BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. The Truth Will Set You Free (30:40)
2. Monkey Business (4:20)
3. Black And White (7:40)
4. Christianopel (8:30)
5. Silent Inferno (14:25)
6. The Navigator (3:15)
7. Vox Humana (4:30)

CD 2 :
1. Genie In A Bottle (8:10)
2. Fast Lane (6:35)
3. Grand Old World (5:10)
4. Soul Vortex (6:00)
5. Rollin The Dice (4:15)
6. The Devils Danceschool (3:45)
7. Man Overboard (3:40)
8. Solitary Shell (3:10)
9. Devils Playground (24:30)

FORMATION :

Roine Stolt

(chant, guitares, claviers)

Hasse Fröberg

(chant)

Jonas Reingold

(basse)

Zoltan Csörsz

(batterie)

Tomas Bodin

(claviers, piano)

INVITÉS

Hasse Bruniusson
(percussions)

Ulf Wallander
(saxophone soprano)

David Gildenlöw
(chœurs)

The FLOWER KINGS

"Unfold The Future"

Suède - 2002

Inside Out - 72:00 / 64:35

 

 


Avec le retrait de Neal Morse, et ses conséquences plus ou moins funestes pour Spock's Beard et TransAtlantic, deux formations locomotives du courant progressif, la sortie du nouvel album des Flower Kings revêt soudain une importance inattendue. Face à cette fragilité révélée, il nous faut effectivement reconsidérer l'importance de notre soutien à une cause progressive qu'on a pu croire un peu hâtivement sortie du purgatoire devant la multiplication de groupes au fort potentiel. Il est effectivement devenu possible de faire le difficile, d'ignorer les plus modestes comme de rejeter ceux qu'on a hier adorés. Si le groupe de Roine Stolt a longtemps profité de sa notoriété, son statut de leader lui vaut aussi, depuis Flower Power, une certaine suspicion. Il est vrai que cet album avait tout à la fois confirmé le groupe au sommet de la créativité et montré ses faiblesses sur de nombreuses plages du second CD.

Il n'en fallait pas plus pour qu'opère le vieux réflexe qui conduit les plus grincheux d'entre nous à douter de leur idole d'hier. Cet album ayant répété la formule du double CD brillamment inaugurée avec Stardust We Are, il était facile d'y voir les premières failles d'un excès d'ambition. Pourtant, en revenant à l'unique CD, Space Revolver (2000), l'album suivant, reproduisait une dichotomie similaire, dans des proportions nettement moins avantageuses. Constitué lui aussi d'un CD unique The Rainmaker (2001) se devait de remettre les choses en place. Avec le recul, il s'avère effectivement l'un des meilleurs albums du groupe.

Cela dit, après huit années de carrière et l'accumulation d'un répertoire déjà impressionnant, les Suédois peuvent-ils encore trouver la motivation suffisante pour conserver leur rythme effréné de production (à ma connaissance le plus important jamais observé dans l'histoire du rock progressif !), et surtout rester à leur meilleur niveau qualitatif ?

Le fait d'apprendre que le nouvel album est double est déjà en lui-même rassurant, même si l'on en connaît les risques. Un premier coup d'œil sur la liste des titres et nous voilà pourtant de nouveau inquiets. En tant que fan échaudé, un calcul relève du réflexe inévitable : d'un côté, 70 minutes pour trois suites, de l'autre 70 minutes pour les treize morceaux restants. En sera-t-il d'Unfold the Future comme de Flower Power, le meilleur côtoyant le pire ?

