
PISTES :
CD 1 :
1. In The Eyes Of The World (10:38)
2. A Room With A View (1:26)
3. Just This Once (7:53)
4. Church Of Your Heart (9:10)
5. Poor Mr. Rain's Ordinary Guitar (2:43)
6. The Man Who Walked With Kings (4:59)
7. Circus Brimstone (12:03)
8. Crying Clown (0:57)
9. Compassion (4:45)
CD 2 :
1. Pipes Of Peace (1:19)
2. The End Of Innocence (8:28)
3. The Merry-go-round (8:17)
4. Don Of The Universe (7:02)
5. A Day At The Mall (0:45)
6. Different People (6:19)
7. Kingdom Of Lies (5:48)
8. If 28 (2:15)
9. Ghost Of The Red Cloud (4:37)
10. Hotel Nirvana (1:49)
11. Stardust We Are (25:02)
FORMATION :
Roine Stolt
(chant, guitare, claviers)
Tomas Bodin
(claviers)
Michael Stolt
(basse)
Hans Fröberg
(chant)
Hasse Bruniusson
(percussions)
Jaime Salazar
(batterie)
The FLOWER KINGS
"Stardust We Are"
Suède - 1997
Foxtrot Records (réédit. Inside Out) - 54:34 / 71:41
Inutile de recourir à d'intenses séances de brainstorming : au risque de sembler en mal d'inspiration, on ne peut éviter de débuter cette chronique en constatant la dimension imposante de l'œuvre que Roine Stolt et son groupe nous proposent avec Stardust We Are... Il ne s'agit cependant pas de s'émerveiller béatement, ou avec dévotion, devant cet album fleuve : non, l'idée de départ consiste plutôt, d'une part à constater qu'aucun groupe ne s'est jusqu'alors lancé dans une entreprise d'une telle ampleur, et d'autre part à ne pas se laisser griser par cette démarche quelque peu mégalomane...
Stardust We Are, lors des premières attentions qu'on lui porte, semble bel et bien dépasser l'entendement. Impossible de trancher en effet cette question que l'on ressasse sans fin : cathédrale gracieuse et gigantesque, ou gratte-ciel anachronique frisant le gigantisme ??? C'est seulement avec davantage de recul que l'on peut émettre un avis un tant soit peu valable, tout en conservant constamment à l'esprit l'idée que seul le temps peut faire de cet événement un chef-d'œuvre ou un miroir aux alouettes...
Qu'on se le dise : deux heures et dix minutes de musique inédite, c'est tout à fait extraordinaire et sans précèdent. A titre de comparaison, les Tales From Topographic Oceans, The Lamb Lies Down On Broadway ou autres Incantations sont bel et bien largement dépassés... Ce double CD est d'ailleurs en durée l'équivalent d'un triple-album vinyle... Roine Stolt et sa bande nous avaient certes habitués à l'utilisation maximale du support numérique sur leurs précédents albums, mais aujourd'hui ils doublent carrément la mise ! Quelle frénésie créatrice, surtout quand on se rappelle que Retropolis (certes basé pour l'essentiel sur des compositions anciennes) n'a vu le jour qu'il y a un an à peine...
Maintenant, il s'agit de ne pas se voiler la face. Cette productivité, même si elle s'avère impressionnante, n'est pas sans risque. Nombre de groupes étirent bien inutilement leurs travaux pour atteindre les 70 minutes autorisées quand 50 auraient suffi. Car il convient de ne pas oublier qu'unité et densité sont des dimensions indispensables pour prétendre à une totale réussite. De plus, cette activité débordante comporte un autre danger, celui de lasser, si elle n'a pas pour corollaire une qualité, sinon ascendante, du moins constante. Roine Stolt ne peut, si l'on peut dire, se 'contenter' de sortir un album par an, il lui faut aussi et surtout prévenir toute lassitude de la part de son public.
