
PISTES :
1. Love Supreme (19:50)
2. Cosmic Circus (3:00)
3. Babylon (2:41)
4. A Vampires View (8:50)
5. Days Gone By (1:10)
6. Adam & Eve (7:50)
7. Starlight Man (3:30)
8. Timelines (7:40)
9. Drivers Seat (18:22)
10. The Blade Of Cain (5:00)
FORMATION :
Roine Stolt
(guitares, chant)
Tomas Bodin
(claviers)
Hans Fröberg
(guitares, chant)
Daniel Gildenlöw
(guitares, chant, claviers, percussions)
Hasse Bruniusson
(percussions, chant)
Jonas Reingold
(basse, pédalier de basses)
Zoltan Csörsz
(batterie)
THE FLOWER KINGS
"Adam & Eve"
Suède - 2004
Inside Out - 78:10
La sortie d'un album des Flower Kings, au-delà de la réaction purement passionnelle qu'elle suscite chez les fans du groupe, s'entoure d'un certain mystère. Depuis Stardust We Are, Roine Slolt & Co s'engagent sur de nouvelles pistes (avec, il est vrai, plus au moins de réussite), sans trop nous révéler à l'avance lesquelles. Leur musique n'est plus essentiellement prog symphonique mais pop, psyché, heavy, jazz, ambient...
Ces diverses expérimentations, somme toute légères (le son FK est immédiatement identifiable), nous amènent à découvrir chaque œuvre avec l'espoir d'être surpris. Qu'en est-il donc de ce huitième album ? Alors que l'introduction d'éléments jazz-fusion sur Unfold The Future (apportés essentiellement par la section rythmique Reingold-Csörsz) ouvraient de nouveaux champs d'investigation, les Flower Kings font machine arrière et reviennent, comme ils l'avaient d'ailleurs déjà fait en partie pour The Rainmaker, au style de leurs débuts.
Ce retour à un progressif d'essence plus classique se traduit par des compositions d'inspiration symphonique et construites sur la base de mélodies accrocheuses. Roine Stolt justifie ce revirement et ces choix artistiques par l'existence de nombreux projets parallèles menés par les membres du groupe, dont le but est de satisfaire les aspirations de chacun. On ne s'étonnera dès lors pas de constater (avec un sourire à peine dissimulé) qu'il est l'auteur de huit des dix titres que contient Adam & Eve.
Si les ombres de Back In The World... et Retropolis planent au-dessus de ce nouvel opus, quelques petites 'innovations' sont à signaler, essentiellement au niveau du chant, beaucoup plus présent qu'à l'accoutumée. Hans Fröberg occupe désormais le devant de la scène et Daniel Gildenlöw (que l'on ne présente plus !) se voit offrir le premier rôle sur un morceau. Il est même crédité comme membre du groupe à part entière.
Pour le reste, rien de franchement neuf : on est en terrain connu, pour ne pas dire bien balisé. Adam & Eve s'ouvre sur une suite de 20 minutes, «Love Supreme» (titre qui devait d'ailleurs au départ donner son nom à l'album), à ranger parmi les plus belles réussites du groupe. Les thèmes mélodiques sont forts (l'influence de Yes est une nouvelle fois évidente), la voix de Hans Fröberg meilleure que jamais (car lavée de toute affectation), les arrangements riches (claviers en tous genres), les musiciens totalement maîtres de leur sujet.
Les parties instrumentales sont, par contre, assez courtes et plus atmosphériques que débridées. En outre, Roine Stolt, et sa guitare électrique ou acoustique, s'accapare les soli, bornant Tomas Bodin à une fonction d'accompagnateur. Il est donc probable que les amateurs d'envolées soient un peu frustrés. Cette remarque est valable pour l'ensemble des compositions, ce qui fait de Adam & Eve l'album le plus (mais le mieux) chanté de la discographie de la formation Suédoise.
Les autres titres alternent le bon et le moins bon, ce à quoi nous ont malheureusement habitué les Flower Kings. La seconde suite, «Drivers Seat», bien qu'elle n'égale pas l'intensité émotionnelle de «Love Supreme», s'avère plus variée et offre quelques moments délectables. «A Vampires View» (inspiré par le roman d'Anne Rice, Entretien Avec Un Vampire) est d'une théâtralité dramatique inédite, la voix malléable de Daniel Gidenlöw, menaçante à souhait, semble tout droit sortie de la bande originale de L'Etrange Noël De Monsieur Jack. Les deux courts instrumentaux signés Tomas Bodin, «Babylon» à l'esprit Genesissien et «Days Gone By», bref ( une minute) morceau de piano, séduisent immanquablement par leur force mélodique et leur simplicité.
Pour le reste, des chansons popisantes certes pas désagréables, mais qui manquent d'ambition progressive, ou encore un titre heavy-rock fort dispensable. On s'interroge une nouvelle fois sur l'intérêt de ce genre de compositions (qui font retomber la sauce) alors qu'un CD de 60 minutes serait amplement suffisant, et tout compte fait meilleur.
Adam & Eve apparaît au final comme un réussite notable dans l'absolu mais comme un album somme toute banal dans l'œuvre des Flower Kings, et ce bien qu'il soit l'un des plus consistants. Roine Stolt ne semble pas vouloir s'aventurer dans un processus créatif évolutif. Il préfère se contenter de recréer, avec tout le talent qu'on lui connaît, la musique dans laquelle il se sent le plus à son aise.
Yann CARREAU
(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)