Pour se rassurer, c'est d'abord vers les titres courts que l'on va se tourner. Et là... surprise, on constate qu'il y a déjà de très bonnes choses de ce côté. L'écoute répétée de ces nombreux morceaux permettra de distinguer du lot de véritables perles comme «Black and White» (7:40) ou «Genie in a Bottle» (8:10). Ce qui marque d'abord sur l'ensemble, c'est la multiplicité des approches musicales et la diversité des couleurs mises en œuvre, dont certaines totalement inédites sur la palette des Suédois. C'est notamment le cas des deux improvisations, «Christianopel» (8:30) et «Soul Vortex» (6:00) qui, certes, ne peuvent être mises sur le même plan que les compositions les plus construites, mais qui sont à prendre comme de grandes respirations bénéfiques dont goûtera les évolutions atmosphériques reconstituantes rapprochant le groupe de ses compatriotes d'Anekdoten ou Landberk. «Christianopel» aurait tout de même gagné à être raccourci sur sa première partie trop longuement bruitiste.

Plus surprenant encore, «The Devil's Dance School» verse dans un jazz pur jus où la trompette virtuose d'Anders Bercrantz a carte blanche pour nous montrer jusqu'où les Flower Kings sont prêts à aller pour élargir leur champ d'investigation. Ces 3:45 sont à la fois une couleur de plus dans l'album et la démonstration d'un nouveau potentiel porté par l'arrivée de Zoltan Csörsz à la batterie.

Moins démonstratives, de petites pièces comme «The Navigator» (3:45), «Vox Humana» (4:30), «Solitary Shell» (3:40), ou «Grand Old World» (5:10) n'en possèdent pas moins leurs qualités propres. Par contre, comme «Monkey Business» (4:20), «Rollin the Dice» (4:15) manque un peu d'épaisseur, mais il est l'occasion pour Hans Fröberg d'une belle performance. Quant à «Fast Lane» (6: 35), il souffre d'une première partie gâchée par un rythme trop carré et en avant. Il faut peut-être préciser que ces deux derniers titres sont signés par Tomas Bodin.

Enfin, venons-en aux suites. Une fois de plus, notre prédilection pour ce type d'exercice se trouve justifiée. Bien des qualités précédemment évoquées au sujet des morceaux courts y étaient perçus comme des ingrédients autonomes. Dans un cadre temporel beaucoup plus vaste, ceux-ci sont pratiquement tous mis en œuvre, et c'est leur interaction qui va les transcender, pour notre plus grand bonheur.

«Devil's Playground», qui ferme l'album, est à ce titre particulièrement éloquent, montrant par exemple concrètement l'intérêt momentané de couleurs jazzy dans le contexte d'un tout qui ne manquera pas de convaincre même ceux qui ailleurs zapperont «The Devil's Dance School». Sachant que ces 24 minutes et demie sont parties des trois minutes de «The Gathering», un morceau du premier album solo de Tomas Bodin, on se dit que la source Roine Stolt n'est pas près de tarir...

Pour ce qui est de «Silent Inferno» (14:25), on comprend mal pourquoi il ne fut pas retenu pour le second album de TransAtlantic, en vue duquel il avait été composé à l'origine. A la place du contestable «Suite Charlotte Pike», cet excellent morceau aurait pourtant fait de Bridge Across Forever un album quasi parfait. Si «Devil's Playground» et «Silent inferno», par leur diversité, leur fluidité et leur relative accessibilité, suscitent d'emblée l'enthousiasme, ce n'est pas vraiment le cas de «The Truth Will Set You Free». Plus longue (30:40), cette suite est aussi plus dense. Bien que cet aspect tende à persister (excepté, bien sûr, les improvisations) tout au long de l'album (Roine Stolt n'y donne qu'un seul véritable solo !), elle incarne plus qu'ailleurs la nouvelle démarche du groupe.

Quelque peu hermétique, la matière précieuse en fusion de cette suite en constante évolution se veut, en effet, toute tendue vers la recherche de nouvelles combinaisons sonores où les rythmes africains sont en fait totalement soumis et noyés dans l'objectif progressif. Il est certes difficile de tomber d'entrée de jeu sous le charme, d'autant plus que la partie la plus facile d'accès, celle qu'on peut considérer comme le refrain (si cela a encore un sens pour un morceau d'une telle longueur), ne possède pas l'accroche mélodique qu'on était en droit d'attendre.