Car on peut légitimement douter a priori que la totalité des compositions de Stardust We Are soit du plus vif intérêt. Et quand bien même ce serait le cas, il n'est pas pour autant aisé de rendre leur écoute attractive...
Nous nous trouvons donc projetés ici au cœur d'une espèce de fête foraine : le plaisir d'être confrontés à des attractions inconnues, émouvantes et extravagantes rencontre simultanément la crainte d'être pris pour des pigeons que l'on aspergerait de poudre aux yeux...
Cette crainte légitime éprouvée face à un tel pavé trouve immanquablement matière à se justifier lors des premières écoutes... Le sentiment de malaise de ne pouvoir appréhender l'œuvre dans sa globalité se double tout de suite de celui, plus complexe et abstrait, de ne pas trouver ce qu'on attend (ce qu'on connaît de meilleur chez les Flower Kings) et ce qu'on attend pas (de la surprise). Aucune avancée significative ne semble se dessiner : impression bien curieuse que celle-ci, fut-elle embryonnaire... Cela dit, les spécificités du groupe imprègnent bel et bien l'ensemble des deux CD, et, plus que jamais, on peut parler d'un style propre. Néanmoins, il se dégage de ces premières auditions une question précise et troublante : la musique de Stardust We Are est-elle justement prisonnière de ses particularités ?...
Évidemment, au premier rang de ces dernières, on trouve la prédominance de la guitare et du phrasé si caractéristique de Roine Stolt. Depuis la parution de son premier album solo, on sait mieux désormais ce dont Tomas Bodin est capable aux claviers (et aux compositions !); on s'étonne donc peut-être plus qu'avant de ne pas le sentir plus présent pour équilibrer davantage l'instrumentation (il est en effet dommage de ne pas le voir s'engager plus souvent dans de véritables solos, même si son apport dans les arrangements est considérable et superbe...).
D'autre part, quelques compositions (sur le second CD en particulier) semblent s'imposer avec une facilité suspecte, nous faisant craindre des préoccupations moins progressives qu'hier... Et même si les morceaux ambitieux semblent largement majoritaires, le doute de la facilité persiste un peu.
En multipliant les écoutes, on prend néanmoins rapidement conscience (plus encore que sur les albums précédents) que ces impressions de départ sont des plus relatives... Roine Stolt est un être d'une rare intelligence, qui a bien entendu pris conscience (avant même qu'elles soient émises) de ces inévitables critiques formelles pour les contourner avec un machiavélisme redoutable, et qui laisse surtout pantois d'admiration. Le père des Flower Kings est en effet un fin stratège qui a fait de ce nouvel album un lieu d'expérimentation de ses aspirations artistiques.
L'unité de Stardust We Are tient ainsi, assez paradoxalement, à la diversité, intrinsèque comme relative, de ses composantes... La plupart des morceaux (les plus longs notamment) sont fidèles à la forme kaléidoscopique qu'affectionne Roine depuis The Flower King. Partant généralement de chansons somme toute assez conventionnellement 'rock', il n'a ensuite de cesse de pervertir ces schémas fondamentaux, se servant en quelque sorte de leur accessibilité de façade comme d'un tremplin qui nous propulse ensuite vers des contrées bien plus passionnantes. Ces dernières prennent le plus souvent la forme de séquences instrumentales, celles-ci constituant encore et toujours le cœur progressif de l'œuvre...
On peut voir dans cette méthode de composition une parabole de la philosophie artistique de Roine Stolt : attirer l'attention par l'accessibilité de séquences se conformant apparemment (et en apparence seulement) au format sécurisant du 'rock', pour mieux emmener l'auditeur sur des voies de traverse et leur faire goûter des sensations plus inédites et surtout plus fortes. C'est une attitude d'autant plus respectable qu'elle ne laisse personne de côté : si les amateurs de progressif audacieux et expérimental se délecteront par exemple d'un "Circus Brimstone", les accents FM de "Kingdom Of Lies" s'adressent au contraire à la frange opposée du public progressif, celui qui ne dédaigne pas une approche plus accrocheuse (comparable dans l'esprit à celle du Yes des années 80). Mais entre ces deux extrémités, il y a un espace conséquent, où pourra se rassembler la fraction la plus large du public progressif...
