BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Seas Of Change pochette

PISTES :

1. Seas of Change (42:43) :
- I. Storms are a Comin'
- II. Lords, Ladies and Gentlemen
- III. The Great Unknown
- IV. Sea of Uncertainty
- V. Up in Smoke
- VI. A Sense of Revolution
- VII. Dust
- VIII. 'Tis but a Dream
- IX. As Time Fades
- X. Mare's Nest
- XI. The Greater Unknown
- XII. Storms are a Comin' (Reprise)
2. Dust (extended edit) (5:57)
3. Smoke (extended edit) (7:14)

FORMATION :

Stu Nicholson

(chant)

Lee Abraham

(guitares)

Dean Baker

(claviers)

Tim Ashton

(basse)

Spencer Luckman

(batterie, percussions)

INVITÉ

Sarah Bolter
(flûte, clarinette, saxophone soprano)

GALAHAD

"Seas Of Change"

Royaume-Uni - 2018

Oskar - 55:56

 

 

Sans être resté musicalement inactif depuis son dernier album studio en 2012 (le très bon Beyond The Realms Of Euphoria), grâce notamment à une compilation en forme de retrospective sur 30 ans de carrière (When Worlds Collide sortie en 2015) et la relecture en mode apaisé d'anciens titres (plus quelques nouveaux) sur Quiet Storms paru l'an dernier, on attendait tout de même avec une certaine impatience un véritable nouvel album de la bande à Stu Nicholson. Si le délai de parution s'est allongé, c'est en partie du fait d'un évènement un peu étrange : en effet, le guitariste historique du groupe, Roy Keyworth, n'a tout à coup plus donné de nouvelles à ses compagnons, et c'est finalement d'une manière indirecte qu'ils ont appris au bout de... 2 ans son retrait de toute activité musicale ! Heureusement, le prog étant une grande famille malgré tout, ils ont pu compter sur le retour de leur ancien bassiste Lee Abraham (très actif en solo) pour prendre le poste de guitariste laissé vacant. Etonnant, non ?

Une chose est sûre, si l'effectif du groupe a pu être bouleversé, sa capacité à trouver l'inspiration n'a pas vraiment manqué, tant musicalement que du côté des thèmes à évoquer. C'est ainsi que Seas Of Change et sa pochette explicite ne laisse pas de doutes quant aux bouleversements que subit depuis plusieurs mois le Royaume-Uni avec son fameux "Brexit". L'occasion pour Stu Nicholson de s'interroger sur les conséquences à venir de ces changements importants pour son pays, même si il préfère garder espoir quant à ce saut dans l'inconnu qui attend ses compatriotes...

Musicalement, la composition est ici toute entière dévolue au claviériste Dean Baker. Quand on sait tout le bien que ce musicien a apporté au groupe depuis son arrivée en 1999, aucune crainte à avoir quant à un éventuel despotisme... Et le fait est que Galahad a laissé libre cours à ses penchants les plus progressifs puisque l'album ne compte qu'une seule et unique composition de 43 minutes (complétée en forme de bonus par 2 sous-parties isolées et rallongées avec bonheur, pour 12 minutes de musique supplémentaires). Qui dit long ne veut pas forcément dire bon, mais rassurez-vous, dans ce cas précis, nos bons vieux réflexes pavloviens peuvent s'épancher en toute sérénité. Evidemment il faut s'accorder 3/4 d'heure de pause pour n'écouter que l'album, afin de se laisser à la fois emporter par les diverses ambiances (interventions vocales type chroniqueur journalistique, extraits de discours politiciens) et le flot ininterrompu de musique qui vous transporte. Comme dans les meilleures pièces à tiroirs du prog, on retrouve nombre de thèmes disséminés tout au long du disque, avec une large dominante claviéristique du point de vue instrumental (à la fois claviers vintage et synthés, avec toujours ces petites touches électro très actuelles, mais finalement moins présentes que sur le précédent album), la guitare se "contentant" de quelques interventions plus rares mais ô combien efficaces (riffs tranchants ou superbes envolées lyriques renforcées sur "Dust" et "Smoke" notamment, les fameuses sous-parties reprises en versions longues). Le chant de Stu Nicholson n'est jamais envahissant (comme c'est le cas depuis longtemps dans le groupe), et varie au mieux ses interventions (parlées, chuchotées, scandées, ou violentes à la manière de l'empereur fou de l'album Empires Never Last). La musique a ainsi largement le temps de partir dans de longs développements et d'accumuler breaks/soli/accalmies/parties énergiques (avec des interventions bienvenues de flute, clarinette et saxophone joués par une invitée, Sarah Bolter) jusqu'à revenir à son point de départ, pour un voyage qui vous aura semblé passer bien plus vite qu'en réalité.

Empires Never Last était jusqu'à aujourd'hui le sommet dans la discographie de Galahad, et il y a fort à parier que ce Seas Of Change viendra le rejoindre rapidement. Cinq ans d'attente, ce n'est finalement pas si long quand le résultat est à la hauteur (et même plus). Et le groupe fort de sa nouvelle formation a promis de ne pas laisser autant de temps avant un nouvel opus, on est donc encore plus impatient que la dernière fois pour découvrir ses prochaines productions.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°102 - Mai 2018)