Pourtant, une certaine fascination opère bel et bien. D'une part parce qu'on retrouve à la fois les aspects les plus positifs des spécificités du groupe ainsi que certains accents empruntés au Yes des meilleurs jours, d'autre part, parce qu'on adhère totalement à l'ouverture entreprise. En fait autant que la musique, c'est à l'esprit qu'on souscrit. C'est d'ailleurs davantage par cet esprit que les Suédois trouvent un parallèle avec Yes, un esprit que ce dernier est lui-même bien en peine de retrouver en studio.

De ce point de vue, Unfold the Future n'est pas seulement une réussite pour les Flower Kings, mais pour l'ensemble de la cause progressive. Cet album tient donc toutes ses promesses, et érige plus que jamais le groupe en leader incontestable du courant progressif. Mais ce n'est pas un leader pépère déjà bien installé qu'il assoit, c'est au contraire une formation qui semble davantage soucieuse de montrer son potentiel et sa volonté d'aller de l'avant, sans doute parce qu'elle est désormais bien consciente que son public est certes fidèle, mais avant tout exigeant.

Bref, même si ce n'était peut-être pas là le sens premier du titre de l'album, c'est bien par ce qu'Unfold the Future préfigure qu'il s'avère plus convaincant encore que l'excellent Rainmaker et c'est en parfaite connaissance de cause que l'on attend dès lors avec impatience le prochain... triple-album ?... Qui ne manquera pas de tomber l'année prochaine c'est-à-dire... dans quelques mois !

Laurent MÉTAYER

Entretien avec Roine STOLT :

(par John 'Bo Bo' Bollenberg)

Coïncidence parfaite : j'étais en train d'écouter «Devil's Playground» quand le téléphone s'est mis à sonner, exactement au bon moment. Parler avec Roine Stolt est toujours un grand plaisir, en particulier lorsque la conversation porte sur un nouvel album des Flower Kings. Je n'ai reçu Unfold The Future que la veille de l'entretien. «Oh, non, toi aussi ?», demande Roine, surpris. «Plusieurs journalistes auxquels j'ai parlé ne l'ont eux-aussi reçu qu'hier... Comment peut-on faire une interview pertinente quand on n'a pas écouté un album au moins une dizaine de fois ?».

Je m'efforce malgré tout de poser des questions 'pertinentes', en commençant par aborder le fait qu'il s'agit une nouvelle fois d'un double-album. «Quand je compose, que ce soit pour les Flower Kings ou pour un autre projet, TransAtlantic par exemple, mon inspiration semble infinie. Et comme les autres ont eux aussi des idées, nous nous retrouvons avec une quantité phénoménale de matériel. A un moment donné, nous avions même envisagé de faire un triple-album, cette fois !... Quand nous étudions les chiffres de ventes de nos albums, il s'avère que nous en vendons à peu près autant, qu'il s'agisse d'un album simple ou double. Évidemment, le prix de vente d'un double est inférieur à deux fois à celui d'un simple, ce qui signifie qu'au final nous touchons moins de royalties, mais nous ne faisons pas ce métier pour gagner des tonnes d'argent, alors ça ne fait rien. Gagner correctement notre vie en jouant la musique que nous aimons, c'est déjà amplement suffisant !».

Et si la maison de disques publiait le premier disque maintenant et le second dans six mois ? «Ce serait une idée intéressante, et plus avantageuse financièrement pour nous a priori, mais comme je l'ai dit, nous ne faisons pas ça pour l'argent, tout ce côté 'business'... Et puis il y aurait le problème du packaging, car il faudrait alors créer deux pochettes différentes, ce qui coûterait plus cher. Je ne suis pas sûr, en outre, que le même nombre de gens achèterait les deux albums séparément, comparé au double-album. Je crois que c'est plutôt sympa pour nos fans d'avoir un double-CD en ne payant finalement qu'un peu plus que le prix d'un simple».

