BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Gargantua pochette

PISTES :

1. Obiłaś Mi Się (Diabolus In Musica) (4:31)
2. Słowolność (6:43)
3. Szła-Dzie (Ajachta!) (9:13)
4. Fumator Kulbaczny (4:36)
5. Wrzesień Przysnień (6:41)
6. Tarczowali Dzisiaj Las (4:00)
7. Ażur (7:05)

FORMATION :

Marcin Borowski

(batterie)

Justyn Hunia

(claviers, chant)

Leszek Mrozowski

(basse)

Bartek Zeman

(guitare, chant)

EXTRAITS AUDIO :

GARGANTUA

"Gargantua"

Pologne - 2004

Ars Mundi - 42:51

 

 

Ce qui m'a toujours interpellé dans ma courte vie de mélomane, c'est la diversité linguistique que pouvait nous offrir notre mouvement de prédilection. Etant également amateur de styles assez éloignés de l'univers de Big Bang, je ne peux que constater qu'il n'y a quasiment que le prog où les mélomanes sont prêts à acheter le CD d'un groupe chantant en suédois, en hongrois ou encore en japonais. Et même si l'anglais reste majoritaire dans l'ensemble, il est assez heureux de pouvoir se dépayser grâce à des groupes s'exprimant dans leur langue d'origine. Ajoutez à cela que chanter dans sa langue maternelle peut parfois restreindre son auditoire, tant la masse populaire préfère l'anglais ou sa propre langue maternelle à d'autres, plus éloignées de leurs fragiles ouïes.

Pour Gargantua, l'originalité n'est pas seulement à chercher dans le simple fait que ceux-ci chantent en polonais, mais aussi et plus généralement dans le contenu de leur premier album qui risquera de surprendre ceux qui se donneront la peine de goûter aux joies gargantuesques de leur musique. On a finalement très peu d'informations sur ce groupe. Tout juste sait-on que les Polonais se sont formés il y a quelques années et que leur premier album est la résultante d'une longue et lente maturation. Le groupe est composé de cinq musiciens pour une formation somme toute classique (guitare, basse, clavier, batterie et chant).

Avec son premier album éponyme et ses sept titres (de 3:52 à 9:13), Gargantua nous invite à un voyage des plus dépaysant et des plus contrasté. Pour vous guider un peu, on pourrait dire qu'il y a des réminiscences de Gentle Giant dans la musique des Polonais et dans la manière de chanter de Justyn Hunia (également claviériste du groupe). Gargantua possède aussi la folie et la désinvolture des groupes de RIO voire parfois un côté zeuhl loin d'être déplaisant. Ces rapprochements ne pourraient être complets sans évoquer l'apport du jazz dans la musique des Polonais. On sent que les musiciens ont travaillé leurs compositions lors d'interminables et sans doute passionnantes jam-sessions. Cassures de rythme et assonances contrebalancées par des passages plus mélodiques et aériens seront donc au programme de cet album assez fou.

Gargantua s'introduit par la grande porte avec «Obilas Mi Se (Diabolus In Musica)» (4:31). Après une ouverture très jazzy de près de deux minutes, nous apparaît le chant de Justyn Hunia. La complexité des lignes de chant de celui-ci (très en phase avec la musique) et le relatif manque de couleur de la voix du chanteur va peut-être déranger les auditeurs dans un premier temps. Mais après quelques écoutes, ce qui aurait pu apparaître comme une faiblesse, transparaît ici de manière si logique qu'il devient assez difficile d'imaginer une autre manière de chanter pour cette musique. Même si le chanteur intervient régulièrement tout au long de l'album, la part belle est faite aux passages instrumentaux. On peut passer par des moments faits de stridences et de calmes morbides à des passages plus jazzy joués avec beaucoup de feeling. Cette manière de faire me rappelle aussi beaucoup ce que pouvaient pratiquer les Italiens d'Arti & Mestieri pour les passages un peu plus fous.

Derrière une complexité qui pourrait refroidir certains, ces 42:51 de musique passent finalement assez vite. Et même si Gargantua n'est pas le groupe avec lequel on se réveillera le matin le sourire aux lèvres, et propose une musique difficile à adopter, la formation des Polonais fait part d'une belle inventivité. Loin d'être rébarbatif, Gargantua fait preuve d'une jolie et rassurante maturité pour un premier album. Il n'y aucun doute que la marge de manœuvre du groupe est extrêmement large. Celle-ci laisse augurer, on l'espère, d'une série aussi palpitante que le premier épisode.

Julien GOARNISSON

(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)