous essayons de varier la setlist autant que possible, afin de ne pas lasser notre public... Mais évidemment certains morceaux, comme le final de "Stardust We Are", sont quasiment inamovibles, et d'autres comme "Church Of Your Heart" ou certains passages de "Garden Of Dreams", ont été souvent joués. Mais nous essayons d'introduire certains changements, d'inclure des choses plus improvisées, afin de conserver une certaine fraîcheur, et d'arriver à présenter un concert de deux heures qui soit intéressant d'un bout à l'autre.

L'an dernier, une version instrumentale des Flower Kings a effectué une petite tournée européenne, qui n'est hélas pas passée par la France, mais dont un CD live, sous le nom de Circus Brimstone, est venu témoigner. Pourquoi cette idée, et allez-vous rééditer cette expérience ?

Il n'est pas impossible qu'il y ait un jour un album studio de Circus Brimstone. Le live s'est bien vendu et les réactions sont très enthousiastes. Donc oui, d'autres disques et d'autres tournées sont envisageables. Je pense que le style propre du groupe pourrait s'affirmer davantage - moins symphonique, plutôt un mélange de rythmes afro, d'agressivité crimsonienne et d'improvisations groovy et synthétiques à la Weather report... Mais il restera quand même une base plus purement progressive.

Pendant quelques années, tu as multiplié les projets parallèles - TransAtlantic, Kaipa, The Tangent... Pourquoi as-tu finalement choisi de les quitter ? D'autres collaborations de ce genre sont-elles envisagées, ou souhaites-tu te concentrer sur les Flower Kings et tes activités en solo ?

Pour transAtlantic, le groupe a été mis en veilleuse du fait des préoccupations religieuses de Neal Morse. J'ai quitté Kaipa parce que je ne trouvais pas que cette collaboration fonctionnait, ça n'allait pas dans la direction symphonique que j'envisageais. Enfin, pour The Tangent, je suis parti car je n'y étais pas vraiment à ma place dès le départ, et je ne pouvais pas m'engager sur des tournées à très petit budget. Je trouvais aussi que les perspectives musicales y étaient un peu restreintes pour moi, et en même temps je respectais le fait que c'était le groupe d'Andy Tillison. mais c'est le manque de temps qui a été la raison principale. J'ai préféré laisser Andy continuer sans moi et voler de ses propres ailes. J'ai besoin de plus de temps pour ma propre musique. J'ai passé beaucoup de temps à aider d'autres musiciens, je veux me consacrer désormais à mes projets à moi, et ceux-ci ne se limitent pas au rock progressif.

Après trente ans de carrière comme musicien professionnel et douze ans comme leader des Flower Kings, comment conçois-tu ton rôle de musicien "progressif" ? As-tu toujours l'ambition d'explorer de nouvelles voies, ou pourrais-tu te contenter d'oeuvrer dans un style aux contours bien définis ? Dans la scène musicale actuelle, quels artistes te semblent innovants et originaux ?

Pour moi, la qualité et l'impact émotionnel de la musique est plus important que son caractère "progressif" ou novateur. Je respecte et suis capable d'apprécier les artistes avant-gardistes ou extrêmes du jazz ou de la musique contemporaine, mais j'apprécie aussi les choses très simples si elles sont de bon goût et honnêtes et que les paroles sont intéressantes. Bien sûr, j'adore toujours le prog des années 70 comme Yes, ELP, King Crimson ou Genesis, mais chez moi j'écoute plutôt des choses comme Joni Mitchell, Miles Davis, Pat Metheny, Don Henley, Jackson Browne, Elvis Costello ou Paul McCartney. De la même manière, ma propre musique alterne des formes très simples et d'autres beaucoup plus expérimentales. Je suis ouvert à tout ! La seule chose que je veux éviter désormais, c'est de participer à des projets qui soient musicalement trop proches des Flower Kings. Ce goupe n'a pas vocation à rester immobile, nous devons continuer à essayer des choses nouvelles. Nous sommes un organisme vivant, pas un musée !

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°61 - Avril 2006)