Comme la plupart des concept-albums, Stardust We Are trouve cependant sa principale réussite dans la synergie qui existe entre les morceaux, les meilleurs tirant logiquement les moins bons vers le haut. La logique peut néanmoins être retournée et consister à affirmer que les temps forts ne prennent leur réelle dimension qu'encadrés des moments moins intenses (le plus souvent atmosphériques). Impossible par conséquent, contrairement aux autres albums, d'effectuer sur sa platine une sélection. Il vous sera peut-être difficile de croire que sur une telle longueur, rien n'est à jeter, mais c'est pourtant bien la vérité. C'est bien dans son intégralité que cette œuvre immense (dans tous les sens du terme) va peu à peu dépasser le cap de l'excellence. Sa forme somme toute assez classique va en effet révéler une richesse insoupçonnée, due tout autant aux subtilités de l'écriture qu'à la force émotionnelle dégagée par son interprétation. Car Roine Stolt possède un talent de mélodiste hors du commun, insolent et bougrement prolifique...
Certains émettront sûrement quelque doute quant au chant, sachant qu'il s'agit là un peu du talon d'Achille du groupe (encore que ce soit plus une faiblesse relative qu'un véritable défaut). Et pourtant, même à ce niveau, il est difficile d'épingler Stardust We Are. Les arrangements vocaux, la complémentarité des deux préposés aux séquences chantées (Roine Stolt essentiellement, mais aussi Hans Fröberg) trouvent ici une plus grande diversité; et si l'on peut s'agacer par moments de quelques accents 'radiophoniques', on trouvera globalement un potentiel vocal bien élargi. La voix de Roine, à la fois plus belle et plus assurée (fruit d'un travail fourni et suivi), revêt de nouvelles couleurs; s'approchant parfois de celle de John Wetton, elle conserve sa fragilité et pimente ses interventions de délicieux accents rauques... Bref, il ne faut pas chercher ici la performance, mais plutôt de la sincérité et, plus encore peut-être, de la conviction.
De toute façon, le dosage titres chantés/instrumentaux s'avère plutôt équilibré, et relève à nouveau des dons de stratège de Roine. Ce dernier a en effet placé au début de chaque CD (les 20-30 premières minutes de chacun d'eux...) les morceaux les plus proches de son style habituel, ceux faisant cohabiter les deux approches fondatrices de son art : parties chantées, rock et accrocheuses, séquences instrumentales complexes et somptueuses. Puis, il développe séparément ces deux composantes, pour nous offrir sur le premier CD pas moins de 20 minutes instrumentales d'affilée, et les trois titres les plus accessibles du lot sur le second.
Les premières constituent indéniablement le point d'orgue de l'album, et sans doute celui de la discographie des Flower Kings. L'enchaînement du fabuleux "The Man Who Walked With Kings", digne successeur de "The Pilgrims' Inn", et de "Circus Brimstone", longue pièce aux multiples rebondissements, peut assurément figurer au Panthéon du rock progressif aux côtés de certaines œuvres de Yes, Genesis et consorts. Quant aux seconds, ils sont évidemment d'un intérêt progressif beaucoup plus relatif. Cette baisse de régime est toutefois aussi relative que temporaire, car ce second CD se termine en fanfare, avec... la suite titre de 25 minutes !
