BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Year Zeroverture (4:45)
2. Belt up (3:47)
3. Ever The Optimist (3:43)
4. The Charlotte Suite (1:06)
5. Haunted (4:21)
6. Democracy (9:52)
7. Baroque And Roll Dementia (2:26)
8. A Deep Understanding ? (3:51)
9. The Jazz Suite (1:42)
10. Take A Deep Breath And Hold On Tight (1:35)
11. Hindsight 1 – Piano And Clarinet (2:14)
12. Hindsight 2 – A Very Clever Guy Indeed (5:40)
13. The September Suite (3:45)
14. World Watching (2:25)
15. Deceptive Vistas / Postscript – Perspective (4:44)

FORMATION :

Roy Keyworth

(guitares électriques et acoustiques)

Stuart Nicholson

(chant, claviers)

Spencer Luckman

(batterie, percussions)

Dean Baker

(claviers)

Neil Pepper

(basse)

INVITÉS

John Wetton
(chant et chœurs)

Sarah Quilter
(flûte, saxophone, clarinette, chant)

GALAHAD

"Year Zero"

Royaume Uni - 2002

Avalon Records - 54:01

 

 

Issu de la seconde vague des groupes néo-progressifs anglais des années 80, Galahad n'a jamais véritablement marqué les esprits au-delà d'un capital sympathie mâtiné de condescendance. Le genre de groupes qu'on ne dénigre pas vraiment, mais qu'on ne portera jamais aux nues non plus. Et dont on n'attend pas la moindre surprise ! Avec la parution de Year Zero, le statut du groupe pourrait bien changer, tant cet album est étonnant de bout en bout. Depuis sa création en 1985, Galahad a connu pas mal de changements de personnel, pour ne garder à sa tête que le chanteur Stuart Nicholson et le guitariste Roy Keyworth. Au fil du temps sont arrivés Spencer Luckman à la batterie, Neil Pepper à la basse et Dean Baker aux claviers. C'est cette équipe qui a publié il y a quatre ans Following Ghosts, album passé un peu inaperçu alors qu'il portait déjà en lui les germes de Year Zero, tout particulièrement une ouverture d'esprit musical très large. Fini donc le temps du néo pur et dur !

Ce nouvel album représente un bond en avant supplémentaire et inespéré, et marque surtout par la révélation de son claviériste : Dean Baker. Quand les deux leaders «historiques» d'un groupe sont le chanteur et le guitariste, on ne s'attend pas à ce que la musique proposée fasse la part belle aux claviers. Le fait est pourtant là : nos deux compères ont dû sérieusement lâcher la bride du préposé es touches blanches et noires, car des claviers, il y en a partout, de toutes les formes, de toutes les époques, de l'analogique au numérique. Orgue d'église et Hammond, piano, synthés cosmiques, Mellotron, échantillonneurs en tout genres. Et non seulement la gamme d'instruments est vaste, mais les styles empruntés le sont encore plus : du jazz à la jungle, du progressif au classique, de la pop aux musiques électroniques, et j'en passe. Tout ceci est mélangé, arrangé puis redistillé avec un talent proprement époustouflant. A aucun moment on ne ressent la moindre impression de collage artificiel, et le concept de l'album fait même judicieusement appel à certains thèmes récurrents. Dean Baker ne fait jamais dans l'esbroufe, mais tente au contraire d'utiliser au maximum la palette technologique qui s'offre à lui pour créer, avec ses acolytes, des compositions variées et sans cesse inattendues. Et même si les autres musiciens paraissent en retrait, leurs performances n'en sont pas moins pertinentes et intéressantes. Tout comme l'apport non négligeable des invités au chant lyrique, à la flûte, au saxophone, à la clarinette et à la trompette.

L'album est divisé en quinze titres aux durées très variables (de 1:07 à 9:53), de courts intermèdes synthétiques planants (qui évoquent fortement... Tangerine Dream !) à une démonstration incroyable des vastes capacités créatrices et de l'inspiration multi-horizons du claviériste (toujours lui) sur le long «Democracy», en passant par des chansons plus traditionnelles (il faut bien que Stuart Nicholson chante un peu, c'est-à-dire bien moins que la moitié de l'album !!!) et des envolées typiquement progressives, comme le sublime «Belt Up» avec la guitare flamboyante de Roy Keyworth et la présence de... John Wetton au chant. Et j'oublie les passages acoustiques, qui nous rappellent que Galahad a formé un projet parallèle excellent du nom de Galahad Acoustic Quintet (un album en 1995). Bref, cet album est une source d'étonnement et de contentement permanents. Si vous êtes restés sur l'idée que les groupes labellisés néo-prog étaient irrémédiablement perdus et condamnés à se répéter sans fin, jetez-vous sur cet opus, vous n'en reviendrez pas, parole de converti ! Year Zero marque sans doute un nouveau départ pour Galahad (je sais, c'était facile); on ne peut que leur souhaiter de continuer dans cette voie nouvelle et libre : la très grosse surprise du moment.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°47 - Décembre 2002)