BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Phasors On Stun (3:49)
2. One O'clock Tomorrow (6:05)
3. Hours (2:36)
4. Journey (4:41)
5. Dialing For Dharma (3:15)
6. Slaughter In Robot Village (5:02)
7. Aldeberan (5:02)
8. Black Noise (9:56)

FORMATION :

Martin Deller

(batterie, percussions, synthétiseur)

Cameron Hawkins

(chant, piano, synthétiseur, basse, séquenceur)

Nash the "Slash"

(violon électrique, chant, mandoline électrique, glockenspiel, f/x)

F.M.

"Black Noise"

Canada - 1978/93

Now See Hear - 40:31

 

 

Quelle ne fut pas ma surprise, en feuilletant distraitement l'épais supplément dominical de mon journal local, de découvrir au milieu du mois de novembre dernier, l'annonce d'un concert à venir du groupe canadien F.M.

Pendant quelques secondes, je crus à une erreur. D'une part, pour moi F.M. s'était définitivement dissous à l'aube des années 80, et d'autre part j'avais déjà entendu parler d'au moins un autre groupe portant ce patronyme. Mais non, c'était bien le même, et soudain je me sentis envahi par une nostalgie typique des quadragénaires dont je fais encore, pour quelques années, partie.

A la fin des années 70, j'étais impliqué, plus ou moins activement, dans diverses associations universitaires à vocation musicale. Je possédais une rubrique régulière dans un périodique étudiant, et animais avec quelques amis un club chargé d'organiser des concerts de rock.

L'un des groupes que nous accueillîmes fut, vous vous en doutez, F.M. Je me souviens très bien du jour de 1978 où Mark, qui était un peu le 'spécialiste es obscurités' de la bande, me parla de ce trio de Toronto qui essayait d'organiser une tournée promotionnelle à travers les États-Unis, parce qu'il insista alors sur le fait que le soliste de ce groupe, un certain Nash The Slash, officiait à la mandoline électrique !

Durant les semaines précédant le concert, je passai régulièrement l'album Black Noise, et fus séduit par ce mélange inédit d'une approche mélodique assez accessible, et d'une instrumentation et d'arrangements typiquement progressifs, à base de synthés futuristes, de rythmiques très travaillées, et de multiples changements d'ambiances. J'appréciai en outre la voix pure et très bien posée de Cameron Hawkins, par ailleurs excellent claviériste et bassiste.

Lorsque nous vîmes débarquer le trio dans son minibus bariolé, je guettai l'homme à la mandoline. L'un des passagers portait effectivement un étui de la bonne forme, mais en comparant son visage à la photo figurant sur le vinyl de Mark, je ne le reconnus pas. En fait, Nash The Slash avait été remplacé par un certain Ben Mink et, chose étonnante, ce dernier officiait comme lui à la mandoline et au violon électriques. Les deux autres étaient les mêmes : Martin Deller le batteur, et Cameron Hawkins qui s'avéra être un interlocuteur des plus affables. Il était le seul fondateur rescapé des débuts, deux ans plus tôt. Il me raconta les débuts de F.M., et notamment du premier concert, un spectacle multimédia futuriste qu'il avait conçu avec 'Nash'. Nous discutâmes aussi du sens quelque peu différent que prenait le patronyme du trio au fil des années. Au milieu des années 70, la radio f.m. représentait dans notre pays une réaction aux stations de papa et maman, celles qu'on appelait "a.m.". Peu à peu, l'abréviation devint pour nous, amateurs de musiques progressives, synonyme de conformisme et de ritournelles aguicheuses.

Le concert du soir fut simplement magnifique. La capacité de ces trois musiciens à produire une musique si dense nous laissa tous pantois d'admiration. En plus des huit titres de l'album, dont le morceau-titre de 10 minutes qui constituait le clou du concert, F.M. nous proposa quelques extraits d'un album instrumental qu'il venait d'enregistrer pour un obscur label canadien (malgré mes efforts, je ne parvins jamais à dénicher cette rareté par la suite...). Je crois bien qu'une nouvelle chanson fut également jouée. Quelques mois plus tard, j'assistai a un concert de U.K. à Philadelphie, et je peux dire que la prestation d'F.M. n'avait rien à envier à celle des quatre britanniques.

Durant les années qui suivirent, deux albums parurent, marquant chacun un glissement vers une musique moins complexe, bien que toujours très personnelle. Surveilance (1979) s'avéra un semi-échec par la présence d'une moitié de titres très rock (dont une reprise du "Shapes Of Things" des Yardbirds !). Quant à City Of Fear (1980), il traduisit un certain rééquilibrage vers une musique moins commerciale, mais aussi moins audacieuse dans le travail d'arrangement et la création d'un son original.

Par la suite, je n'entendis plus vraiment parler du groupe, seulement indirectement car il se trouva que le dénommé Nash The Slash obtint un certain succès par chez nous avec un ou deux singles. Mais, pour moi, F.M. avait cessé d'exister il y a déjà longtemps.

C'est au concert auquel j'ai assisté il y a quelques mois que Cameron Hawkins - qui se rappelait encore de l'accueil très enthousiaste que nous lui avions réservé seize ans plus tôt - me dit que le groupe avait en fait duré jusqu'en 1987, et que Nash The Slash l'avait même réintégré quelques temps. Il m'apprit aussi que l'unique but de la reformation du trio pour une poignée de concerts était l'enregistrement d'un album live destiné à compenser l'absence de réédition des deuxième et troisième albums, dont les masters ont été perdus. Il m'offrit en souriant un exemplaire de la réédition CD de Black Noise.

Le spectacle qui venait d'avoir lieu l'avait montré dans une forme (vocale comme instrumentale) intacte, ce qui ne fit qu'accentuer mes regrets que cette réunion semblât devoir rester sans suite. "This Lonely World" et "Hideaway", les deux morceaux inédits joués ce soir-là, pouvaient augurer d'un nouvel album tout à fait intéressant. Dommage... Il nous faudra nous contenter d'un live.

J'ai assisté ces dernières années à divers concerts de grands groupes des années 70 reformés comme F.M. après une longue absence, mais je n'ai senti chez aucun d'eux le même enthousiasme. Notre monde est vraiment trop injuste...

Paul BALLARD

(chronique parue dans Big Bang n°12 - Juillet-Août 1995)