BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Eternal Optimist (6:31)
2. Fortunate Observer Of Time (7:04)
3. Reluctant Observer (9:27)
4. No Regrets (8:13)
5. Resign (1:05)
6. You're Still Sleeping (10:45)
7. Abyss Of Dissension (15:38)
8. Release (3:56)

FORMATION :

Andrew Sussman

(basse, violoncelle, chant)

Bill Ayasse

(violons électrique et acoustique, chant, mandoline, percussions)

Nick Lieto

(chant, claviers, piano, trompette, flugelhorn)

Steve Uh

(guitares électrique et acoustique, claviers, violon)

James Guarnieri

(batterie, percussions)

INVITÉS

John Lieto
(trombone [2,4,6,7])

Steve Campanella
(marimba [1,3,4,6])

Ed Mann
(marimba, vibraphone, percussions [7])

Izzy Mergen
(congas [4,6,7])

Marjorie Ayasse
(chant)

Sharon Ayasse
(flûte)

Tim Roache
(shhh [2])

FROGG CAFÉ

"Fortunate Observer Of Time"

États-Unis - 2005

Progrock Records - 61:50

 

 

Après un premier album éponyme paru en 2001, proposant une fusion influencée par Franck Zappa, Mahavishnu Orchestra ou encore Dixie Dregs, puis un second, Creatures, sorti en 2003, foulant les terres symphoniques (avec quelques escapades avant-gardistes), Frogg Café poursuit son petit bonhomme de chemin et affirme son style avec Fortunate Observer Of Time. Sorte de synthèse de cinq années de création artistique, ce troisième album de la formation américaine conjugue avec de plus en plus de pertinence divers genres musicaux (rock, prog, jazz, pop, classique...).

Si les huit compositions, comprises entre une et quinze minutes, renvoient par moments à des références bien connues (à celles citées plus haut ajoutons Kansas, Gentle Giant, King Crimson, Caravan), une vraie personnalité en émane. Au fil des années, Frogg Café est parvenu à se débarrasser d'influences trop évidentes et à recentrer son propos (Creatures souffrait d'un trop grand éclectisme) pour donner naissance à une œuvre inspirée et homogène. Les parties chantées, interprétées par le claviériste-trompettiste et principal compositeur Nick Lieto, ont un indéniable accent pop (format couplet-refrain aux mélodies joliment accrocheuses) et servent souvent de piste d'élan ou de tremplin aux nombreuses envolées instrumentales. Le violoniste Bill Ayasse est ainsi particulièrement à l'honneur et s'affiche comme la véritable révélation de l'album. On se délecte de ses coups d'archet, lyriques, soyeux, mordants, passionnés.

Les autres musiciens ne sont pas en reste, à commencer par le guitariste Steven Uh, nouveau venu au jeu varié, à la fois incisif lors de soli et subtil en accompagnement (appréciez par exemple la wah-wah sur les séquences funky de la suite «Abyss Of Dissension»). Les claviers, bien qu'en retrait, participent à la richesse harmonique, avec un piano que l'on perçoit davantage à chaque écoute. Quant à la section rythmique aux couleurs jazzy, sinueuse ou groovy, elle privilégie la finesse (un festival de cymbales !) à la démonstration de force. Par ailleurs, plusieurs invités aux trombone, marimba, vibraphone (Ed Mann, ex-musicien de Zappa), congas, flûte, viennent renforcer le quintette et leurs interventions sont tout sauf anodines. Sans les percussions mélodiques, Frogg Café ne serait pas Frogg Café !

Globalement, l'exécution instrumentale est de très haut niveau. Rien d'étonnant quand on sait que les cinq (multi)-instrumentistes possèdent de solides bagages techniques (la plupart sont diplômés d'une école ou d'une université). La maîtrise dont ils font preuve leur permet de se livrer à quelques audaces mais on a parfois le sentiment qu'ils calculent un peu trop. Ainsi, bizarrement, certains passages de l'album semblent manquer de vie, de spontanéité alors que d'autres dégagent chaleur et enthousiasme, comme si le groupe cherchait encore sa voie, hésitant entre sérieux et folie.

Malgré cela, Fortunate Observer Of Time est une réussite notable, une œuvre équilibrée à l'inspiration constante et qui bénéficie par ailleurs d'une production de qualité. Avec sa troisième réalisation, il n'est pas exagéré d'affirmer que Frogg Café rejoint le cercle des formations progressives qui comptent. Et ce dans le sens où il parvient à concilier, comme peu savent le faire de manière aussi probante aujourd'hui, ambition et accessibilité, complexité et mélodie.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)