
PISTES :
1. Virtuous Woman (10:58)
2. Blues In D (3:46)
3. Maximum (14:01)
4. Sneezing Bull (7:46)
5. Sonata For Flute (2:48)
6. House Of The King (3:15)
7. Angel Wings (5:39)
8. Little Sister/What You See (8:18)
9. Hocus Pocus (5:49)
FORMATION :
Thijs Van Leer
(chant, claviers, flûte)
Bert Ruiter
(basse, chant)
Philip Catherine
(guitare)
David Kemper
(batterie)
FOCUS
"Live At The BBC"
Pays-Bas - 2004
Huxrecords - 48:54
Attention œuvre culte ! Voici un album enregistré en public qui risque d'intéresser plus d'un fan du groupe Néerlandais. D'une part car il bénéficie d'une qualité d'enregistrement exemplaire, mais surtout car on pourrait aisément considérer cet album comme la pièce manquante entre la période jazz funk progressive de Mother Focus ( 1975) et la période plus commerciale entamée en 1977 avec Focus Con Proby. Live At The BBC est en effet principalement constitué d'inédits, d'excellente facture qui plus est, que l'on retrouve aux côtés des indéboulonnables classiques que demeurent «House Of The King» et «Hocus Pocus» (ici en rappel avec Van Leer présentant de façon humoristique - en yodlant - les musiciens).
Nous sommes donc en 1976 et bien que le groupe se soit déjà engagé à effectuer une tournée en Angleterre (qui demeurera d'ailleurs, à ce jour, la dernière dans le pays), le guitariste Jan Akkerman décide de quitter le groupe suite à des divergences de vues avec Thijs Van Leer. Ils ne s'entendent plus sur la direction à faire prendre à Focus après ces fastes années, emplies de succès et de fatigantes tournées autour du monde. Des divergences qui seraient apparues dès l'enregistrement de Mother Focus. Thijs Van Leer se retrouve donc dans une impasse, heureusement, le producteur Ruud Jacobs le met en contact avec le guitariste Belge (né à Londres) Philip Catherine. Ce dernier s'était déjà fait un nom en Europe dans le domaine du jazz-fusion. Aux côtés du désormais vétéran bassiste Bert Ruiter, le batteur américain de sessions (Jerry Garcia, Bob Dylan, entre autres...) David Kemper conserve un poste qu'il tient depuis Mother Focus. Ils constituent, par ailleurs, la section rythmique rêvée, à la fois légère, efficace et solide, le support idéal aux développements instrumentaux de nos deux solistes.
Venons-en à la descriptions de ces fameux titres inédits : tout d'abord, «Maximum» (14:01) et «Sneezing Bull» (7:46) qui ne sont, en fait, pas vraiment inédits, puisque l'on retrouve le premier sur l'album suivant mais dans une version raccourcie à 8 minutes et le second sur un album solo de Catherine mais avec des arrangements différents (ici, le morceau est un dialogue entre flûte et guitare). Restent «Virtuous Woman» (10:58), «Little Sister/What You See» (8:18), «Blues In D» (3:46) et «Angel Wings» (5:39). Toutes des compositions (principalement instrumentales) de qualité égale, c'est à dire très bonne, et que l'on pourrait facilement qualifier de jazz funk prog. Focus a évolué vers une musique plus «américanisée» mais il l'interprète avec une sensibilité toute européenne et le mélange est des plus intéressants, à la fois très accessible et ambitieux comme en témoignent la durée des titres.
Hormis «Blues In D», joli instrumental «bluesy-funk», composé par Bert Ruiter, les autres morceaux peuvent se comparer à de longues et prenantes montées progressives sur fond de piano électrique (Van Leer officie principalement à cet instrument, signe du changement de son du groupe), véritables tremplins aux superbes et véloces soli de guitares de Catherine, le tout soutenu, on l'a dit, par une section rythmique inaltérable. Son jeu est évidemment plus ancré dans le style «fusion» que celui de son prédécesseur, mais il ne tombe jamais dans la démonstration même si sa rapidité d'exécution irait jusqu'à rappeler celle d'Allan Holdsworth. Comme tout bon guitariste, Philip Catherine possède des qualités d'adaptation évidentes, aussi on le retrouve très à l'aise sur les standards (plus rocks) passés de Focus cités plus haut. Quant au «leader», ses qualités d'interprétation et de feeling ne sont plus à démontrer, que ce soit à la flûte ou aux claviers.
Au final, un intéressant témoignage d'une époque à classer entre les standards d'Herbie Hancock et les meilleurs groupes de jazz-rock européens de la période. Belle surprise qui nous prouve, encore une fois, que les grands groupes de l'âge d'or du rock progressif avaient encore beaucoup de choses à «dire» dans la seconde moitié des années 70 et que ce n'est que contraints et forcés qu'ils ont dû vendre leurs âmes aux démons de la musique commerciale.
Fabien CLAIR
(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)

