BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Rhythm Of Life (0:32)
2. Retropolis (1:10)
3. Rhythm Of The Sea (6:12)
4. There Is More To This World (10:15)
5. Romancing The City (0:57)
6. The Melting Pot (5:45)
7. Silent Sorrow (7:42)
8. The Judas Kiss (7:43)
9. Retropolis By Night (3:18)
10. Flora Majora (6:50)
11. The Road Back Home (8:55)

FORMATION :

Roine Stolt

(chant, guitare, claviers)

Tomas Bodin

(claviers)

Michael Stolt

(basse)

Hasse Bruniusson

(percussions)

Jaime Salazar

(batterie, percussions)

The FLOWER KINGS

"Retropolis"

Suède - 1996

Foxtrot Records (réédit. Inside Out) - 68:51

 

 


Difficile pour moi de trouver une idée vraiment originale pour introduire la chronique de ce nouvel album de Roine Stolt et son groupe... La facilité m'inciterait à mettre en avant le fait que Retropolis ne suit Back In The World Of Adventures que de six mois, et que le guitariste suédois est donc l'un des artistes progressifs les plus inspirés du moment... Bref, des platitudes sans intérêt que je préfère vous épargner.

Roine Stolt présente Retropolis comme un concept-album, chose étonnante lorsque l'on sait que ce CD se voulait au départ une compilation de morceaux écrits à diverses époques (de la fin des années 70 à aujourd'hui). A y regarder de plus près, et en multipliant les écoutes, il s'avère que ce concept un peu flou n'a d'autre but que de tenter de donner une cohérence à un ensemble qui en est en fait dénué.

En gros, il y a dans Retropolis deux sortes de morceaux : ceux qui ont été écrits dans une optique progressive, et ceux qui ne l'ont pas été, mais auxquels Roine Stolt a tenté de donner, avec plus ou moins de réussite, une apparence plus ambitieuse. Malheureusement, dans certains cas, le subterfuge ne fait guère illusion. Ainsi, "Silent Sorrow" (7:42) et "The Judas Kiss" (7:43), malgré de très bons développements instrumentaux, ne parviennent guère à dissimuler leur origine rock FM (rythmes faciles, refrains accrocheurs...). "Rhythm Of The Sea" (6:12) s'avère en revanche plus séduisant, voire émouvant, peut-être parce qu'il ne cherche pas à nous leurrer. Enfin, "There Is More To This World" (10:15), le seul de ces titres dont la "progressivisation" soit vraiment réussie, tire sa force d'envolées symphoniques grandioses, de l'intervention pleine de sensibilité de Hans Fröberg (chanteur du groupe de rock FM Suédois Solid Blue, déjà présent sur The Flower King) et d'un orgue Hammond particulièrement déluré.

Le reste de l'album est, pour sa part, tout à fait à la hauteur de ce que l'on peut attendre de mieux de nos cinq Suédois. A l'exception de "The Road Back Home" (8:55) qui clôt le CD sur une note émouvante (le solo de guitare final, très lyrique), ces titres sont totalement instrumentaux. Les Flower Kings y font la preuve qu'ils peuvent désormais tout se permettre, forts de compétences techniques et d'une aisance inégalées sur la scène progressive actuelle. Semblant sans cesse se lancer des défis, sans que la virtuosité qui en résulte paraisse le moins du monde prétentieuse, ils font passer dans leur musique un enthousiasme communicatif, avec même quelques clins d'œil humoristiques (citations de mélodies issues d'autres morceaux, bruitages drôles ou grotesques...).

"Retropolis" (11:10), le titre d'ouverture de l'album, formidable patchwork d'idées toutes plus séduisantes les unes que les autres (ouverture grandiloquente à la Genesis, envolées guitaristiques débridées, interlude électronique à la Kalaban, séquence orchestrale quasi-classique, sans oublier le bon vieux Mellotron indispensable pour la touche Scandinave) est la preuve la plus éloquente de cette maturité qui ouvre le groupe à toutes sortes d'horizons nouveaux. Introduit par une très belle improvisation pianistique de Tomas Bodin, "The Melting Pot" (5:45) fait d'ailleurs une incursion fort réussie du côté des musiques orientales, avec le fidèle Ulf Wallander et son saxophone soprano dans le rôle du charmeur de serpents, tout en conservant une inaliénable identité "Flower Kings". Enfin, "Flora Majora" (6:50) est une 'chute' de The Flower King, qui n'avait pu être incluse dans l'album pour des questions de place. On peut noter à ce propos que "Scanning The Greenhouse", qui terminait cet album en compilant les mélodies de ses différents titres, comprenait justement celle de "Flora Majora". La boucle est donc bouclée, avec cet instrumental par ailleurs excellent (qui se permet au passage un petit hommage aux effets stéréo primitifs des années 60 batterie d'un côté, le reste de l'autre !).