Unfold The Future comprenant 140 minutes de musique inédite, il est permis de se demander si tous les morceaux ont été composés récemment, ou si quelques idées ne remontent pas à plus longtemps. «Certains passages, quelques riffs ou mélodies, sont issus d'idées destinées à Bridge Across Forever. Je me souviens avoir proposé «Silent Inferno» à TransAtlantic, mais il ne fut pas retenu. «Devil's Playground» est une pièce symphonique basée sur un morceau du premier album solo de Tomas Bodin, «The Gathering». J'ai seulement ajouté des riffs de guitare et retravaillé l'arrangement pour un faire un morceau totalement nouveau... Sans que cela ait été prémédité, le premier disque débute avec une longue suite, et le second se termine de la même manière. J'étais sûr que «The Truth Will Set You Free» ouvrirait l'album car c'est un morceau qui réunit tous les éléments que les gens associent aux Flower Kings, mais explore également de nouveaux horizons. L'arrivée de Jonas et, plus récemment, de Zoltan, a renforcé le côté «jazzy» de notre musique. C'est sans doute encore plus marqué avec Zoltan, car son prédécesseur, Jaime Salazar, était plutôt fan de reggae, de Toto ou d'Eros Ramazotti, alors que Zoltan aime beaucoup le jazz et adore improviser».

Le dernier album, double lui aussi, de Spock's Beard, Snow, est une œuvre conceptuelle de grande envergure. Est-ce aussi le cas pour Unfold The Future ? «J'ai découvert le projet de Neal pendant la tournée de TransAtlantic. Neal a donné une bande à Mike contenant des démos. Mike l'a écoutée et a trouvé l'ensemble assez inégal. Mais bien sûr il ne s'agissait que de démos. Maintenant il a écouté l'album terminé et l'aime beaucoup... Personnellement, je ne ressens pas l'obligation de travailler sur des trames conceptuelles. Souvent ce sont les fans qui veulent à tout prix envisager nos albums comme des concepts. Moi, je suis plus ouvert d'esprit, j'essaie simplement de me fixer un objectif. Je suis ouvert aux nouvelles sources d'inspiration. Pour cet album, j'ai composé, enregistré des démos, pré-produit les morceaux et donné des CD-R aux autres membres du groupe. J'ai joué les lignes de basse au synthé, mais comme Jonas a aussi Logic Audio il a pu repasser derrière sans problème. Il est vrai que «The Truth Will Set You Free» contient beaucoup de références à Yes, mais en dehors de cela il est aussi basé sur des rythmes africains, et je ne crois pas que ce soit un ingrédient que Yes ait beaucoup utilisé par le passé (rires). Le 'feeling' de ces rythmes m'a tellement imprégné que la musique a parfois un côté Santana, par moments. Puis Jonas a acheté un simulateur d'ampli de basse Line 6, celui qu'a utilisé Pete Trewavas sur le second album de TransAtlantic et la dernière tournée. Il y a tellement de possibilités de sons avec cet appareil ! On peut même avoir le son de Rickenbacker de Chris Squire !! Cela, ainsi que la distorsion de l'ampli à lampes, a donné sur cet album des basses beaucoup plus 'pêchues'...».

