BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Dreamcatcher (part 1) (5:56)
2. Footprints In Red Sand (7:19)
3. Majestic Mountain View (6:11)
4. Voice In The Wind (8:07)
5. Along The Milky Way (5:51)
6. The Power Of Nature (6:35)
7. Ascending On The Eagle's Wings (6:21)
8. Man's Promise To Mother Earth (4:48)
9. Dreamcatcher (part 2) (4:02)
10. The Wheel Of Life (4:58)
11. Floating Down The Silent Stream (6:51)

FORMATION :

Gandalf

(guitares électrique et acoustique, sitar, saz, claviers, synthétiseurs, cherango, piano, mellotron, percussions latines et indiennes)

Peter Aschenbrenner

(flûtes, saxophone, chant)

Emily Burridge

(violoncelle, chant)

GANDALF

"Gates To Secret Realities"

Autriche - 1996

Sattva Music - 67:13

 

 

Il peut paraître étonnant de voir autant d'albums d'un même artiste se succéder si rapidement. Mais un élément essentiel doit être pris en compte : Gandalf consacre sa vie entière à la musique, toutes ses expériences le nourrissent et il n'a de cesse d'enrichir son inspiration, pour ainsi nous délivrer toujours avec autant de conviction une musique belle, positive, même si elle sait avoir conscience de l'incertitude de notre avenir.

Pour cette nouvelle œuvre, notre multi-instrumentiste autrichien a assimilé sa découverte du continent américain (le Sud surtout), consécutivement à quelques concerts donnés l'an passé là-bas. L'album est d'ailleurs dédié aux «peuples natifs du monde entier, que certains veulent (et ont réussi à) détruire au nom de la Civilisation».

Il s'est également entouré de deux musiciens : le fidèle flûtiste-saxophoniste Peter Aschenbrenner et la violoncelliste-chanteuse Emily Burridge, rencontrée lors de cette fameuse tournée.

Autant le dire tout de suite, sa présence illumine nombre de compositions de cet album. Ses interventions, au violoncelle surtout (elle chante, sans réelles paroles, sur trois titres seulement), apportent une touche de gravité, de profondeur et de mélancolie, qui marque durablement l'auditeur. Une nouvelle fois avec Gandalf, le morceau d'introduction «Dreamcatcher Part 1» est une vraie merveille. Le solo de guitare final, qui fait suite au violoncelle, est somptueux, et prouve une nouvelle fois tout le talent caché (Gandalf dans un «vrai» groupe de rock !) de cet instrumentiste hors-pair !

Nous situerons pourtant cet album dans la moyenne des productions de son auteur. Car si plusieurs titres sont vraiment du meilleur niveau, d'autres sont hélas trop ancrés dans une «new-age» très vaporeuse, très minimaliste, et un brin «vide». L'inspiration d'une culture est intéressante quand elle ne sombre pas dans une tentative de «symbiose» plus vraie que nature. Gandalf ne peut en effet pas jouer plus «indien» que les indiens eux-mêmes. Et son talent n'est jamais aussi fécond que lorsqu'il tisse un lien harmonieux entre sa personnalité propre et celle de ses muses inspiratrices.

Les onze titres (de 4:02 à 8:07) naviguent donc entre les plages dominées par ses claviers (tout de même, les sons qu'il parvient à trouver sont souvent étonnants : les nappes sublimes de «Footprints In Red Sand» par exemple) et celles où la flûte, plus rarement le saxophone, le violoncelle ou les guitares (acoustique et électrique) s'unissent pour former un ensemble majestueux.

On n'est sans doute plus vraiment surpris par la musique de Gandalf aujourd'hui, mais il reste un compositeur et un musicien surdoué. C'est d'ailleurs le propre des artistes de 'génie' que d'être capable en période d'inspiration moins vive d'engendrer malgré tout des oeuvres véritables. Notre homme suit une route qu'il se trace lui même au gré non seulement de ses conceptions morales et philosophiques, mais aussi de ses expériences d'être humain à l'écoute du monde et des cultures qui l'entourent. Empreint d'une sagesse rare, Gandalf cherche à la faire partager à travers sa musique.

Et même si ce prosélytisme artistique effleure parfois les écueils de la naïveté ou de la désuétude (en ces temps troublés, le fossé entre l'idéal et la réalité est si profond...), les valeurs véhiculées par notre homme s'avèrent trop universelles pour ne pas chercher à s'en imprégner pleinement. Gates To Secret Realities est donc à considérer avant tout comme une borne supplémentaire dans l'œuvre de Gandalf, ou si vous préférez une nouvelle forme d'éclairage (certainement moins vive que celle des réussites passées...) sur la condition humaine, leitmotiv de la quête du 'magicien des sons'...