Du fait de sa disparité qualitative, Retropolis s'avère peut-être globalement moins réussi que ses deux prédécesseurs. Pas de "Pilgrim's Inn" ou "Theme For A Hero" ici. Néanmoins, un certain nombre de compositions qui figurent parmi les meilleures de cette trilogie. Et lorsque l'on constate que les titres les plus réussis de ce CD sont les plus récents, on se dit de toute façon que Roine Stolt n'a pas dit son dernier mot. D'ailleurs, mais ne le répétez surtout pas, il paraîtrait qu'il travaille déjà sur le prochain CD des Flower Kings...

Aymeric LEROY

Entretien avec Roine STOLT :

Tu nous avais annoncé un album composé de morceaux d'origines diverses... Pourtant, le livret mentionne un concept sous-tendant l'ensemble. Peux-tu nous en dire plus sur cette ville imaginaire de Retropolis ?

Il faudrait un numéro entier de Big Bang pour traiter ce sujet ! Pour rester simple, c'est ma façon d'exprimer une idée que j'ai eue, consistant à réunir dans un même cadre spatio-temporel des événements (historiques ou musicaux) ayant eu lieu à des époques et dans des lieux différents... Rien de sérieux là-dedans... Nous nous amusons avec un monde imaginaire que nous construisons progressivement, c'est tout ! :

Il y a quelques moments humoristiques, musicaux ou non, sur cet album. Est-ce pour vous une façon de contrebalancer le "sérieux" de compositions souvent complexes ?

Peut-être... Nous essayons surtout de mettre autant de notre personnalité que possible dans ce que nous faisons. Ceci inclut évidemment des blagues, des choses humoristiques, comme les craquements de vinyl sur "World Of Adventures", ou l'effet stéréo style Beatles sur "Flora Majora"...

Peux-tu, comme à ton habitude, nous détailler les origines des différents morceaux de Retropolis ?

Volontiers ! Il y a tout d'abord trois morceaux qui remontent a l'époque de mon groupe Stolt, en 1987, et que nous jouions alors sur scène : "There Is More To This World", "Silent Sorrow" et "The Judas Kiss". J'ai également dépoussiéré quelques idées remontant à l'époque de Fantasia, vers 1979-80, ce qui a donné "Flora Majora" (en fait enregistré lors des sessions de The Flower King, mais non inclus faute de place; on en retrouve néanmoins la mélodie principale sur le medley "Scanning The Greenhouse") et les parties instrumentales de "The Road Back Home" (le reste datant de 1994). J'ai écrit "The Rhythm Of The Sea" en 1990. Les titres restants sont très récents : "The Melting Pot", écrit en janvier de cette année, "Retropolis", composé sur la fin des sessions, et les deux titres signés par Tomas, tous deux improvisés.

Comment se répartissent les rôles au sein du groupe ?

Généralement, nous arrivons très facilement à nous mettre d'accord sur la tournure a donner aux compositions. Je dirais cependant que Michael et Jaime apprécient les rythmiques plus efficaces, alors que Tomas, Hasse et moi adorons expérimenter et improviser. Mais nous avons tous une expérience et des connaissances musicales assez larges pour jouer à peu près n'importe quoi. Il y a vraiment beaucoup de "musicalité" dans les Flower Kings, et j'espère que ça se sentira de plus en plus. Pour l'instant, nous ne faisons qu'effleurer la surface...

N'est-ce pas un peu risqué, commercialement parlant, de faire débuter Retropolis par un titre instrumental de 11 minutes plutôt alambiqué ?

Ça l'est sans doute, mais nous aimions tous énormément ce titre, que j'avais de toute façon écrit avec l'idée d'en faire le morceau d'ouverture. C'est peut-être anti-commercial, en tout cas ça ne semble pas rebuter les gens, car le CD marche très bien. Donc je ne me pose pas trop de questions à ce sujet...

Quels sont vos projets immédiats ? Où en est l'album solo de Tomas Bodin ?

L'album de Tomas est quasiment prêt. C'est du rock symphonique, avec des influences comme ELP, Genesis ou Zappa. J'y joue ainsi que les autres membres des Flower Kings, et d'autres. C'est très puissant et totalement instrumental... Quant aux Flower Kings, je préfère ne rien dire sur le prochain album, car je risque d'être moi-même surpris par la tournure qu'il va prendre. En attendant, nous avons quelques concerts de prévus cet été.

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°16 - Été 1996)