"Stardust We Are" (le morceau) est bel et bien l'apothéose de Stardust We Are (l'album). Le travail méticuleux de balisage mélodique, consistant à disséminer tout au long des deux CD, des fragments mélodiques (le plus souvent sous la forme d'apartés solitaires de Tomas Bodin, au piano, à l'orgue d'église...) que l'on retrouve finalement sur la suite finale, renforce à la fois l'impression d'unité d'ensemble, et le rôle primordial joué par ce feu d'artifice ultime. "Stardust We Are" prend alors des allures épurées et séduisantes de composition-bilan, qui résume à merveille (sans en être forcément le sommet, le cœur instrumental du premier CD étant au final plus à même de revendiquer ce titre) cette œuvre peine de maturité...
Un album qui se bonifie de la sorte au fil des écoutes est appelé le plus souvent à durer. Stardust We Are, vous l'avez compris, entre dans le cadre de ces œuvres véritables et devient même, par sa longueur inhabituelle, une sorte de corne d'abondance, source de plaisirs inépuisables.
Quand un risque aussi grand que celui-ci s'avère transformé en une aussi éclatante réussite, il faut se rendre à l'évidence : si seul le recul du temps peut en faire un chef-d'œuvre (envolé depuis bien longtemps, le miroir aux alouettes...), le présent par contre en fait déjà incontestablement un événement progressif (et musical, tout court...) historique !
Olivier PELLETANT et Laurent MÉTAYER
Entretien avec Roine STOLT :
Il est d'autant plus impressionnant de te voir sortir ce double-album que l'on peut supposer qu'il s'agit uniquement de compositions nouvelles, les plus anciennes ayant a priori été utilisées pour Retropolis...
Effectivement, il s'agit de compositions nouvelles. Mais certaines avaient quand même été écrites avant Retropolis. Simplement, j'ai préféré attendre quelque temps pour voir si elles tenaient toujours la route après plusieurs mois. Nous avons donc choisi d'enregistrer des morceaux plus anciens pour Retropolis, après avoir réécouté de vieilles démos des années 80 et trouvé quelques titres intéressants...
Le fait de sortir un double-album a-t-il été la conséquence d'une surabondance de compositions ou était-ce l'idée dès le départ ?
Un peu les deux, mais nous voulions vraiment faire un double-album, quelque chose de massif et de différent, qui ait un gros impact sur nos fans. Il y a beaucoup de groupes progressif actuellement, mais peu sont capables de produire un double-CD vraiment bon. Évidemment, nous savions qu'il nous serait difficile de faire deux heures de musique intéressante. Beaucoup de gens ont tenté de me dissuader d'essayer, me disant que c'était impossible, que les gens ne voudraient pas payer un double-CD, mais au lieu de me faire reculer ces arguments n'ont fait que me conforter dans mon idée. Nous sommes confiants, moi et les autres musiciens des Flower Kings, dans la musique que nous jouons, et nous ne sortirions jamais quelque chose que nous trouverions moyen, musicalement ou d'un point de vue sonore.
La dimension conceptuelle de Stardust We Are se situe-t-elle plutôt au niveau des textes ou de la musique ?
Je ne sais pas vraiment. Il est certain que la musique joue un rôle important dans la cohérence d'ensemble, par le biais des transitions, des ré-harmonisations de thèmes mélodiques, des répétitions de ces thèmes, des variations, des clins d'œil divers, etc. Pour des titres comme «If 28» ou «Pipes Of Peace», j'ai simplement demandé à Tomas d'improviser sur le thème de «Stardust We Are». Pour ce qui est des textes, je n'ai pas cherché à leur donner une ligne directrice commune, mais ils ont forcément des choses en commun, ne serait-ce que du fait que j'en suis le seul auteur. Mes textes traitent souvent de thèmes spirituels, de réflexions sur la vie... J'ai l'impression que tous les morceaux que nous avons enregistrés, et j'inclue même ceux des albums précédents, forment un ensemble plus large. Ce sont en quelque sorte des frères et sœurs. Peut-être ne sont-ils qu'une seule et unique chanson...
Il se dégage des textes un thème général, une sorte d'idéalisme exaltant les vertus de l'être humain, trop souvent occultées par son égoïsme et sa lâcheté. La dernière partie de la suite «Stardust We Are», très emphatique et positive, renforce cette impression. Peux-tu tenter de résumer le message délivré par l'album ?
