
PISTES :
1. De-Fi-Ance (5:45)
2. Termination (7:14)
3. I Could Be God (13:58)
4. Sidewinder (11:00)
5. Memories From An African Twin (4:02)
6. Empires Never Last (9:05)
7. This Life Could Be My Last (10:23)
FORMATION :
Stuart Nicholson
(chant)
Spencer Luckmann
(batterie, percussions)
Lee Abraham
(basse, chœurs)
Dean Baker
(claviers)
Roy Keyworth
(guitares)
INVITÉS
Karl Groom
(production, guitares additionnelles)
EXTRAITS AUDIO :
GALAHAD
"Empires Never Last"
Royaume-Uni - 2007
Voiceprint - 61:43
Quel bonheur que ce disque ! Si je ne savais pas que The Mars Volta doit sortir son nouvel opus avant la fin de l'année, je vous dirais tout de go que voilà sans coup férir mon album numéro 1 de 2007. Rien que çà ! Et quelle surprise de voir un groupe avec plus de vingt ans d'existence nous pondre un album meilleur que jamais, un véritable chef d'œuvre ! Il est plus fréquent de rencontrer un parcours qualitatif descendant que l'inverse, et pourtant Galahad est de cette trempe là.
Il y a cinq ans, je me réjouissais de la tournure inattendue prise par la carrière de ce groupe anglais, le voyant emprunter avec Year Zero une voie nouvelle et très libre, à mille lieues des poncifs du néo-progressif dans lequel tout le monde l'avait catalogué une fois pour toutes. Le tour de force de Empires Never Last est d'avoir réussi à surpasser encore ce qui paraissait être le sommet de son œuvre.
Totalement habité par son sujet (en gros, la soif insatiable de pouvoir des tyrans et l'irrémédiable chute de leurs empires construits dans la souffrance), le chanteur Stuart Nicholson n'est pas le dernier à bénéficier de l'envergure nouvelle de son groupe. Jamais on ne l'avait entendu chanter aussi bien, jamais il n'avait expérimenté autant de voix différentes, du plus aigu au cri de fou furieux (vous avez dit dictateur ?) le plus terrifiant, du plus suave au plus démoniaque, au point qu'on jurerait entendre le fameux Mr Doctor de Devil Doll sur le titre d'ouverture «De-fi-ance» ! Pour profiter au maximum de cette grande œuvre, il faut faire l'effort de suivre les textes (pleins de double sens sur ce même morceau), car à maintes reprises le grand frisson sera encore plus intense. Mais même sans cela, difficile de ne pas se laisser happer par cette heure de musique, et cela dès les vocalises féminines aériennes qui ouvrent en beauté l'album.
Suivront une multitude d'ambiances tour à tour ultra-symphonique, rageusement rock, d'une limpidité mélodique exceptionnelle, où chaque instrumentiste donne clairement le meilleur de lui-même. La section rythmique constituée de Spencer Luckman et du nouveau venu bassiste Lee Abraham est impériale dans ses multiples facettes (du plus sobre au plus méchamment burné !), la guitare de Roy Keyworth n'a jamais été aussi brute ou limpide, et les claviers de Dean Baker sont encore plus nombreux, multiformes, et impressionnants d'à-propos dans toutes leurs interventions. Ce très talentueux musicien ne connaît visiblement pas de limites, capable de jouer de l'orgue d'église et d'enchaîner sur des loops synthétiques, d'égrener des notes de piano cristallines avant de laisser s'envoler ses sublimes nappes de mellotron.
Les sept compositions (moins une en réalité, j'y reviendrai - de 4:07 à 14:01) constituent un tout qu'il est inutile de vouloir dissocier, car chaque morceau se fond et s'intègre dans l'ensemble telle l'inexorable descente vers la mort qui attend même celui qui se prétendait l'égal d'un dieu ! Les moments de bravoure se succèdent à un point que cela en devient étourdissant. Jusqu'au magnifique solo de guitare électrique final de «This Life Could Be My Last» (un des plus beaux qui soient), pas un instant on a envie de décrocher de cette galette... Bon d'accord, il y a ce fameux morceau situé en cinquième position, «Memories From An Africa Twin» (le plus court aussi), où ces satanés farceurs d'anglais n'ont pu résister au plaisir de tout dédramatiser : on croirait entendre la musique d'une pub des années 70 pour une célèbre marque de collants puis la bande-son des Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy ! The famous British sense of humour...
