
PISTES :
1. Shortest Day (4:12)
2. In Between (4:44)
3. Alone (4:56)
4. Waking Hour (5:38)
5. Fatigue (1:49)
6. A Noise Severe (6:06)
7. Forgotten (3:25)
8. Solace (3:51)
9. Your Troubles Are Over (3:46)
10. Box (4:43)
11. The Quiet One (2:16)
12. Home (6:58)
13. Forgotten - Reprise (7:57)
FORMATION :
Anneke Van Giersbergen
(chant)
Rene Rutten
(guitare)
Marjolein Kooijman
(basse)
Frank Boeijen
(claviers)
Hans Rutten
(batterie)
THE GATHERING
"Home"
Pays-Bas - 2006
Psychonaut - 60:49
Lorsqu'on aime les musiques un peu plus élaborées que la moyenne comme peuvent l'être les musiques progressives, on aime se laisser transporter dans une autre dimension à l'écoute d'un album dans son intégralité, de la première à la dernière seconde. La notion de morceau individuel disparaît au profit d'un tout, même en l'absence de véritable concept.
Depuis un moment déjà, The Gathering inscrit sa démarche musicale dans cette voie, et le nouvel album du groupe néerlandais vient plus que jamais la conforter. D'abord parce que tous les morceaux sont reliés entre eux par des sons ou bruitages divers, ensuite parce qu'il y a une unité sonore indéniable dans l'ambiance générale de leurs albums, enfin parce que le morceau final, sorte de berceuse enfantine (composé pour Finn, le petit garçon d'Anneke ?), s'achève sur un lent et long (près de cinq minutes !) fondu, comme pour nous permettre de sortir en douceur d'un voyage en dehors de notre réalité quotidienne. Mais avant d'en sortir, revenons au cœur de l'album !
Pour mener à bien ses projets, le groupe s'est toujours employé à travailler avec un producteur capable d'apporter un point de vue extérieur à son propre travail. Ne dit-on pas que les grands albums sont souvent le fruit d'une collaboration étroite entre un groupe et un producteur ? Avide de changement, le quintette a régulièrement cherché à se renouveler ou au moins, à tenter de nouvelles expériences (on se souvient de celle, avortée, avec Eroc, le batteur-producteur de Grobschnitt - voir la compilation Accessories sortie l'an dernier). Cette fois, les musiciens retrouvent leur producteur de How To Measure A Planet ?, Attie Bauw, et pourtant les deux opus n'ont pas grand chose en commun. Ce qui est sûrement la preuve qu'un bon producteur sait s'adapter au travail des artistes, et non l'inverse !
En fait, Home n'est pas très éloigné de Souvenirs, l'album précédent, et il s'inscrit en tout cas dans une démarche musicale similaire. The Gathering est devenu maître dans le genre de la pop atmosphérique sophistiquée, avec cet atout fabuleux qu'est la voix de sa chanteuse. Les différences notables se situent presque sur des détails : un léger retrait des claviers au profit des guitares, des rythmes un brin plus simples, des morceaux globalement plus courts (12 de 2:19 à 7:57 plus 1 instrumental de 1:51, sorte de transition atmosphérique bruitée). On note aussi la présence de nombreuses ambiances liées à l'enfance et une dynamique légèrement plus positive que d'habitude (là encore, la maternité d'Anneke a dû influencer cet état d'esprit), même si le caractère sombre et mélancolique de nombreuses compositions (avec toujours des sons et bruitages électro-indus) perdure.
Une fois encore, aucun morceau ne semble véritablement faible, bien que finisse toujours par se détacher un certain nombre de compositions plus lumineuses et bouleversantes d'émotions. On citera «Alone», superbe titre aux multiples ambiances, qui commence comme une chanson un peu lourde, puis est suivi d'une magnifique rupture symphonique avec cordes (synthétiques) et voix pure ; «Waking Hour», également très varié, avec une performance vocale sublime d'Anneke (qui joue sur un registre en voix de tête très aigu et très fragilisé), «The Quiet One» avec de très belles (malgré leur courte durée) parties de guitare et claviers, ou encore «Forgotten», splendide chanson piano-voix. Mais il y a aussi d'excellents titres plus pop-rock («Shortest Day» qui ouvre l'album, «Solace»), et même des choses plus surprenantes comme «Your Troubles Are Over» à la pulsation presque sautillante et dansante.
Il est clair qu'au niveau du son, l'accent est plus que jamais mis sur le chant, et les qualités de chanteuse d'Anneke ne sont plus à démontrer. Le groupe sait très bien qu'il possède avec elle une force incroyable. Elle expérimente encore pas mal de choses ici, en variant les registres et en multipliant les lignes vocales. La musique n'est toutefois pas un accessoire, et plusieurs parties instrumentales sont de toute beauté (le déjà cité «The Quiet One», «A Noise Severe» ou le titre éponyme). Quant à la production, elle n'est jamais agressive (faut-il rappeler que The Gathering a quitté l'univers metal et gothique il y a déjà fort longtemps ?) mais d'une clarté qui permet de profiter de chacun des musiciens (belles parties de basse de la dernière recrue, Marjolein Kooijman).
Avec beaucoup de passion, d'application et de talents, The Gathering construit une œuvre de plus en plus riche, de plus en plus solide, de plus en plus passionnante. On sort de l'écoute de chaque nouvel album en s'impatientant à l'avance de ce qu'ils vont pouvoir nous offrir à l'avenir. Ces gens là aiment la musique et la pratiquent comme des orfèvres. Home ravira donc les amateurs de chansons pop-rock aux arrangements très travaillés et au chant féminin confondant de beauté. Un album qui invite au voyage sans quitter son foyer, ce que résume parfaitement son titre !
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