Christian AUPETIT et Olivier PELLETANT

Entretien avec GANDALF :

Peux-tu nous raconter les circonstances de ta rencontre avec Emily Burridge ? Envisagez-vous d'ailleurs d'autres collaborations ?

J'ai rencontré Emily pour la première fois pendant la tournée de l'été 1995 au Brésil. Nous avons joué ensemble de façon impromptue à Fortazela, une ville du Nord-Est. Emily avait un concert en solo juste un jour avant nous, alors je l'ai spontanément invitée à se joindre à nous. Le concert s'est admirablement passé, et nous avons décidé de continuer à jouer ensemble. Nous avons ainsi fait d'autres concerts et enregistré cet album. Et puis cet automne, Emily a enregistré plusieurs morceaux de son nouvel album solo dans mon studio, et je joue de la guitare sur ces titres. Donc il est possible que nous continuions à collaborer à 'avenir.

L'album est riche en percussions, ce qui est un peu inhabituel, où as-tu puisé ton inspiration ?

L'album est essentiellement inspiré de la culture des Indiens d'Amérique, qui est très «terrienne», et le battement des tambours est l'élément de base de leur musique. Emily travaillait aussi sur un projet similaire au Brésil, et elle vivait dans une tribu indigène à ce moment-là, alors nous avons eu un bon point de départ en commun pour travailler. Le langage utilisé dans les parties chantées est également inspiré d'un vieux langage tribal.

Qu'en est-il du «Gandalf Live Band» ? Tu nous avais dit qu'il était plus puissant sur scène que ta musique en studio, pourquoi n'envisages-tu pas un enregistrement sous cette forme ?

L'expérience m'a montré que la meilleure façon pour moi de faire de la musique est de travailler seul et d'inviter d'autres musiciens pour les enregistrements. J'ai beaucoup travaillé avec des groupes dans mes premières années, mais pour créer le «son unique de Gandalf», il m'a fallu faire ça tout seul en travaillant très durement. Je n'ai jamais songé à Gandalf comme un groupe. Sur scène, c'est différent. La musique peut vivre autre chose. Peut-être un jour, j'enregistrerai un album en concert...

As-tu une idée des ventes de tes albums ?

Je suis trop occupé à sans cesse travailler de nouvelles idées musicales pour prendre le temps de les compter ! Il y en a eu plusieurs centaines de milliers depuis que j'ai commencé, et je pense que chacun de mes albums doit atteindre les 50000 exemplaires...

Tu t'es déjà beaucoup inspiré des cultures asiatiques et américaines. Qu'en est-il de l'Afrique et de l'Europe (dans le domaine des musiques traditionnelles bien sûr) ?

Il y a toujours eu plein de cultures différentes propices à mon inspiration, et mon but est de créer une espèce de nouvelle «World Music», sans aucune limitation d'aucune sorte. Je sais qu'il y a encore beaucoup de choses que je n'ai pas abordé, et j'espère pouvoir encore enregistrer quelques albums et voyager dans des pays que je ne connais pas pour combler ces manques. J'aimerai beaucoup écrire une «Symphonie Mondiale», avec des musiciens venus de tous les continents et unis sur une unique pièce musicale...

Ta famille tient une place importante centrale dans ton existence. Exerce t-elle une influence sur tes choix musicaux ?

Sans ma famille, je ne pourrai rien composer. Ma femme et mes enfants, avec tout leur amour et leur compréhension, ont une influence très positive sur mon travail. Ce sont eux qui écoutent en premier mes nouvelles compositions. Mon fils Christian, qui a 14 ans, est déjà un très bon batteur. En plus de jouer avec son propre groupe, il m'a même accompagné à quelques concerts cette année.

Penses-tu que la musique puisse vraiment changer notre perception du monde ?

Je crois que la musique a une grande influence sur la conscience et la psychologie des gens. Elle peut transcender de nombreuses émotions et être utilisée pour guérir des gens. Tout dépend de l'approche et de la philosophie des gens qui la composent...

Enfin, quels sont tes projets immédiats ?

En ce moment, je travaille sur un projet très spécial avec un musicien en Amérique, qui donnera un album très certainement en 1997. Mais je ne peux vous donner plus de détails pour l'instant. Joyeux Noël et bonne année à tous !

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°18 - Hiver 1996/97)