BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Caravan On The Moon (11:13)
2. Only The Light (5:09)
3. Infinity (7:35)
4. Warning! Warning! (3:59)
5. Blue World Part I/III (13:58)

FORMATION :

Toshio Egawa

(claviers)

Atsushi Hasegawa

(basse)

Masuhiro Goto

(batterie)

INVITÉ

Alex Burnori
(chant)

GERARD

"Power Of Infinity"

Japon - 2004

Avalon/Muséa - 42:11

 

 

Après un cru 2002 des plus réussis, la bande à Toshio Egawa fait décidément preuve d'une indéfectible régularité en nous proposant son nouvel opus, le sixième depuis que le groupe s'est reformé en trio claviers-basse-batterie en 1996. On retrouve donc fidèles au poste Masuhiro Goto (batterie) et Atsushi Hasegawa (basse), ce dernier ayant d'ailleurs entre temps rejoint le groupe de scène de Motoi Sakuraba, tandis que les parties de chant sont tenues par une nouvelle recrue pas vraiment inconnue, puisqu'il s'agit d'Alex Burnori, ex-Leviathan et qu'on a entendu récemment dans le Biogenesis Project d'Ars Nova. Il s'avère assez rapidement comme le meilleur vocaliste qu'ait connu le groupe, possédant plus de personalité qu'un Jean F. Nakajima tout en évitant les maniérismes un peu agaçants de Robin G. Suchy, et ce même si le chant garde une place des plus minimes.

Sighs Of The Water, l'album précédent, amorçait une direction plus ouvertement symphonique et montrait une réelle, bien qu'encore assez timide, volonté de renouvellement de la part de Toshio Egawa. Cette voie est ici affirmée avec un plus grand succès encore, et ce dès l'instrumental d'ouverture "Caravan On The Moon" (11:13), un des tous meilleurs du trio. Si la première moitié reste assez familière, avec ses riffs 'emersoniens', sa pompe typiquement nippone et sa section rythmique en fusion, la montée en puissance qui s'installe au bout de cinq minutes fait preuve d'une étonnante économie de moyens : quelques notes de piano dessinant une mélodie aérienne qui gonfle progressivement pour exploser avec l'arrivée d'un Mellotron majestueux, avant de conclure sur un final frénétique mettant particulièrement en avant le duo basse-batterie. Bref, quelle entrée en matière !

Et la suite est tout à fait au diapason, avec une musique moins surchargée et qui respire plus, servie par une production cristalline. Les cinq morceaux présents témoignent d'un évident souci mélodique et ces 42 minutes (durée habituelle des albums du groupe), bien qu'intenses, semblent même beaucoup trop courtes au vu de la qualité constante qui nous est offerte. En gros, on en veut plus ! (bon, là c'est un fan du groupe qui parle ...). Alors bien sûr, Gerard continue d'honorer sur une bonne partie de l'album un progressif musclé et tortueux, rempli de breaks et de cassures de rythmes (l'autre instrumental, "Warning ! Warning !" et ses quatre minutes de furie pyrotechnique, étant à ce titre un modèle du genre), mais il le fait avec un sens du contraste auquel il ne nous avait pas vraiment habitués.

Envolées symphonique et parties plus reposées se font donc plus fréquentes, éclatant littéralement dans le titre conclusif en trois partie "Blue World" (13:58). La première partie est ainsi proche du Motoi Sakuraba le plus lyrique tandis que la troisième propose une partie de chant réellement émouvante, et conclue le disque dans une ambiance intimiste surprenante, en tout cas de la part d'un groupe qui n'était jusque là pas vraiment connu pour sa finesse.

Alors, album parfait ? Non, bien sûr quoique que cela dépende beaucoup des sensibilités de chacun. Les détracteurs du tout clavier auront sûrement toujours un peu de mal, d'autant plus que la palette sonore reste globalement la même, bien que plus aérée. Il y a cependant, pour être juste, quelques petites nouveautés comme ces sons de flûtes ou de sitar qui contribuent sur certains passages ("Caravan On The Moon" notamment), avec l'aide de percussions plus présentes, à créer des ambiances orientalisantes du plus bel effet. Et au rayon des morceaux plus dispensables, on citera peut-être "Only The Light" (5:09), un peu trop conventionnel, même s'il est en partie sauvé par son final instrumental déluré.

Avec ce Power Of Infinity franchement attrayant, Gerard signe donc là une de ses œuvres les plus abouties, et en même temps une des plus accessibles. A l'instar de Keiko Kumagai sur le dernier Ars Nova (mais sans les invités prestigieux bien sûr), Toshio Egawa a su en partie renouveler son style, lui redonner de nouvelles couleurs tout en en conservant l'essence. C'est donc l'occasion rêvée pour tous ceux qui n'ont pas encore succombé au charme ravageur du trio nippon de tenter leur chance... 

Clément CURAUDEAU

P.S : A noter que la version européenne de l'album diffère quelque peu de la version japonaise chroniquée ici, inversant (de façon fort peu judicieuse soit dit en passant) les pistes 1 ("Caravan On The Moon") et 4 ("Warning, Warning !").

(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)