BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Chemotaxis (34:05)
2. Dave In The Swimming-Pool (3:16)
3. La Belle Dame (9:17)
4. Immer Unterwegs (4:45)
5. Psychic Infrared (5:11)
6. Immune (He Knows My Strength...) (3:51)
7. No More (6:20)

FORMATION :

Alessandro Seravalle

(chant, guitares électrique et acoustique, orgue [5])

Camillo Colleluori

(batterie)

Mauro Olivo

(claviers)

Marco Ferrero

(Chapman Stick)

INVITÉS

Davide Piai
(basse fretless [7])

Alex Stornello
(guitare)

GARDEN WALL

"Chimica"

Italie - 1997

WMMS - 66:48

 

 

Groupe déconcertant s'il en est que Garden Wall... Difficile en effet de juger sa carrière en général, et ce quatrième album en particulier, selon les critères habituellement en vigueur. Pourquoi ? Sans doute parce que tout a démarré sur un malentendu, un premier album assez largement apprécié, Principium (1993), dont les successeurs n'ont depuis eu de cesse de s'éloigner.

Seule véritable constante du parcours de la formation menée par Alessandro Seravalle, la noirceur de l'inspiration de ce dernier. Une noirceur qui ne faisait qu'imprégner Principium, mais qui devint au fil des opus ultérieurs le véritable personnage central de l'œuvre de Garden Wall. Dès Path Of Dreams (1994), Seravalle étalait sans pudeur dans ses textes les facettes les plus sombres de sa personnalité. Avec Seduction Of Madness (1995), c'est la musique elle-même qui va se laisser gagner par la déprime.

Chimica en constitue à bien des points de vue la suite logique. La mise en scène par le leader de Garden Wall de ses névroses et autres obsessions prend ici des dimensions inégalées, à l'image de l'éléphantesque suite de trente-quatre minutes, «Chemotaxis», qui introduit l'album. Plus rien ne nous est épargné des plaies de l'âme torturée de Seravalle, dont l'introspection volontiers complaisante n'est pas sans évoquer Peter Hammill, dans une version 'trash' au nihilisme très 'fin de siècle'. Un Hammill qu'il ne se prive d'ailleurs pas de singer dans des interventions vocales parfois à la limite de la caricature, tout juste sauvées du ridicule par un réel talent, qui gagnerait sans doute à être exploité de façon plus sobre et personnelle. Mais ce n'est manifestement pas le style de la maison...

Musicalement, Garden Wall n'est pas sans évoquer ses compatriotes de Deus Ex Machina, truffant ses compositions (écrites par le seul Seravalle, mais arrangées collectivement) de rythmes impairs, de breaks acrobatiques, de riffs dissonants et de contrastes spectaculaires. Mais l'omniprésence de la guitare rythmique, saturation poussée au maximum, finit par épuiser l'auditeur à force de lourdeur. Là où le groupe de Bologne sait aérer son instrumentation, Garden Wall n'a de cesse de saturer l'espace sonore. Le déséquilibre entre séquences enfiévrées et moments d'accalmie est tel que l'on en vient à donner à ces derniers une importance démesurée, et de regretter leur rareté et leur brièveté.

Alessandro Seravalle et ses compagnons (parmi lesquels on note avec surprise la présence de l'ancien batteur d'Asgard, Marco Ferrero, officiant désormais au stick (!) et proposant d'ailleurs une courte pièce en solo sur cet instrument) ne manquent certes pas d'idées, et certaines parties instrumentales montrent que Garden Wall a définitivement trouvé ses marques en tant que groupe (un bon point en particulier pour l'équité entre la guitare, tenue pour les solos par un invité, Alex Stornello, et les claviers de Mauro Olivo). Mais ces qualités ne sont pas assez mises en valeur, soumises qu'elles sont au bon vouloir d'un leader excessivement narcissique.

Risquons-nous pour conclure à une hypothèse optimiste : que Chimica constitue l'ultime épisode d'une thérapie par la musique entreprise par Alessandro Seravalle pour se débarrasser définitivement de son mal-être, et que les œuvres à venir de Garden Wall nous laissent enfin entrevoir la lumière...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°24 - Janvier-Février 1998)