C'est une question difficile. Je crois simplement que j'essaie de présenter ma vision personnelle de la nature humaine, et poser à moi-même et aux autres des questions importantes. Ces interrogations de nature spirituelle semblent plus d'actualité que jamais. J'ai l'impression que nous perdons le contrôle de nos propres vies. Trop souvent, nous sommes contraints par des facteurs économiques, aveuglés par des non-événements montés en épingle par la télévision, les médias, les jeux électroniques... Les spéculations boursières, la consommation à grande échelle de produits sans intérêt, les drogues, les sectes, les modes en tous genres... Tout ça donne l'impression que nous vivons dans un monde brutal et dangereux, sans pouvoir y faire quoi que ce soit d'autre que de se laisser entraîner dans ce flot de négativité, alors que ce monde est si beau et qu'en fait, il se passe beaucoup de choses très belles dont on ne parle pas assez. Les bonnes nouvelles n'intéressent personne. Elles n'ont aucune valeur marchande. Et pourtant... Chaque seconde, des bébés naissent, ils grandissent, ils connaissent les joies de l'enfance, ils apprennent des choses à l'école, à cohabiter avec d'autres êtres humains, ils tombent amoureux, ils rêvent d'une vie heureuse, ils vivent des expériences amoureuses merveilleuses qui, parfois, durent toute la vie... Et tout cela, gratuitement ! Les choses vraiment importantes n'ont rien à voir avec l'argent. Je ne dis pas que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il y a des choses terribles qui se passent, il y a des guerres un peu partout. Mais si l'on fait le compte, cette planète est dominée par la paix et par les gens paisibles. Ne nous laissons pas enfoncer dans la déprime par tout ce qu'il y a de mauvais sur cette Terre. L'amour règne toujours en maître. Ne croyez pas les médias, ils ne cherchent qu'à faire sensation, ils ne vivent pas dans le monde réel. Nous, oui. Nous ne tuons pas, nous ne volons pas. Nous essayons d'aimer notre prochain. Voilà ce que je tente d'exprimer dans mes textes.
Sur chacun des deux CD, tu sembles avoir voulu explorer des approches nouvelles, plus expérimentale sur le premier (l'instrumental «Circus Brimstone» en particulier), plus rock FM sur le second («Kingdom Of Lies» par exemple)...
Effectivement, nous voulions faire des choses plus pop ET plus 'avant-garde'. C'est une combinaison intéressante, à mon avis. Des groupes comme les Beatles, ELP, Yes ou King Crimson l'ont fait par le passé avec beaucoup de réussite. Beaucoup de groupes actuels s'enferment dans un rock progressif extrémiste et dissonant, et je pense qu'au bout du compte ça laisse l'auditeur vidé. Je trouve ça trop limité. Je préfère varier les plaisirs...
Comment finalises-tu les arrangements des morceaux ? Seul, ou lors des répétitions, avec les autres musiciens ?
En général, nous restons assez près de mes idées d'origine, d'autant que nous ne passons pas des semaines et des semaines tous ensemble en studio, hormis Tomas et moi. Généralement, ils sont contents de ce que nous leur proposons, d'autant que nous essayons de faire en sorte que les morceaux soient intéressants pour chacun. Évidemment, de temps en temps, chacun apporte des idées personnelles.
Tomas Bodin s'implique davantage d'album en album. Cette collaboration est-elle amenée à se développer davantage encore à l'avenir ?
Certainement... Peu importe ce que j'en pense, d'ailleurs (rires). Nous communiquons merveilleusement l'un avec l'autre, musicalement, et par ailleurs c'est un excellent musicien et un ami très proche depuis de nombreuses années. Donc ses idées sont toujours les bienvenues...
Le long instrumental «Circus Brimstone» est co-signé par toi et Tomas. Quels furent vos rôles respectifs dans sa composition ?
