
PISTES :
1. All This Time (6:26)
2. Creatures (7:40)
3. The Celestial Metal Can (In memory Of Charles Ives) (8:18)
4. Gagutz (7:56)
5. Waterfall Carnival (21:13)
FORMATION :
Nick Lieto
(chant, claviers, Mellotron, orgue Hammond, piano, trompette, percussion, eau chaude)
Frank Camiola
(guitares électrique et acoustique, guitare classique, banjo ténor, basse, claviers additionnels, percussions)
Bill Ayasse
(violons électrique et acoustique, violon alto, mandolines, choeurs, percussions)
Andrew Sussman
(basse)
James Guarnieri
(batterie, percussions)
INVITÉS
Sharon Ayasse
(flûte [3-5])
Steve Campanella
(marimba [2,4-5])
Christopher Tunney
(clarinette [3-4])
Dee Harris
(sarod [3])
Time Roache
(divers, chant [3])
Marjorie Ayasse
(choeurs [2], chant [1,3])
Dr. Mac et Brother Bam
(chant [1,3])
EXTRAITS AUDIO :
FROGG CAFÉ
"Creatures"
États-Unis - 2003
Autoprod. - 53:12
A ses débuts en 1998, Frogg Café s'appelait Lumpy Gravy et se hasardait, dans les clubs new-yorkais, à reprendre des compositions issues du répertoire de Frank Zappa. Une fascination pour le maître guitariste qui transparaît sur Creatures, son second album, publié l'été dernier outre-atlantique et qui débarque donc quelques mois plus tard sur le Vieux Continent. A l'instar de bon nombre de ses compatriotes (Echolyn, Salem Hill ou le revenant Hands pour citer ses plus proches parents stylistiques), la formation américaine produit un rock progressif à la fois sophistiqué et accessible, technique et mélodique, et puise son inspiration dans divers courants musicaux.
Le premier titre, «All This Time», articulé autour de la voix de Nick Lieto, par ailleurs claviériste et trompettiste, a des consonances pop-rock mais est agrémenté d'arrangements soignés qui lui confèrent une indéniable dimension progressive. Les instrumentistes jouent juste, il faut dire qu'ils sont tous (ou presque) diplômés d'une école de musique. Les riffs de guitare légèrement metal et les claviers mellotronesques soulignent une mélodie vocale joliment accrocheuse. Une bonne entrée en matière mais le meilleur reste à venir. Le morceau éponyme, sur lequel plane l'ombre de Zappa, notamment à travers les parties de marimba, est délectable. Le chant, s'il n'a rien de phénoménal, est bien assuré, et les rythmes sont complexes sans être inutilement compliqués. Bref, tout au long de ces huit minutes, Frogg Café nous enchante et montre qu'il a bien digéré ses influences.
Hommage au compositeur Charles Ives, «The Celestial Metal Can» est très expérimental, une espèce de 'rock de chambre' assez bruitiste et, c'est le moins qu'on puisse dire, pas facile d'accès. Cette composition aura du mal à retenir l'intérêt, peut-être même celui des amateurs de RIO habitués aux audaces les plus folles. Au delà de sa qualité intrinsèque discutable, le plus embêtant c'est que sa place ne semble pas justifiée au sein de l'album. On peut même parler de hors sujet. Libre à chacun de jouer de la télécommande ou de programmer son lecteur pour zapper la plage trois !
Dans une veine jazz-rock, «Gagutz» est totalement instrumental et fait la part belle aux envolées solistes. Le violon électrique de Bill Ayasse, qui évoque Jean Luc Ponty, la guitare rugueuse et la trompette pétulante prennent leur liberté, tandis que la basse funky réchauffe les cœurs. On pense à Mahavishnu Orchestra ou encore à Zappa, dans un registre plus 'free' cette fois. Vivement que Big Bang consacre un dossier à cet artiste, non ?
Enfin, «Waterfall Carnival» et ses 21 minutes n'est autre qu'une pièce de rock progressif dans la plus pure tradition seventies, et de la plus belle eau. Symphonisme romantique (arpèges de guitare acoustique et flûte enjôleuse) à la Genesis, rock précieux et chaleureux dans la lignée de Kansas, voici un 'épic' riche en variations climatiques, en thèmes imparables et qui bénéficie d'une interprétation toute en finesse. Certes, la relative sagesse ressentie ici (le manque de pêche pourrait-on dire) pourra frustrer les amateurs de joutes instrumentales enflammées mais elle sera au contraire, pour d'autres, vecteur d'authentiques émotions.
Creatures est une œuvre éclectique mais somme toute plutôt cohérente, si l'on met de côté les huit minutes centrales, dans laquelle rock symphonique et fusion progressive font bon ménage. Frogg Café, tout en profitant pleinement de l'héritage seventies, fait montre de fraîcheur et de créativité. Il ne peut que susciter l'enthousiasme d'un large public et ne doit en aucun cas être négligé dans la masse des productions actuelles. Un groupe à encourager vivement et à surveiller de très près, d'autant que si les prévisions se confirment, un nouvel album doit être publié cette année.
Yann CARREAU
(chronique parue dans Big Bang n°53 - Mai 2004)


