
PISTES :
1. I Am The Sun - Part 1 (15:03)
2. Dream On Dreamer (2:43)
3. Rumble Fish Twist (8:06)
4. Monster Within (12:55)
5. Chicken Farmer Song (5:09)
6. Underdog (5:29)
7. You Don't Know What You've Got (2:39)
8. Slave To Money (7:30)
9. A King's Prayer (6:02)
10. I Am The Sun - Part 2 (10:48)
FORMATION :
Roine Stolt
(chant, guitare, claviers)
Tomas Bodin
(claviers)
Jonas Reingold
(basse)
Hans Fröberg
(chant)
Hasse Bruniusson
(percussions)
Ulf Wallander
(saxophone soprano)
The FLOWER KINGS
"Space Revolver"
Suède - 2000
Inside Out - 76:21
Alors, impatients de découvrir le nouvel album des Flower Kings ? Quoi ? Ah bon, pas tant que ça ?... Ne nous voilons pas la face, après les deux double-albums publiés coup sur coup par le groupe Suédois, la parution d'un CD simple revêt presque les apparences trompeuses d'un non-événement. Roine Stolt semble avoir épuisé ses idées marketing (le double-CD rempli à ras bord, puis le double-CD avec une suite d'une heure) et le retour sur terre est un peu difficile...
Mais tout ceci n'est-il pas, justement, que du marketing ? Et la musique ? Les albums des Flower Kings se suivent et, fatalement, se ressemblent beaucoup. Il est par conséquent facile - particulièrement lorsqu'on est chroniqueur - de se montrer un peu blasé, parce qu'il n'y a pas grand chose de fondamentalement nouveau à dire sur le groupe. Nous voici pourtant confrontés à une heure de musique totalement nouvelle : difficile de prétendre que l'ami Roine se repose sur ses lauriers. Au contraire, il travaille dur, et accueillir Space Revolver d'un haussement d'épaules serait pour le moins insultant.
Maintenant rétabli l'honneur a priori de cet album, examinons-le de plus près. Le titre, pour commencer. Il faut très certainement y voir (encore) une référence aux Beatles, influence déjà célébrée dans Flower Power (toute évocation du Summer of Love contient forcément un hommage implicite à Sgt.Pepper !), mais dirigée cette fois vers un album - Revolver (1966) donc - qui marquait les tout débuts des tentatives du groupe anglais pour briser les carcans de la 'pop-song'. A ce stade, cette émancipation tenait davantage à des idées de production (bandes passées à l'envers, effets sonores divers, instrumentations originales) qu'à une sophistication véritablement accrue dans l'écriture.
Les morceaux plus psychédéliques que progressifs qui agrémentent les albums des Flower Kings depuis Stardust We Are, et dont il faut bien avouer qu'ils n'ont guère suscité notre enthousiasme jusqu'ici, relèvent certainement de cette influence, et s'ils ne séduisent guère, cela ne tient pas tant à leur moindre ambition qu'à une inspiration mélodique souvent déficiente, comme si Roine Stolt était naturellement porté à donner le meilleur de lui-même dans un contexte purement progressif.
Cela n'a jamais été aussi vrai que sur Space Revolver, dont le tiers central, équivalent de ce point de vue d'une bonne partie du second CD de Flower Power, s'apparente bel et bien à un ventre mou, un long tunnel aux paysages musicaux mornes et monotones. Malgré sa durée alléchante, «Monster Within» s'essaie pendant près de 13 minutes à un amalgame souvent pénible des penchants les moins intéressants de Roine Stolt, le résultat étant un fouillis incohérent qui échoue même dans son ambition provocatrice. Suivent deux chansons psychédéliques indigentes - Stolt lui-même l'admet d'ailleurs assez franchement dans l'entretien ci-contre - avant que l'on ne touche le fond avec la contribution de Hans Fröberg, sorte de démo bâclée pour un album solo dont on souhaite qu'il se concrétise au plus vite pour que le chanteur (plaisant dans ce rôle par ailleurs) ne pollue plus les albums des Flower Kings de ses velléités poppisantes, ici plus que jamais hors-sujet.
Avec leurs séquences instrumentales plus développées, «Slave To Money» et «A King's Prayer» nous aident à sortir la tête de l'eau avant la seconde partie de «I Am The Sun». Eh oui, la suite est bizarrement scindée en deux éléments (15 et 11 minutes), positionnés en ouverture et en conclusion de l'album. Une fausse bonne idée qui, si elle permet à Space Revolver de commencer et de se clore sur des notes positives, n'en possède pas moins un côté artificiel et frustrant...
S'il poursuit dans la même veine que les deux double-albums qui l'ont précédé, ce cinquième opus apporte tout de même quelques relatives nouveautés. La première est le rôle prépondérant des claviers, pour le moins inattendu, au cours du premier tiers de l'album. Roine Stolt semble avoir laissé carte blanche à Tomas Bodin pour occuper le premier plan sonore (les solos de Moog, tous plus réjouissants les uns que les autres, se succèdent sans discontinuer alors que la guitare se contente d'une exposition minimale, quoique tout aussi plaisante), une prépondérance quelque peu démentie par son implication limitée dans l'écriture de l'album (la musique de «Dream On Dreamer», chanson très courte et plutôt anecdotique, et surtout celle de l'instrumental «Rumble Fish Twist» sur lequel nous allons revenir un peu plus loin).
