
PISTES :
1. Future Legends (1:27)
2. Decision (6:21)
3. As Day Breaks With Dawn (4:58)
4. Graveyard Epistle (6:14)
5. Lord Of The Incubus (6:20)
6. Olde Tyme Future (5:33)
7. Song For A Thought (7:25)
8. Future Legends (0:47)
FORMATION :
Peter Farrelly
(basse, flûte, chant)
Martin Foye
(batterie, percussions)
Stephen Houston
(claviers, hautbois, chant)
Vincent McCusker
(guitares électrique et acoustique, chant)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Faced With Shekinah (8:23)
2. Wise As Wisdom (7:07)
3. White Eyes (7:16)
4. Garden Lady (9:00)
5. Three Spires (5:00)
6. Elizabeth (7:45)
7. The Seventh Secret (1:08)
FORMATION :
Peter Farrelly
(basse, flûte, chant)
Martin Foye
(batterie, percussions)
Stephen Houston
(claviers, hautbois, chant)
Vincent McCusker
(guitares électrique et acoustique, chant)
----------------------------------------------

PISTES :
1. It's All Up Now (7:20)
2. Prince Of Darkness (3:48)
3. Jaunting Car (2:23)
4. Annie Austere (5:14)
5. Knowing You (2:46)
6. Crystal Brook (7:58)
7. Seaward Sunset (3:08)
8. The Perfect Wish (9:49)
9. Prince Of Heaven (3:31)
FORMATION :
Peter Farrelly
(basse, flûte, chant)
Martin Foye
(batterie, percussions)
Stephen Houston
(claviers, hautbois, chant)
Vincent McCusker
(guitares électrique et acoustique, chant)
----------------------------------------------

PISTES :
1. Misty Morning Way (6:55)
2. Masquerading With Dawn (7:15)
3. Germenghast (10:46)
4. Mistery Might (8:20)
5. Why (4:08)
6. Janet Planet (2:54)
7. Sheba's Song (8:26)
FORMATION :
Peter Farrelly
(basse, flûte, chant)
Martin Foye
(batterie, percussions)
John Mason
(claviers, vibraphone, chant)
Vincent McCusker
(guitares électrique et acoustique, chant)
FRUUPP
"Future Legends"
Pays-Bas - 1973 - Arcàngelo - 39:05
"Seven Secrets"
1974 - Arcàngelo - 45:39
"The Prince Of Heaven's Eyes"
1974 - Arcàngelo - 45:57
"Modern Masquerades"
1975 - Si-Wan - 48:42
Cette formation Irlandaise a réalisé entre 1973 et 1976, quatre albums de progressif qualifiés de pastoraux et symphoniques (art-rock), en tout cas parfaitement originaux et personnels. Si la qualité de leurs productions dépasse largement leur reconnaissance médiatique et publique, il est évident que tout amateur de progressif de qualité (je tiens cette précision) se doit de connaître le son de Fruupp. D'ailleurs, les Japonais ne s'y sont pas trompés, en rééditant les premiers la discographie du groupe...
Le nom du groupe, selon le Melody Maker, serait celui d'un fantôme féminin qui hantait la maison où les musiciens rodaient leur répertoire. Cette «fantômette» est ensuite devenue leur mascotte... La formation est née en 1971, à l'instigation de Vincent McCusker (guitare et chant), lequel a déjà roulé sa bosse dans plusieurs groupes. Il s'adjoint les services de Steven Houston (claviers et hautbois), Peter Farelly, alors artiste indépendant (chant, basse, flûte), et Martin Foye (batterie). Un cinquième élément est présent et suivra le groupe tout au long de ses quatre albums : Paul Charles, parolier (parfois) et coordinateur des concepts des albums (en quelque sorte, le Peter Sinfield de Fruupp !).
Cette formation rode son répertoire à l'occasion de nombreux concerts de la mi-1971 au début 1973 (plus de 200 par an !). A l'occasion d'un de ceux-ci, en Angleterre, le manager de Dawn Records, Robin Blanchflower, enthousiasmé par le morceau «Decision» (que l'on retrouvera sur le premier album), signe le groupe. Fruupp s'installe alors au studio Escape, dans le Kent, et y élabore le contenu de son premier album.
