BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Letters To Maro pochette

PISTES :

1. Dear Maro (6:22)  
2. Underground (5:02)  
3. Electricity (4:52)  
4. Deprivation (3:35)  
5. Neon (6:09)  
6. Izanami (5:09)  
7. Nine (6:10)  
8. Escalator (4:26)  
9. Sleep Paralysis (6:03)  
10. Who's Master? (9:16)  
11. Ghosts When It Rains (3:05)

FORMATION :

Irini Alexia

(chant)

Andreas Hack

(claviers, guitare, basse, mandoline)

Nerissa Schwarz

(harpe électrique, Mellotron, synthétiseurs)

Wolfgang Ostermann

(batterie)

INVITÉ

Michael Bauer
(guitare [1,10])

FREQUENCY DRIFT

"Letters To Maro"

Allemagne - 2018

Gentle Art Of Music - 60:10

 

 

Frequency Drift a, depuis le début de sa carrière (2006), cultivé l'art de surprendre. En effet, le groupe de Bayreuth a su nous proposer autant de variations de sa musique que d'albums. Et ce Letters To Maro est quand même le huitième ! Souvenons-nous : Last, en 2016, avait encore réussi à nous étonner avec, notamment, des guitares acérées à la limite du hard rock... Mais vlan, Andreas Hack a chamboulé le groupe désormais resserré en un quatuor étendu à un sextette sur scène. Exit la chanteuse Melanie Mau. Renvoyé à ses gammes pentatoniques le guitariste Martin Schnella. Direction la sortie pour le bassiste Rainer Wolf. Pourtant, ces jeunes gens avaient participé à un Last convaincant qui hissait le groupe parmi les meilleurs du prog contemporain. D'aucuns voyaient même dans ce dernier le meilleur album de Frequency Drift. À titre personnel, j'avais jusqu'ici tendance à préférer le plus médiéval Over (2014), et la voix d'Isa Fallenbacher, au métal progressif plus convenu de Last et au pourtant très bel organe vocal de Melanie ! En tout cas, quelle que soit la préférence que l'on ait, le défi semblait de taille, pour ne pas dire un peu casse-gueule...

Et pour ne rien arranger, le groupe change encore de registre, proposant avec ces Letters To Maro un album d'une étonnante modernité et d'une grande sophistication (on pensera, par moments, au Magenta le plus inspiré, mais aussi à une Tori Amos engagée ou une Kate Bush relativement apaisée). Ces "lettres à Maro" sont autant de courriers sur l'impossibilité d'un retour en arrière qui puisse effacer la perte et l'absence des être aimés ou des souvenirs d'un temps qui n'est plus... Si Andreas Hack et Nerissa Schwartz sont toujours aux manettes musicales - orchestrant comme souvent leurs compositions autour des cordes de la harpe électrique de la seconde -, ce sont la sensibilité et le lyrisme de la nouvelle chanteuse et parolière Irini Alexia (Terzakis-Snyder pour être complet quant à son identité) qui apportent une dimension dramatique nouvelle à Frequency Drift. En effet, la mezzo-soprano possède les qualités opératiques mais également les facultés d'improvisation qui participent de la dimension cinématique de ces Letters To Maro. Partant, les musiciens peuvent tisser des dentelles beaucoup plus fines et aérées ("Dear Maro", "Underground").

Mais, à ces nouvelles forces qui intègrent totalement la dimension visuelle de leur musique - on visionnera à cet effet le magnifique clip de "Electricity" - nos chercheurs d'or ont adjoint un travail de prospection sonore et d'orchestration inédit (la seconde partie de "Neon", la fin de "Nine", celle d'"Escalator", le très progressif et long "Who's Master" (9:16)...).

Si les guitares n'ont plus l'agressivité précédente, les lignes qu'en propose Andreas Hack (aidé par Michael Bauer qui accompagne également le groupe sur scène) s'intègrent pleinement dans la nouvelle dimension enveloppante de la musique. Plutôt qu'un progressif démonstratif, Hack (qui tient aussi la basse sur l'album, celle-ci étant désormais entre les mains de Marco Geipel sur scène) et la toujours inventive Nerissa Schwartz distillent une intensité pleinement dévouée à la dramaturgie espérée, enchaînant magnifiquement temps forts et faibles. "Who's Master" est l'exemple parfait de cette volonté, ce titre pouvant très bien être imaginé comme constitutif d'une comédie musicale, Irini Alexia "jouant" pleinement sa partition ! Dans cette optique, le majestueux instrumental "Ghosts When It Rains" vient conclure ces Letters To Maro de la plus belle des manières. Cerise sur le gâteau, les plus chanceux auront profité du titre "Windows" en précommande numérique, joli cadeau de la part d'un groupe et d'un label - Gentle Art Of Music - qui continuent de poser les jalons d'un travail qualitatif indéniable.

Décidément, Frequency Drift ne cesse de nous surprendre, sans pour autant se départir d'une qualité époustouflante. Letters To Maro ne déroge pas à la ligne de conduite du groupe et, selon sa perception, l'auditeur pourra trouver en celui-ci sa meilleure production à ce jour. C'est en l'occurrence mon sentiment...

Henri VAUGRAND

(chronique parue dans Big Bang n°102 - Mai 2018)