Autre signe extérieur de démocratie (plus probante là aussi au niveau de l'exécution instrumentale qu'à celui de l'écriture), la présence notable du nouveau bassiste Jonas Reingold sur ces mêmes morceaux (essentiellement la suite «I Am The Sun» et «Rumble Fish Twist», en introduction duquel il a même droit à un solo très démonstratif, applaudi par un public virtuel); son jeu plutôt jazz-rock sort alors la basse du rôle assez effacé qui lui est habituellement réservé chez les Flower Kings (Stolt continue à la tenir lui-même sur une partie de l'album, où elle retrouve logiquement sa discrétion habituelle).
Mais pour être complètement loyal avec cet album, il convient de bien mettre l'accent sur ses deux principales réussites. «I Am The Sun» tout d'abord, pièce à laquelle il est tentant de faire constamment référence (justement parce qu'elle est amenée a en devenir une), est une sorte de panégyrique adressé par Roine Stolt au courant progressif dans son ensemble. Son incarnation y est totale, et nous confronte, nous auditeurs comblés, à une représentation tout à la fois festive et appliquée de tout ce que notre courant de prédilection a pu offrir de mieux jusqu'à ce jour... Une superbe réussite, qui aurait donc simplement mérité qu'on ne la coupe pas en deux...
L'instrumental «Rumble Fish Twist» (8:06) est également l'un des moments forts de l'album. C'est aussi l'un des plus audacieux. Il commence comme le petit frère de «Circus Brimstone», tout en rythmes complexes et quasi dissonances, avant de prendre soudain la tangente et se muer en une sublime séquence planante à la limite du new-age. Ce contraste extrême peut initialement dérouter, mais il apparaît au fil des écoutes que les deux facettes du morceau - selon la théorie bien connue dite de «The Gates Of Delirium» - se rehaussent l'une l'autre au point de former un tout sensiblement supérieur à la somme de ses parties...
Porter votre attention sur «I Am The Sun» et «Rumble Fish Twist» n'est aucunement une manière d'occulter le reste de l'album (qui comporte bien sûr son lot de très bons moments, même s'ils ne sont pas toujours aussi bien agencés qu'on le souhaiterait), mais de symboliser ainsi un fait indéniable. Ce sont en effet bel et bien ces deux pièces qui permettent, non seulement de crédibiliser Space Revolver mais surtout d'asseoir définitivement la suprématie actuelle des Flower Kings sur la scène progressive internationale...
Les Flower Kings se devaient de repositionner leur art sur l'échiquier progressif (tout comme Spock's Beard est parvenu à le faire avec son nouvel album, V), c'est chose faite. Et même si Space Revolver n'est pas une totale réussite, il permet à son auteur de réorienter sa carrière vers une plus grande démocratie créative. La révolution (et les formidables perspectives qu'elle engendre) est en route, pour notre plus grand plaisir...
Aymeric LEROY, avec Olivier PELLETANT
Entretien avec Roine STOLT :
Dans un entretien avec John Silverwood, responsable du Fan-club des Flower Kings, Roine Stolt revient en détail sur le nouvel album, Space Revolver.
«Quand l'album a été terminé», confie le guitariste, «j'ai vraiment pensé que nous étions allés trop loin, et que nous avions fait un album commercial, ou en tout cas trop commercial. Au moment où je vous parle, mon morceau préféré, à titre personnel, est la suite, «I Am The Sun». C'est celui dont je me sens le plus proche. Elle est le résultat de la fusion de deux morceaux différents, que nous avons 'collés' ensemble. Je travaille souvent à l'aide de l'ordinateur, c'est très pratique. A partir de la base de départ, j'ai ajouté de nouvelles parties, puis d'autres, et d'autres encore... Et je me suis retrouvé avec ce long morceau de 25 minutes !».
Pourquoi alors l'avoir finalement divisé en deux ? «C'est venu à la suite d'une conversation avec Tomas. A un moment donné, il y avait plusieurs séquences plutôt calmes les unes à la suite des autres, avec notamment un passage presque 'ambient' avec des guitares acoustiques. Nous avons estimé que ce serait peut-être un peu trop, donc nous avons eu l'idée de couper le morceau en deux à cet endroit. Comme ça, l'album se termine sur des thèmes déjà connus. J'aime faire ça d'une manière générale : par exemple, 'King's Prayer' se termine par une séquence entendue précédemment sur 'Monster Within'. Et certains thèmes de 'I Am The Sun' sont repris tout au long de l'album...».
Stolt nous livre ensuite ses réflexions sur certains morceaux. «L'instrumental 'Rumble Fish Twist' est un morceau écrit par Tomas. Je pensais qu'il rendrait bien sur scène, alors j'ai ajouté ces bruits de foule, qui viennent en fait d'un match de base-ball ! Je les ai trouvés dans la collection d'échantillons de Tomas». Quant à 'King's Prayer', «c'est l'un des morceaux que je trouve trop commerciaux. A l'origine c'était un instrumental. En fait, on pourra entendre la version originale, qui dure 9 minutes, sur un CD bonus réservé à l'édition japonaise, sous le titre 'Last Exit'. Le tempo est plus lent et quelques accords sont différents, mais globalement c'est la même chose».
Evoquant pour finir la tournée promotionnelle à venir (Etats-Unis avec Spock's Beard à partir de début septembre, puis Europe à partir de fin octobre, du Nord au Sud) et l'éventualité de jouer 'I Am The Sun' sur scène, Stolt déclare : «Je ne sais pas. Nous n'en avons pas encore discuté. Je pense que nous allons attendre de voir les réactions que suscite l'album. Une chose est sûre, nous allons devoir changer notre setlist, car nous jouons les mêmes morceaux depuis pas mal de temps. Pour la tournée de cet automne, je crois que nous garderons les plus populaires, et jouerons sans doute des medleys, ainsi qu'un long extrait de 'Garden Of Dreams' et quelques titres du nouvel album...».
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°36 - Août 2000)