Compte tenu de la qualité déjà atteinte par Year Zero, on pouvait espérer beaucoup de Empires Never Last, mais ce nouvel album (le cinquième seulement véritable opus studio du groupe !!!) dépasse de loin tous les espoirs (franchement, même les miens). Profitez donc sans retenue de ce chef d'œuvre (j'insiste) et comme le groupe le suggère : JOUEZ LE FORT !
Christian AUPETIT
Entretien avec Stuart "Stu" NICHOLSON :
Empires Never Last est sorti officiellement en juin mais il semble que des copies non finalisées circulaient sur le net plusieurs mois auparavant. Pourquoi la publication du CD a-t-elle été aussi longue ?
En fait il s'agit d'une pré-version de l'album que nous vendions pendant les concerts de notre petite tournée de novembre 2006. Nous n'avions pas eu le temps de terminer l'album dans de bonnes conditions à cette période, et pour faire patienter nos fans, nous avons décidé de leur offrir la possibilité d'acquérir cette version en avant-première.
Cela nous prend beaucoup de temps d'écrire, d'enregistrer, de mixer et enfin de publier nos albums, et nous avons peut-être pris encore plus de temps avec celui-ci car nous voulions que tout soit aussi parfait que possible, et je crois que le produit fini va dans ce sens. Empires Never Last est, à notre avis, ce que nous avons fait de meilleur à ce jour, tant en terme de musique que de production, et jusqu'aux visuels du livret.
Year Zero était déjà un superbe album, mais Empires Never Last est effectivement encore supérieur ! Pensez-vous que le sujet traité ait décuplé votre créativité ? Comment l'avez-vous choisi ?
Year Zero est très différent, car dès le départ, nous avions décidé d'expérimenter pour créer une seule pièce de musique, sans véritables chansons distinctes, mais avec des mélodies fortes. C'était plus "progressif" au sens premier du terme, et nous étions vraiment dans l'esprit d'un concept-album. La seule chose perfectible concerne la production, qui n'est pas aussi bonne qu'elle aurait dû l'être, mais nous manquions de temps et d'argent pour faire mieux. Empires Never Last est plus articulé autour de chansons, même s'il s'agit de longues chansons. L'album est également plus puissant, et bien mieux produit grâce au travail de Karl Groom qui a enregistré et a mixé l'album. C'est aussi un album plus sombre que tout ce que nous avons pu faire auparavant, tant dans la musique qu'au niveau des paroles. Et c'est aussi le plus politique, notre "cri" à nous par rapport au monde actuel. Nous voulons faire en sorte que chaque nouvel album soit radicalement différent du précédent, ce qui a toujours été le cas sauf peut-être pour les deux premiers car les morceaux avaient été composé à la même époque. Je ne supporte pas l'idée qu'on se repose sur nos lauriers ! Dieu seul sait à quoi ressemblera le prochain album !

Les paroles du premier titre peuvent très bien s'appliquer à vous en tant que groupe de rock progressif, toujours là après plus de 20 ans d'existence, et sans doute plus forts que jamais. Est-ce que votre ambition brille toujours de mille feus ? (allusion au vers "our ambition still burns bright", ndr)
Oui, c'était bien le sujet de cette chanson. Ce n'est pas parce que l'on vieillit qu'on ne peut plus apporter notre contribution ni avoir quelque chose à dire dans le monde de la musique, progressive ou autre. Nous sommes toujours très motivés, même après 22 ans dans un groupe ! Et on veut toujours jouer du rock !!
A l'époque où sortaient vos premières démos, pensiez-vous que Galahad pourrait avoir une telle longévité ?
On ne s'est jamais préoccupé de cela. On a vécu de très bons moments, qui n'auraient jamais eu lieu si le groupe n'existait pas. Nous sommes plus qu'un groupe, presque comme une famille, et nous sommes toujours en contact avec la plupart des anciens membres !
