
PISTES :
1. Moebius Onion Rings (4:33)
2. Istanbul (6:43)
3. Loaded Gun (6:24)
4. Gravity Wave (5:44)
5. Liquid (6:42)
6. A Billion Electric Sheep (6:49)
7. Gojira (6:52)
8. I Can't Believe This Is Just a pop(e) Song (3:28)
9. Doctor's Hill (5:57)
FORMATION :
Emanuele Bultrini
(guitares)
Stefano Vicarelli
(claviers)
Federico Nespola
(batterie)
Luca Pietropaoli
(trompette)
Claudio Mosconi
(basse)
INVITÉS
Barbara Eramo
(chant)
Emmanuel Louis
(chant, guitare)
Cristiano De Fabritiis
(vibraphone)
EXTRAITS AUDIO :
FONDERIA
"My Grandmother's Space Suit"
Italie - 2010
TuneCore Records - 53:12
Même si elle jouit d'une relative notoriété, notamment en Italie son pays d'origine, la musique de Fonderia n'est pas aussi simple à promouvoir que son indéniable qualité le laisse croire. La disparité de son inspiration pose effectivement le problème de l'évocation des multiples genres abordés (rock, electro, pop, jazz, funk...) qui pour le commun des amateurs de prog n'ont rien de très excitant.
Le fait est qu'il n'est guère évident, à l'analyse, d'éviter les approximations sachant que les ingrédients cités, habituellement très balisés, sont dans le contexte progressif largement transcendés. La plus trompeuse de ces désignations est malheureusement celle qui prévaut sur une grande partie de l'album, à savoir une coloration jazzy qui ne repose sur aucun fondement conventionnel clairement établi du courant qu'elle est censée incarner. A quoi bon, dès lors, décliner les appellations biaisées du type jazz-rock, electro-jazz, acid-jazz..., quand on sait le risque encouru de décourager nombre d'auditeurs potentiels.
Si la base improvisée transparaissant sur Re-enter, l'album précédent, pouvait encore légitimer un repérage jazz, ce n'est plus le cas aujourd'hui, les choix du groupe, mieux affirmés s'appuient désormais sur une écriture à la fois exubérante et solide. De ce point de vue, les Italiens rappellent notre Forgas Band Phenomena, avec lequel il partage également l'approche ludique (et mème mélodique sur un titre comme l'excellent "Liquid" (6:42)).
Maintenant, et c'est assurément ce qui induira beaucoup en erreur, il est certain que l'usage récurant de la trompette (présente sur la totalité des 9 titres) engendre bien une dominante instrumentale connotée. Celle-ci s'avère d'ailleurs un précieux vecteur d'unité au sein de ce véritable patchwork stylistique. Certes, l'usage de cet instrument reste peu courant dans la sphère progressive, mais son ancrage n'est pas spécifiquement jazz, le répertoire classique lui procurant notamment une place de choix. Suivant la nature des morceaux, Fonderia en tire, en tout cas, un parti ornemental lumineux toujours judicieux où la nature des motifs épouse les choix rythmiques et pourront effectivement évoquer des genres particuliers, notamment le jazz surtout si Luca Pietropaoli use de la sourdine.
Cela dit, il convient de rester lucide sur les spécificités de My Grandmother's Space Suit. Plus encore que sa capacité à synthétiser des éléments improbables, dont la composante funky est sans doute la plus marquante, cet album doit une grande partie de son efficacité au développement de sa dimension hypnotique reposant autant sur les répétitions rythmiques appuyées que sur ses charmes sonores et le contraste d'ambiances soigneusement élaborées. Mème les titres chantés jouent dans ce registre, l'un, "Loaded Gun" (6:24) en exploitant à la manière d'un Paatos la fascination qu'engendre le chant de Barbara Eramo, le second, plus anecdotique, "I Can't Believe This Is Just a pop(e) Song" (3:28), en jouant de la répétition vocale à la manière des Sparks dont il rallie également la dérision.
Mais si le propos porte vers un état second, celui-ci ne saurait, en aucun cas, ètre confondu avec le sommeil (un titre aussi énergique qu'"Istanbul" (6:43) à la basse magmaïenne suffit à s'en convaincre), l'accessibilité accrue de cette approche ne vise au contraire qu'à engourdir notre raison pour mieux aiguiser notre acuité sensorielle.
My Grandmother's Space Suit traduit une évolution assez fascinante où la diversité des ingrédients par la méthode de leur mise en oeuvre désigne un fondamental point de conjonction qui définit plus clairement l'originalité de ses auteurs. Mais le plus exaltant dans tout ça, c'est que ce cheminement déjà très fructueux aspire à un prolongement dont nul ne peut prévoir où il conduira.
Laurent MÉTAYER
(chronique parue dans Big Bang n°79 - Avril 2011)