Ce morceau est né d'un bœuf à partir d'une séquence d'accords jouée au mellotron par nous deux. J'ai composé les thèmes principaux, Tomas a surtout trouvé les accords de la séquence romantique façon valse, l'interlude au mellotron-flûte et certaines parties de basse. J'ai écrit le thème en 7/8 avec les voix à l'envers et la partie finale orientalisante, et la plupart des autres mélodies et lignes de basse. Mais tout est né de ce bœuf en studio, donc je dirais que c'est vraiment une collaboration à égalité.
Hans Fröberg est désormais crédité comme membre du groupe à part entière. Par contre, Hans Bruniusson, qui l'est toujours, n'était pas présent lors du Progfest en mai dernier. L'un cède-t-il la place à l'autre ?
Non. Je ne sais pas très bien comment les choses vont évoluer, mais ce qui est sûr, c'est que Hans jouera avec le groupe en concert et en studio, et participera peut-être même à l'écriture car il fait cela très bien. Nous nous entendons à merveille, et il joue certaines de mes parties de guitare en concert. Hasse, pour sa part, a d'autres obligations professionnelles ces temps-ci, et nous ne savons pas très bien quand il pourra se joindre à nous à l'avenir. En tout cas, il ne participera pas à la tournée européenne de cet automne...
Le travail de production sur cet album est époustouflant, très coloré, à l'image de la superbe pochette. En comparaison, The Flower King paraît un peu pale de ce point de vue. Es-tu étonné de la tournure que prend le son du groupe ?
Pas vraiment. N'oubliez pas que, même si nous sommes un groupe, Tomas et moi sommes les seuls à prendre les grandes décisions musicales. J'écris l'essentiel de la musique. Le côté «fou» n'est pas, comme on pourrait le penser, le résultat d'une volonté du groupe. C'est la mienne, et dans une certaine mesure celle de Tomas. Notre musique est telle que nous pensions qu'elle doit être aujourd'hui, en 1997. Je pense toujours que The Flower King était une belle collection de morceaux. L'avenir dira ce qu'il faut en retenir. Les expérimentations, les arrangements fantaisistes, tout ça ne dure qu'un temps. Seules les mélodies ont un effet durable.
Dans l'immédiat, le groupe va donner des concerts un peu partout en Europe et notamment - croisons les doigts - à Paris le 18 octobre. D'autres projets ?
Ne vous inquiétez pas, je suis sûr à 100% que nous serons à Paris à la date prévue. Nous sommes impatients de faire cette tournée, même si nous sommes un peu tristes de ne pas avoir le temps de visiter Paris car notre planning est très, très serré. Nous allons tourner à travers l'Europe en octobre et décembre. En novembre, je vais enregistrer un album solo, «Brutally Strung», basé sur la guitare, dans une veine un peu expérimentale. Début 1998, nous commencerons l'enregistrement d'un second album de Tomas, de la musique d'église avec arrangements progressifs (!). Nous allons également sortir un album d'une claviériste, Merit Hemmingsson, accompagnée par les membres des Flower Kings, un très beau disque avec beaucoup d'orgue d'église, à mi-chemin entre la musique symphonique et du jazz à la ECM. Il est partiellement enregistré; nous allons enregistrer d'autres titres cet automne. Ensuite, nous aimerions sortir un album live et une vidéo live, enregistrés lors de nos concerts aux Etats-Unis et en Europe en 1997. Enfin, nous projetons de donner des concerts en Amérique du Nord et du Sud en mars et avril prochains. Nous avons reçu beaucoup d'offres intéressantes. Le prochain album studio des Flower Kings devrait sortir en septembre 1998. Il s'appellera Flower Power, et nous espérons pour l'occasion collaborer avec un orchestre de chambre. Nous croisons les doigts...
Entretien réalisé par Aymeric LEROY
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°21 - Juillet/Août 1997)