Galahad a connu un grand changement avec l'arrivée de Dean Baker aux claviers. Il me semble que sa présence a tiré le groupe vers le haut. Avez-vous le même genre de sentiment ?
Non, l'arrivée de Dean n'a fait aucune différence !!! Je plaisante bien sûr ! En fait, sa contribution a été très importante au niveau de l'écriture. Mais je crois que nous avons tous progressé, mûri, et que nous sommes devenus meilleurs au fur et à mesure que nous continuions d'exister en tant que groupe. Je crois aussi que nous n'avons jamais cessé de respecter nos convictions profondes, à savoir de ne jamais baisser les bras, de garder une attitude belligérante face au monde qui nous entoure. Et cette situation est probablement plus forte aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été par le passé.
Sur cet album vous avez particulièrement expérimenté au niveau vocal, et c'est très réussi ! Pourquoi un tel désir de variété dans le chant ?
Je voulais simplement essayer de nouvelles choses en termes de style, d'attitude, et au final cela a plutôt bien fonctionné. J'ai eu aussi plus de temps à consacrer à mes parties vocales, donc cela m'a permis d'y penser plus intensèment, de tenter de nouvelles expériences. Je n'avais jamais eu autant de temps sur les autres albums, et je crois que le résultat parle de lui-même quant au bien-fondé de la situation.
Comment avez-vous choisi les extraits de discours qu'on peut entendre sur l'album ? Il y a un monde entre Martin Luther King et George W. Bush !
Nous avons écouté beaucoup de discours et Martin Luther King s'est imposé comme le choix le plus adapté par rapport au sens et à la structure du morceau. Quant aux hilarants "Bushismes", ils sont censés refléter le côté humoristique du groupe, mais nous voulions aussi montrer combien cet homme peut être stupide et dangereux !
Quel a été le processus d'écriture de cet album ?
J'avais écrit les paroles, et dans le même temps, on répétait sous forme de jams les idées musicales des uns et des autres jusqu'à ce que quelque chose de satisfaisant finisse par émerger. A ce moment-là, on se mettait à travailler sérieusement sur ces séquences. Parfois, je travaillais aussi plus particulièrement avec Dean ou Roy, et on soumettait le résultat au reste du groupe. Ensuite il s'agissait de donner la bonne forme au tout pour que l'album prenne vie.
«Memory From An American Twin» est un morceau qui dépare du reste de l'album, et qui rappelle tant une célèbre musique de pub pour des collants que l'univers coloré des films musicaux de Jacques Demy. Souhaitiez-vous marquer une pause au cœur de la gravité du reste de l'album... ou est-ce la marque du fameux sens de l'humour anglais ?
C'est effectivement une pointe d'humour, et cela donne aussi un contraste de légèreté par rapport aux autres morceaux de l'album qui sont bien plus sombres. La mélodie principale a été écrite par Roy, et l'idée était d'avoir une chanson simple, avec peu de changements d'accords, les seuls changements étant au niveau des arrangements et des instruments. Roy l'a écrite en pensant à ses virées à moto à travers l'Europe, et nous avons volontairement voulu donner l'impression d'une bande-son tirée d'un film des années 60.
Peut-on pour conclure parler de vos projets ? Allez-vous faire de nouveaux concerts pour la promotion de l'album ?
Nous avons déjà fait une petite tournée en novembre 2006, et nous avons encore quelques festivals prévus dans les prochains mois. On a aussi déjà quelques idées pour le prochain album, mais rien n'est encore au stade de l'écriture. Nous travaillons également aux rééditions de nos vieux albums (le premier, Nothing Is Written, est ressorti début 2007), que nous essayons de compléter avec des enregistrements studio et live encore inédits.
Nous aimerions aussi sortir un nouvel album en concert, ce serait le premier depuis 1995 donc il serait temps. Mais toutes ces choses prennent du temps, et c'est le rythme de Galahad ! Donc pas la peine de retenir votre respiration !!!
Interview réalisée par Christian AUPETIT
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°67 - Automne 2007)