Future Legends (Juillet 1973)
Dès l'intro de ce premier opus, nous comprenons que ce n'est pas du hard-rock : le haubois et les claviers 'strings' donnent le ton pour un rock classisant et précieux. Les compositions mêlent des ambiances feutrées à des parties plus intenses, généralement menées par une guitare presque agressive. Ces jeunes musiciens, qui ne font pas preuve d'une technique débordante, compensent ce relatif point faible par une joie de jouer des plus communicatives. Ils ont visiblement le sens de l'harmonie, et ont bien compris que l'usage intensif de breaks est une des caractéristiques du genre progressif auquel ils souhaitent s'affilier. Le tempo des morceaux nous guide sur des courants doux, à l'image de Le Orme, pourtant, lorsque la guitare prend le dessus (et cela arrive souvent sur ce premier album), l'énergie dégagée devient presque palpable, autant dire que les contrastes sont légions ! La voix si particulière du bassiste-chanteur nous accroche immédiatement. Elle demeure modulable à souhait, tantôt lyrique et calme, tantôt hargneuse et agressive, elle ne perd jamais sa singularité et son côté légèrement nasillard. L'emploi du hautbois, instrument rarement utlisé dans les formations rock, marquera le style propre à Fruupp, et ce pour l'ensemble de leurs productions. Quelques délicates parties de flûte sont également au programme et finissent d'étoffer les arrangements.
Ce premier album, bien qu'agréable, pèche encore par manque de maturité, à l'image du premier album de Genesis dont il se rapproche de par le manque de parties aventureuses, sauf pour «Olde Tyme Future», pièce maîtresse de l'album : aucun morceau n'est véritablement marquant, et surtout, l'orgue Farfisa s'avère quelque peu limité dans son registre sonore. La "pêche" mentionnée plus haut ainsi que ce côté rugueux assez inédit pour le genre évoqué en font tout de même un album recommandable.
Seven Secrets (Janvier 1974)
Un
pas de géant est
franchi par le groupe avec ce second album, tout empli de subtils
arrangements, évoquant fortement les canons de la musique
classique; la photo du groupe au verso de la pochette est d'ailleurs en
ce sens représentative : les quatre musiciens semblent
sortis tout droit d'un conservatoire de musique du XVIIIème
siècle ! Par ailleurs, une large place est
désormais allouée aux développements
instrumentaux, et comme vous allez le voir (ou plutôt
écouter), c'est un régal ! Le premier morceau,
«Faced With Shekina», comporte une
entrée baroque en diable, puis les habituels breaks nous
mènent soit vers une guitare quelque peu vive, soit vers des
choeurs angéliques, «Wise As Wisdom» est
significatif de la maturité acquise par le groupe, via la
prise de risque : longue intro atmosphérique de
près de 2 minutes 30 ! De belles harmonies vocales prennent
le relais, suivies par des montées - ou descentes -
d'octaves, ce gimmick étant également une des
caractéristiques du style de Fruupp. A l'image de
l'excellent morceau suivant, «White Eyes», ce
magnifique album mixe avec bonheur les parties
atmosphériques et apaisantes, acoustiques, classisantes ou
symphonisantes. Cette pièce s'achève sur un tempo
guilleret, qui n'en finit plus de finir (encore une prise de risque) !
Enfin vient «Elizabeth»... Durant les 7 minutes 50
de cette pièce de S. Houston, ce n'est que beauté
ensorcellante, les 'strings' claviers utilisés comme le fond
de violons d'un orchestre classique, la voix de P. Farelly apaisante
à souhait, la composition exposant des vagues de
synthés et une subtilité des arrangements
rarement égalée, même avec les
années ! Vous l'aurez compris, ce morceau est un symbole du
classico-rock ou rock-baroque. Bref et objectivement, cet album est une
éclatante réussite, qui porte très
haut les couleurs du rock progressif.
The Prince Of Heaven's Eyes (Septembre 1974)
Quelques mois après Seven Secrets, Fruupp enregistre son troisième album, dans une veine aussi léchée que son prédécesseur : les acquis en terme de technique, de richesse et variété des compositions sont conservés, et l'on notera simplement que les claviers dominent plus l'environnement sonore.
Pour ma part, j'avais découvert cet album en 1976, lors de la tournée «Le Rock d'Ici», organisée par la revue Best et le label Crypto, ex Arcane. En effet, le label de J.C. Pognant, qui produisait entre autres Mona Lisa, Tangerine et la perle niçoise Carpe Diem de mon regretté ami Claude-Marius David, diffusait également certains disques jugés en adéquation avec l'esprit de Crypto, que ce soit dans le type de musique ou dans les efforts du groupe ou du label d'origine pour s'affranchir des contraintes imposées par le 'business'. A l'occasion du concert de Six-Fours, je tenais donc le stand de disques de Crypto (étant étudiant, j'avais eu ainsi l'entrée gratuite au concert), et à la pause, entre Ange et Wapassou, fouinant dans les bacs, j'ai flashé sur la pochette de The Prince of Heaven's Eyes, seul album de Fruupp distribué. La musique que j'allais découvrir par la suite allait durablement m'impressionner...