L'une des différences majeures entre cet album et les précédents est la présence de divers musiciens invités. Le nouveau-venu le plus notable est assurément Daniel Gildenlöw, le chanteur de Pain Of Salvation. «J'avais une idée pour une chanson, et Jonas a eu l'idée de demander à Daniel de s'y coller. Personnellement, j'ai toujours peur de refaire sans cesse le même album. Je sais qu'il y a des gens qui ne rêvent que d'un nouveau «Stardust We Are», ou d'un autre «In The Eyes Of The World», ou «Church Of Your Heart», mais nous avions besoin de quelque-chose de vraiment neuf. Nous avons eu l'idée d'utiliser une section de cordes, mais au même moment Yes a sorti Magnification, enregistré avec un orchestre !! Nous avons alors pensé faire appel à une section de cuivres, mais ça aurait fait Blood Sweat & Tears à la sauce prog... Nous avons aussi envisagé d'utiliser une chanteuse, mais finalement ça ne s'est pas fait... Ce qui est certain, c'est que je ne voulais pas refaire un album comme Rainmaker. Donc quand le nom de Daniel a été évoqué, j'étais à fond pour. Daniel avait fait la tournée de TransAtlantic avec nous, je savais donc de quoi il était capable. De fait, sa voix complète parfaitement celle d'Hasse. C'est pourquoi nous avons demandé à Daniel de nous accompagner sur la prochaine tournée. Pour cette tournée, nous allons jouer beaucoup de morceaux nouveaux. Sur la précédente, nous n'en avions fait que deux de Rainmaker, ce qui est regrettable car une tournée a pour but essentiel de promouvoir le dernier album !! Alors, cette fois, attendez-vous à beaucoup de nouveautés ! Bien sûr, cela implique qu'il y aura aussi moins de vieux morceaux...».

Certains passages de l'album sont franchement 'bizarres'. Faut-il attribuer ces tendances au seul Tomas Bodin. Sur «Black And White», par exemple... «Désolé, mais vous avez tout faux !! En fait, ces idées sont de moi. Écoutez mon album solo Hydrophonia et vous vous rendrez mieux compte... Les gens ne s'attendent pas à me voir composer des choses comme ça car en concert, je suis plutôt en retrait, alors que Tomas est un vrai 'showman'. Mais ce serait oublier que j'ai toujours été un énorme fan de Frank Zappa. Prenez le morceau «Christianopel», qui possède effectivement un côté presque 'free-jazz'... Ce qui s'est passé, c'est que nous avions fini d'enregistrer toutes nos parties pour l'album, et que le studio était encore disponible pendant quatre heures. Comme nous sommes tous des fous de musique, nous avons pensé qu'il serait vraiment dommage de ne pas profiter de ce temps supplémentaire, alors nous nous sommes mis à improviser. Nous avons créé de la musique comme ça, dans l'instant. Le résultat, tel que vous l'entendez, c'est exactement ce qui s'est passé, en direct, sans aucune retouche. Certains trouveront que c'est du remplissage, mais au final je ne pense pas, car nous prenons un risque en publiant quelque-chose qui n'est pas typique des Flower Kings...».

D'une certaine manière, c'est vrai aussi de «Devil's Danceschool», car sur ce morceau, c'est un peu comme si Miles Davis était entré dans la pièce et était resté jouer cinq minutes avec vous... Au fait, je crois me rappeler que tu habites juste à côté d'une école de danse. Serait-ce la source d'inspiration du titre ? «Tout à fait, vous avez sans doute raison... Les murs de ma maison ne sont pas très épais et les sons qu'on entend sur ce morceau ressemblent sans doute à ceux que j'entends à travers le mur. Là encore, c'est presque un 'bœuf'. J'ai laissé à Anders Bercrantz une totale latitude, la section rythmique se contenant de poser un 'groove'. Anders est un trompettiste de jazz très connu en Suède».

«J'avais le son des Flower Kings dans ma tête depuis vingt-cinq ans, et je crois que ce son s'est concrétisé sur nos deux ou trois premiers albums, mais ensuite, il était nécessaire d'explorer de nouvelles possibilités. Jouer sur l'album de Hasse Bruniusson fut un grand plaisir, mais je ne pense pas que ç'ait été une réelle source d'inspiration pour le nouvel album. De ce point de vue, l'introduction de «Grand New World» est assez osée car c'est quelque-chose de totalement inédit pour nous. J'ai hésité à la laisser sur l'album. Je ne savais pas si les gens trouveraient que ce n'est pas assez prog...».