Le style de cet album, majoritairement écrit par S. Houston (les deux morceaux écrits par V. McCusker se fondent parfaitement dans le moule du concept, il est à noté que ce sont les seuls titres avec de la flûte), s'est assagi, est moins aventureux que son prédécesseur, et correspond à un progressif plus conventionnel et donc plus fédérateur pour les amateurs de ce genre, expliquant ainsi son succès commercial (relatif mais mérité). D'ailleurs, de nombreuses analogies avec Genesis sont perceptibles : voix à la Gabriel (sur le titre "Annie Austere" particulièrement et la façon dont P. Farelly roule les "r"), cascade d'accords de claviers, travail théâtral des voix... Toutefois, la classe de Steven Houston ressurgit avec évidence dans la pièce «Seaward Sunset» : chœur éthéré et piano classisant, suivie par la pièce maîtresse de l'album, «The Perfect Wish». Ici, les ingrédients de Seven Secrets sont réutilisés durant 10 minutes : longue introduction instrumentale (2 minutes 40) dominée par le piano, guitare lyrique et camélienne, puis partie classisante, beauté des mélodies qui se succèdent... Prince Of Heaven's Eyes est un concept-album foncièrement tourné vers la lumière et c'est assez rare pour être signalé. Des mélodies entraînantes et même parfois guillerettes sont disséminées au long de l'album, elles contrastent tout juste avec les quelques touches mélancoliques (souvent divulguées par le hautbois, la flûte ou le chant) présentes ici et là. Superbe !
Modern Masquerades (Septembre 1975)
Durant les sessions de The Prince of Heaven's Eyes, Steven Houston s'ouvre à la religion, et décide alors de quitter Fruupp pour se consacrer à sa nouvelle vocation spirituelle. Par la suite, il rejoindra une formation de rock-chrétien, Liberation Suites, et réalisera également quelques albums solos dans cette veine. Il sera remplacé aux claviers par John Mason, lequel, et c'est net à l'écoute de Modern Masquerades, ne possède pas la sensibilité - que je qualifierais donc d'angélique - de son prédécesseur. S. Houston a emporté avec lui une grande partie des caractéristiques qui faisaient le charme du style de Fruupp... Le jeu du nouveau claviériste est plus austère, et le choix des instruments, notamment le piano électrique, qui sonnent plus «jazz» une relative ouverture à l'improvisation, ainsi que la nouvelle énergie - toute relative - des compositions, contribuent au nouveau son de Fruupp. Par ailleurs, pour les maisons de disques, l'époque n'est plus vraiment aux grandes suites symphoniques ni aux envolées romantiques...
Cet album, produit par Ian McDonald (producteur demandé durant cette période puisqu'on le retrouve derrière les consoles de Darryl Way's Wolf ou Fireballet), présente quand même un ensemble de sept pièces fort agréables, dans lesquels les textes reprennent leur place, et «Gormenghast» (seule composition de John Mason et paradoxalement la plus proche de celles de son prédécesseur) nous offre de plus une discrète partie de sax de l'ex membre de King Crimson. Modern Masquerades est en définitive un bon, même un très bon album, mais qui ne possède plus le caractère et la magie de ses deux prédécesseurs, même si d'aucun est en droit de préférer la nouvelle tournure, disons, plus "terrienne" prise par le groupe et sera malheureusement l'ultime témoignage discographique de l'excellent Fruupp.
De nos jours, Steven Houston est devenu vicaire, Martin Foye a joué dans plusieurs formations de rock celtique (The Bad Articles, The Crowd, MGM, Circle Of The Moon), Vincent Mc Cusker travaille dans une boutique d'intruments de musique, et Paul Charles est devenu écrivain. Les groupes ayant eu l'opportunité de sortir quatre albums durant leur existence ne sont pas légion, qui plus est quatre albums de fort bonne qualité. Libre à vous, ensuite, selon vos affinités et vos goûts, de choisir entre le côté céleste et classisant de Seven Secrets et de Prince Of Heaven's Eyes (dominés dans l'interprétation comme dans la composition par S. Houston) ou le rock progressif plus énergique et terrien de Future Legends et de Modern Masquerades (portant plus la "pate" de V. McCusker). Le fan de progressif ouvert et curieux optera pour les quatre, il va sans dire.
Jacques TONI
(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)