Le titre Unfold The Future est-il à prendre au sens littéral - autrement dit, dissiper le mystère qui entoure l'évolution musicale à venir du groupe ? «Ce titre évoque le monde en général, et les Flower Kings ne sont qu'une infime partie de cet immense univers... Ça parle de ce que nous faisons dans notre vie quotidienne. Nous tentons de planifier l'avenir, et dans mes rêves j'essaie de me représenter ma vie future, mais à mesure que le temps avance, rien ne ressemble à mes prédictions... En fait, il s'agit plus d'une réflexion sur ce qui s'est passé depuis les années 50 que sur le futur. Je voulais par conséquent que la pochette évoque certains des événements importants des cinquante dernières années, et quelqu'un d'InsideOut a inséré des photos de Mao, Martin Luther King, Nelson Mandela, Ghandi, le Pape, etc.».

Publier un nouvel album est toujours une expérience enthousiasmante pour tout groupe, mais quel morceau a actuellement les faveurs de Roine, et pourquoi ? «Sans hésiter, c'est le premier morceau, «The Truth Will Set You Free», car c'est un parfait résumé de la musique des Flower Kings. Quand j'ai envoyé mes premières démos au groupe, Jonas m'a appelé pour me dire que «Devil's Playground» était génial et que ce serait le titre phare de l'album. Il n'avait pas été si impressionné par «The Truth...». Et puis Tomas m'a appelé, presque en larmes, pour me dire que «The Truth...» était absolument magnifique, sans doute la plus belle chose que j'aie jamais composée... Jonas a ensuite pris cinq jours pour enregistrer ses parties de basse, rien que pour ce morceau. Une fois l'enregistrement terminé, il a beaucoup plus aimé... Moi, j'aime aussi beaucoup «Vox Humana» car c'est une chanson simple et douce...».

Avec un nouveau double-album des Flower Kings, un nouvel album solo du claviériste Tomas Bodin, et la publication du projet de Jonas Reingold, Karmakanic, n'est-ce pas un peu trop de musique à absorber d'un seul coup pour les fans du groupe ? «Je suis d'accord, c'est un peu fou, mais c'est une situation qui échappe à mon contrôle. Je pensais que l'album de Jonas sortirait en août, puis celui de Tomas en septembre, et nous devions suivre en octobre... Il y avait une certaine logique. Finalement, les autres albums ont dû être repoussés et les trois sortent simultanément. Mais je ne crois pas que ce soit un problème pour nos fans car ils sont complètement fous, de toute façon !! Ils vendront leur voiture ou leur chien, ou même leur femme (!), pourvu qu'ils puissent mettre la main sur un nouvel album des Flower Kings ou de l'un d'entre nous !!...».

En conclusion de cet entretien, je n'ai pas pu m'empêcher de demander à Roine si les rumeurs concernant le départ de Neal Morse de Spock's Beard étaient fondées. Le soir de notre conversation, Roine m'a dit quelque-chose que je n'aurais pas publié en temps normal, mais comme l'annonce était officielle dès le lendemain, il n'y plus lieu de garder secrète sa réponse. «Ça fait deux semaines que je suis au courant, mais tant que ça n'est pas officiel, je préfère que l'information ne soit pas diffusée. C'est sa décision et il va sans doute s'en expliquer publiquement. Peut-être va-t-il se raviser et rester malgré tout, donc je ne souhaite pas confirmer ou infirmer. Neal est un grand garçon et il sait ce qui est le mieux pour lui et sa famille. Quoi qu'il arrive, nous garderons un profond respect pour l'homme et sa musique. Sa décision n'aura pas seulement l'impact qu'on imagine sur Spock's Beard, mais signifie sans doute aussi la fin de TransAtlantic. Nous pourrions toujours prendre Daniel Gildenlöw comme nouveau chanteur, mais Neal n'était pas seulement un excellent chanteur, c'était aussi un compositeur de premier plan, et c'est sans doute cet aspect-là qui serait le plus difficile à remplacer !!».

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°47 - Décembre 2002)